Hello les amis,

C’est avec joie que je vais officier désormais et chaque vendredi sur notre cher JDG , pour vous offrir un point de vue perso sur l’actu et la culture Geek ! Car si le web et les blogs ont amené l’info en temps réel et en continu, il est parfois reposant et intéressant de se poser et de prendre un peu de recul.

J’espère que vous prendrez plaisir à lire et réagir avec nous sur ces chroniques engagées, subjectives et sincères !

Cette semaine, nous mêlons actu et réflexion, avec les présentations de la tablette Joojoo, du nouveau Spotify et du deal surprise entre Palm et HP. Quel est leur point commun ? Un concurrent redoutable, Apple.

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Ahh, Apple. La marque à la fois la plus populaire et détestée de notre culture (il suffit de lire vos commentaires) étend continuellement son influence et ses secteurs d’activités. Avec pour le moment, une réussite insolente : qu’elle domine ou non le marché, la Pomme semble cristalliser toutes les attentions !
Du coup, les concurrents historiques, qu’ils soient dans le monde de l’informatique, de la téléphonie ou des OS, en bavent tous d’une manière ou d’une autre. Cette semaine pourtant, nous avons observé trois d’entre eux avancer leurs pions contre la Pomme, chacun à leur manière, chacun avec une réussite diverse. Passage en revue et analyse de 3 cas : Spotify, Joojoo et HP/Palm !

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SPOTIFY, PORTRAIT ROBOT DE L’ITUNES IDEAL

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Mardi matin, petit déjeuner dans les locaux de Spotify France, pour découvrir la version 0.4 du célèbre service de streaming musical venu de Suède. Une version très attendue, puisqu’elle apporte à Spotify des features attendues par tous depuis bien longtemps : une dimension sociale et une dimension locale (+ de détails ici). Features qui contre-carrent chacune iTunes.
La dimension sociale est bien évidemment dans l’air du temps : partager ses playlists, découvrir le profil des autres, s’envoyer des morceaux d’un simple glisser-déposer… Après quelques jours de test, cela marche à merveille et l’on attend encore plus. Marchant désormais ouvertement sur les plates-bandes de services comme last.fm, Spotify prend surtout une longueur d’avance sur iTunes, toujours aussi fermé (on peut partager des playlists mais ces dernières sont évidemment non-écoutables en intégralité, absence de Facebook Connect etc.) et déconnecté…

De plus, en ajoutant une fonction d’import et une synchronisation transparentes avec la bibliothèque iTunes, Spotify réuni le meilleur des deux monde et cherche clairement à faire basculer les utilisateurs encore hésitants et tenant à leur bibliothèque perso vers un usage plus naturel de Spotify, au lieu de jongler sans cesse avec les deux logiciels. En mixant ainsi streaming, contenu local et surcouche sociale, Spotify symbolise l’offre la plus en adéquation avec notre consommation moderne de musique, laissant iTunes, Deezer et last.fm loin derrière.

Et du côté d’Apple ?

Bien sûr la solution d’Apple possède un atout, et de taille : iTunes est devenu iTunes Music Store puis un iTunes Store général. Une dimension boutique unique pour acheter de la musique, s’abonner à des podcasts, louer (enfin) des films et bien sûr récupérer les milliers d’apps. Et c’est bien cela qui permet à iTunes de rester absolument incontournable pour des millions d’utilisateurs et d’assurer le succès de l’écosystème de ses appareils, sources premières de marges et de revenus.
Mais d’un point de vue musique, le logiciel est désormais daté dans sa conception et n’évolue pas vraiment depuis des années. On attend bien sûr toujours une offre streaming (financée par la pub ou le Freemium, comme Spotify et Deezer) et une dimension sociale, qui entraîne mécaniquement un plus grand volume d’écoute et de découvertes musicales, tout en fidélisant l’auditeur.
Le rachat de Lala.com fin 2009 annonce un tel mouvement, qui sera difficile à contrer s’il est mis en marche avec pertinence. Les 100 salariés de Spotify et leurs 7 millions de membres auront l’air de David face au Goliath Apple et ses 150 millions de clients (avec numéros de Carte Bleue) !

Taux de réussite du cas Spotify : Risqué

Spotify jouit aujourd’hui d’une popularité sans faille dans tous les pays où le service est payant. Avec 7 millions de membres déclarés dont 320 000 en premium, le taux de conversion au payant frise les 5%, un chiffre très élevé dans l’économie du web. Bien sûr, le service vise désormais les USA, domicile d’iTunes et la bataille risque d’être serrée. Son avenir tiendra sûrement à 3 facteurs : l’accueil du public pour Spotify, la date de sortie et la nature d’un hypothétique iTunes 10, et enfin l’attitude des majors.
Sur le premier point, nous ne doutons aucunement que le public américain va vite adopter ou au moins essayer Spotify, le buzz positif autour du service étant énorme. Apple ensuite, sortira très certainement une nouvelle version majeure d’iTunes à la rentrée, pour la mise à jour de la gamme iPod / iPod Touch / iPhone OS 4. Reste à savoir ce qu’elle offrira (la piste Lala se précise), mais cela laisse en substance très peu de temps à Spotify pour débarquer et s’imposer un minimum. Les majors enfin, sont la grande inconnue. En effet, leur haine chronique envers Apple peut jouer en faveur de Spotify. Cependant et d’après nos sources, ces dernières sont également assez peu favorables au modèle Freemium prôné par notre challenger…

Autant d’inconnues qui laissent la jeune start-up à la merci de facteurs qui la dépassent. Spotify a fait aujourd’hui le boulot et se révèle de manière intrinsèque une excellente offre musicale, peut-être la meilleure. Mais son avenir semble tenir de manière assez désagréable à l’évolution des relations entre Apple et les Majors…

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JOOJOO : PAS TERMINEE, DEJA PERIMEE ?

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A peine sortis de la présentation d’une start up, nous voici déjà en retard pour la présentation Européenne d’une autre, Fusion Garage et sa tablette Joojoo. Jeune entreprise singaporienne au passé déjà sulfureux, Joojoo entend bien jouer crânement sa chance dans le marché enfin lancé des tablettes grand public. En face, Apple fait encore et déjà figure de géant incontournable avec son iPad, aussi impressionnante par certains côté que frustrante par d’autres.

La stratégie de Joojoo pour contrer survivre à Apple, est différente de celle de Spotify : Quand le service musical veut dépasser le modèle d’Apple en offrant plus de modernité et une certaine compatibilité, Joojoo oppose à la vision « super iPhone » d’Apple une philosophie en rupture, orientée vers le « Full Web Experience ». Derrière ce wording un peu ronflant se cache l’objectif clair de créer une tablette complètement orientée vers son navigateur Internet. Avec un écran 12″ de résolution HD Ready (1366×768), la Joojoo entame bien son pari sur le côté Hardware. Pour ne rien gâcher, la tablette est plutôt jolie et bien finie – à quelques détails près.

Mais le bât blesse côté software. Si Chandrasekar “Chandra” Rathakrishnan, le CEO de Fusion Garage, nous annonce 9 secondes au démarrage pour la Joojoo, il nous aura fallu effectivement 9 secondes… Pour la voir planter à l’écran d’accueil. Silence dans la salle. « Ceci n’est pas la version définitive« , nous assure Chandrasekar. Une excuse qui va devenir un moto tout au long de la présentation plutôt chaotique de la tablette (présentation filmée au camescope Hi-8 s’il vous plaît !).
Reboot à gogo, interface capricieuse, longs moments de suspense et de silence gêné pendant que la tablette mouline sur de simples fonctions… Oui, on espère fort que cela ne soit pas une version définitive. A cette excuse va s’en ajouter une autre : « Nous avons prévu une update sur ce point« .

Car la Joojoo n’est pas une tablette finie et nombreuses sont ses sections encore en travaux. Un client mail ? Plus tard. Un lecteur multimédia ? Peut-être. Une fonction zoom multitouch ? plus tard. Le port USB actif ? Plus tard. Voir ses images sur son écran ? Plus tard, lorsque le port USB sera actif. Et gag, il faudra alors brancher son appareil photo en USB pour regarder les images… Mais on ne pourra pas les stocker, 4Go de mémoire embarquée obligent ! Ce détail aussi ridicule que truculent symbolise le problème Joojoo : elle a été terminée au lait, cette tablette.

Avec la culture start-up est arrivée la culture « version beta » : Les early adopters testent un service, un produit dans son état avancé, les concepteurs obtiennent des retours et tout le monde est content. La chose est pourtant bien différente lorsqu’il s’agit d’un produit fini, vendu et payant (500 dollars, 360 euros). Les quelques premiers clients de Joojoo l’ont appris à leur dépend et le backlash, déjà bien présent avec la polémique TechCrunch, n’a fait que s’amplifier, accentuant le côté boiteux de la marque à la tablette qui ne marche pas vraiment. Et dans un marché (déjà) dominé par Apple, cela ne pardonne pas.

Et du côté d’Apple ?

Car la firme de Cupertino à frappé un grand coup avec son iPad. Malgré les avis négatifs ou tièdes de l’intelligencia geek (dont moi à l’époque), le « gros iPhone qui ne téléphone pas » cartonne déjà dans les ventes. Et plus que cela, il devient de facto le symbole, le benchmark d’un marché qui existait depuis déjà des années. Le même coup qu’avec l’iPhone…
Et comme à son habitude, Apple livre un produit extrêmement fini et capable. On ne va pas discuter sur les manques ou les fermetures de l’iPad inhérents à la philosophie maison (ce fût le cas avec le premier iPhone), il faut se rendre à l’évidence : le produit fait bien son boulot et lire un magazine ou un comics dessus nous projette dans le futur dont on rêvait : c’est beau, agréable, novateur et cela repousse les limites traditionnelles de ces médias. C’est là qu’Apple a fait preuve de génie : en pariant avant tout le monde sur l’expérience post-web, les apps. En face, Joojoo reste bloquée sur une philosophie clairement datée.

Taux de réussite du cas Joojoo : extrêmement Faible

Car avec le recul, le plus gros problème de Joojoo ne vient pas du manque de finition software ou de l’empressement à être présent sur le marché sans être prêt. Non, Joojoo est morte au moment même de la conception sa philosophie : tout par le web. Sur cette tablette, chaque icône n’est pas une application, mais un raccourci vers un site web. Et aujourd’hui, ce n’est plus assez. Le succès vertigineux des apps pour iPhone à montré que les clients nomades ont besoin d’applications riches et dotées d’une ergonomie tournée vers le tactile, pas d’une expérience desktop crée et designé pour un combo clavier/souris. Entre l’application Facebook et le site Facebook, on a vite fait son choix.

Sur Joojoo, si l’on a 3 comptes mails, on doit ouvrir 3 pages internet. Pour jouer à des jeux, il faut aller sur un site possédant le jeu en flash (et sur deux essais, Street Fighter et Robot Unicorn Attack, aucun n’a fonctionné correctement). Pour un plan de métro, des horaires de trains, une calculatrice, la météo, il faut à chaque fois ouvrir une page web. Et « Full Web », la page Internet… Donc plus lourde et plus lente à charger, avec des zones cliquables réduites, une ergonomie inapte à nos doigts… Aujourd’hui, ce n’est plus possible.
On se moque souvent du slogan « il y a une app pour ça » d’Apple, mais l’inverse est devenu vraiment insupportable ! Et ici, on parle d’app mais aussi de Widgets, totalement absents de Joojoo, qui est en fait un navigateur Internet, point barre. Le comble de cette conception boîteuse réside dans la caméra intégrée. Ah ça, les dirigeants de Joojoo s’en sont bien gaussés, vu que l’iPad n’en n’a pas, hoho hey les gars regardez, on a une caméra, fuck yeah !
Je pose la question : « et on fait quoi avec ? Réponse : pour le moment, rien, il faut passer par un site qui gère une webcam. Pas de photos possibles ? Non. De vidéos ? Non. Skype alors ? Bah, Skype est une application. Mais nous y pensons fort. Dans une prochaine mise à jour ? »
Nous aussi les gars, on pense fort à vous, vous nous manquez déjà presque.

Le fantasme d’une tablette purement Internet est un fantasme qui a tenu jusqu’au 8 Janvier 2007. Le lendemain, l’iPhone naissait et avec lui, la philosophie applications dédiées. Et 3 ans plus tard, beaucoup ne l’ont toujours pas comprise, Joojoo en tête. Heureusement, d’autres ont bougé dans le bon sens : Google et Palm, par exemple.

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HP ET PALM CROQUENT LA POMME

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Mais si Google semble sur la voie de la réussite avec son Android gratuit et plus ouvert que Mac OS X Mobile, Palm n’a pas vraiment réussi son pari : En Janvier 2009, elle renaît et excite pourtant tout le monde avec Web OS, qui rivalise avec son concurrent made in Cupertino dans l’ensemble et le dépasse sur certains points : multitâche et intégration des réseaux sociaux par exemple.
Ce ne sera pas suffisant pour contrebalancer un hardware moyen, des accords commerciaux peu pertinents et tout simplement, une force de frappe insuffisante après des années de disettes tenues à bout de bras par le Tréo. Du coup, tout le monde attendait depuis quelques mois un communiqué : celui de la faillite ou celui du rachat. Et mercredi dernier, pour le lancement du Pré et du Pixi en France, John Rubinstein, boss de Palm, annule en dernière minute sa présence au Studio SFR. On comprend immédiatement que le fameux communiqué arrive, sans en connaître son sujet.

Mercredi soir donc, alors que l’Europe se crispe sur le siège des buts de l’Inter par le Barça et qu’SFR se crispe de sa soirée un peu loupée, l’Amérique découvre par voie de communiqué le deal le plus étonnant de l’année : Palm, en quête d’un repreneur depuis quelques mois, est racheté non pas par HTC ou Lenovo, mais par Hewlett Packard ! Le géant américain a sorti 1,2 milliards de dollars de son Livret A pour s’offrir une marque sur le retour. Un choix finalement très malin et très ancré dans l’époque : après avoir sous-estimé Apple, « il faut absolument contrer Apple par tous les moyens ». Et les objectifs et rôles des deux marques sont clairs.

Palm possède aujourd’hui une équipe d’ingénierie software parmi les meilleures du monde. Web OS, leur chef d’oeuvre, est depuis l’année dernière peut-être le meilleur OS mobile du marché : beau, ultra ergonomique, connecté aux réseaux et multitâche. Et pensé par un ex d’Apple. Voici une belle dot pour la mariée. En face, HP est un des géants grands public de l’informatique, mais souffrant d’un manque total d’image ou d’innovation. La Belle et le Puissant. Et les voeux sont clairs : enfin sortir le génial Web OS de son carcan Pré/Pixi, pour le décliner en faisant pleinnnnn d’enfants. Smartphones, tablettes, netbook… Vu sous cet angle, ce mariage d’intérêt fait complètement sens et nous sommes les premiers à jeter du riz en sortie d’eglise ! Imaginez donc une slate avec Web OS…

Ce mouvement d’HP, nous le saluons d’autant plus que depuis des années, nous pestons sur ces constructeurs se faisant ridiculiser par Apple produit après produit, année après année, sans vraiment réagir. Vous le savez, nous ne sommes pas des fanboys de la Pomme (sauf ce traître de Daz mais que voulez-vous, il a eu une enfance difficile et tout) mais nous savons reconnaître ses mérites. Le premier fût de mettre en lumière le manque évident d’innovation ces dernières années chez certains constructeurs. Et pire, leur incapacité à contrer la Pomme.
On pense par exemple à Nokia ou Sony Ericsson qui ont complètement manqué le wagon smartphone et peinent à nous exciter aujourd’hui (qui à dit N8 et x10 ?). HP faisait partie de ces marques de plus en plus anonymes dans un monde où le hi-tech a brisé son ghetto purement techno pour devenir un vrai objet social, affectif, personnel.

D’autres marques ont bien sûr réagi dans le bon sens : Microsoft revient avec des produits de très bonne tenue (Windows 7, Windows Mobile 7, Zune HD, Xbox 360), Motorola fait le pari de la fin de déni, en se concentrant sur ce qu’il sait faire, à savoir de bons produits, tout en externalisant ce qui le tue, à savoir le software, désormais totalement investi dans Android. HP enfin, fait le pari de rester maître de sa technologie, tout en allant piocher là où il faut pour combler son manque. Pari total, mais pari reflechi.

Et du côté d’Apple ?

La Pomme attendait évidemment ce genre de mouvement. Ils sont les premiers à savoir que John Rubinstein, ancien de l’équipe derrière l’iPod, est un élément capable à lui seul de renverser des montagnes. Et ils sont prêts. Les terrains de conflit avec HP/Palm vont aujourd’hui se concentrer sur le terrain ultra nomade. Côté laptops / desktop, les deux marques ne visent pas le même secteur : mass market pour HP, haut de gamme pour Apple (il suffit de regarder les parts de marché d’Apple sur les ordinateurs à moins de 1000$, puis à plus de 1000$).
Le grand chantier d’Apple pour cette année, c’est évidemment iPhone OS 4. Ce dernier va en théorie combler le grand manque des appareils Apple : le multitâche. On pourra enfin surfer sur le web tout en discutant par Skype, woohoo ! Ce dernier va surtout entraîner des challenge hardware importants : chauffe du processeur et autonomie en berne, par exemple. Cela tombe bien, Palm a essuyé les plâtres pour tout le monde, de ce côté là !
On peut raisonnablement penser qu’Apple a pris les bonnes décisions stratégiques de ce côté là : leur design industriel Unibody permet à leurs appareils d’offrir des autonomies record (en sacrifiant l’interchangeabilité des batteries, tout de même) et le rachat de PA Semi a porté ses fruits, au vu des performances de l’iPad. Les choses devraient continuer dans ce sens, avec le rachat tout récent d’Intrinsity.

Taux de réussite du cas Palm/HP : Très bon

Retour au mariage Palm/HP. Le point important est la conservation à moyen terme de l’équipe Palm, John Rubinstein en tête. HP a bien compris que le vrai engagement n’est pas le rachat d’une technologie (Web OS), mais bien de l’équipe derrière, et donc l’état d’esprit et la dynamique inhérentes. Cela montre une vision à long terme très saine, humble et pragmatique. Nous sommes nuls dans un secteur, c’est dit, on agit.
HP se porte plutôt bien dans son état actuel. Et son marché de base, l’ordinateur, devrait se montrer plutôt stable. Le rachat de Palm est un mouvement d’expansion vers des secteurs hautement porteurs et rentables et HP, par ce mouvement, se lance dans la bataille avec un solide back up financier ET une arme de séduction massive. Des billes bien placées et du coup, on met une partie des notres sur eux pour bousculer Apple dans les deux prochaines années !

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SATANE APPLE…

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A travers ces 3 cas d’école qui ont fait l’actu cette semaine, on peut tirer certaines conclusions :

- Spotify nous montre qu’il y a une vie dans l’ombre d’Apple, même au coeur de son empire. On peut proposer des solutions musicales plus pertinentes, souples et en accord avec les envies des consommateurs d’aujourd’hui. Mais proposer un excellent produit ne fait pas tout. Il avoir, comme dirait notre célèbre 3617 Annu, « les reins assez solides ». Aujourd’hui, Spotify fait le parcours parfait en regard de sa taille et sa puissance de frappe. Mais son avenir semble plus tenir à une erreur possible de stratégie dans le développement d’iTunes ou un revirement des majors qui cherchent depuis des années à se sortir du carcan imposé par Apple. Bref, Spotify, aussi bon soit-ils, n’est pas maître de son destin. Pire, il semble lié au bon vouloir d’Apple…

- Joojoo nous montre a travers ses erreurs de stratégie, de timing et de conception comment Apple a su imposer son modèle à tous. Un modèle fermé certes, mais accepté par beaucoup tant il est cohérent, fini, novateur et séduisant. Ce modèle d’excellence et d’exigeance est aujourd’hui le benchmark et toute entreprise arrivant avec un canard boiteux face à un bastion de la Pomme s’écrasera inévitablement contre la muraille de Cupertino.

- Palm et HP enfin nous montrent comment des acteurs historiques, antérieurs à Apple sur leurs secteurs respectifs, commencent à comprendre qu’il faut désormais vivre dans une « ère de la Pomme », sous son régime. Et que rester sur des positions conservatrices dans la conception produit comme logicielle est une impasse à court et moyen terme. L’union de ces deux figures de proues en crise chacune à leur manière (crise financière pour Palm, crise d’identité pour HP) est une décision forte et saine et aujourd’hui le meilleur moyen de rattraper, voire battre à son propre jeu ce sale gosse talentueux qu’est Apple…

« Les chroniques du Week End sont des réflexions de Lâm Hua sur la culture et l’industrie des nouvelle-technologies. Elles engagent les opinions de leur auteur et pas necessairement celles de l’ensemble de la rédaction du JDG. »
Crédit images intro et conclusion : Shadow of the Colossus (SCE)

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Et pour lancer un peu plus le débat, l’avis avisé et pommier de Daz du JDM:

Nous au JDM pensons comme l’ami Lâm qu’Apple est une firme qui suscite un amour/haine comme on n’en n’a rarement vu depuis que Dynastie n’est plus diffusée.

Ce qui fait la force d’Apple, ce n’est pas uniquement le produit mais l’écosystème qui va avec. L’iPod est apparu quand l’iTunes Music Store a été lancé et l’iPhone n’a vraiment commencé à scorer aux yeux du grand public que quand l’App Store a été rendu disponible.

De fait les concurrents doivent relever le double défi de proposer un produit équivalent (ce qui sur un plan strictement technique est généralement le cas) avec un contenu aussi riche (et c’est généralement là que le bât blesse nonobstant la qualité intrinsèque de leurs produits).

Intéressons-nous maintenant à l’actualité avec mon approche pommière partisane et résolument obtue:

Spotify: Au JDM on salue cette solution que nous utilisons quotidiennement depuis son lancement (et surtout depuis que l’intégrale de Diane Tell est dispo). Cette mise à jour est clairement une évolution dans le bon sens, qui intervient en plus au moment où la profession avouait sa perplexité quant au modèle économique choisi et sa viabilité à long terme. La synchro sur la bibliothèque iTunes est une idée sympa et pratique, comme Lâm l’a souligné… Mais qui ne permet pas pour autant à Spotify de tracer sa propre voie. Que se passera t’il quand iTunes se lancera dans le streaming audio ? Pour moi, cette mise à jour de Spotify vise plus Last.fm, Deezer et consorts plutôt qu’Apple qui garde la main mise sur la vente.

Solution idéale: Synchroniser n’importe quel lecteur mp3 avec sa bibliothèque musicale locale ET les playlists « Hors-Ligne » depuis Spotify ?

JooJoo: Alors là… Je n’ai jamais pensé que le tout-web était la solution ultime. Je ne suis pas non-plus pour le 100% hors-ligne, mais tout miser sur le contenu en ligne est un pari risqué encore plus pour un produit mobile qui peut parfois se retrouver sans réseau. La JooJoo pourrait être viable si côté « cloud » une structure dédiée avait été mise en oeuvre pour accueillir l’utilisateur (webapps disponibles et dédiées à la plateforme, espace disque gratuitement alloué aux users, partenariats multiples avec des fournisseurs de contenu).
Etant donné la génèse du produit, il ne fallait pas être devin pour comprendre que rien de tout ça ne pourrait être mis en oeuvre par les seuls mecs de Fusion Garage.
Après les promesses qu’avons-nous ? Un écran qui permet de lancer des pages web en raccourcis sur la page d’accueil dans une fluidité toute relative. Et certains trouvaient l’iPad limité ? Groumpf.

Solution idéale: Une reprise de la JooJoo par Jolicloud ? ^^

HP/PALM: Voila THE annonce qui fait plaisir. Pour tout dire, j’affectionne particulièrement Palm depuis mon tout premier Palm Pilot il y’a… 12 ans (coup de baton inside) et je me réjouis de voir les moyens conséquents de HP associés aux idées de Palm, pour le meilleur (WebOS ?) comme pour le pire (Foleo ?). Reste à voir quelles sont les synergies qui pourront se créer de cette nouvelle alliance. Businessalistiquement parlant, il y’a plus de chances pour que HP investisse le marché du smartphone à court terme pour aider WebOS a exister face aux concurrents. Cependant le dash-cancel de la tablette Slate peut sous-entendre une refonte palmienne de la machine… Wait & see, en somme.

Solution idéale: une tablette sous WebOS ?

Et 4eme fait marquant pour moi: l’abandon du Slate de HP et du Courier de Microsoft: Pour MS, je ne vous mentirais pas, le concept du Courier me plaisait carrément. Mais soyons réalistes un tel produit aurait difficilement pu voir le jour cette année, en tout cas certainement pas dans la forme qu’il nous avait été donné de voir.
Pour le Slate c’est différent, je pensais vraiment que le produit présenté récemment était viable, l’annonce du rachat de Palm ayant peut-être pesé dans la balance. Ceci prouve en tout cas que l’utilisation d’un OS « desktop » dans une tablette n’est pas la solution idéale…