Chronique du WE : l’attaque des clones

Chronique

Par Lâm le

Cette semaine, jeux vidéo. Pas sur l’actu, assez calme en attendant la reprise avec Dead Space 2 et Marvel vs. Capcom 3, mais sur un phénomène inquiétant : la copie de jeux. Et je ne parle pas des « pirates », mais bien des éditeurs qui les font… En reprenant de A à Z les concepts et univers des autres.

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Si le phénomène n’est tristement pas nouveau, il prend des proportions inquiétantes avec les deux affaires du moment…


Ah, je vous vois déjà en train de trépigner à l’idée de parler du pire épisode de la saga Star Wars. Mais en fait, la chronique de ce week-end est un coup de gueule envers une pratique très en vogue ces derniers temps, notamment avec deux cas : Gameloft et Capcom Mobile.

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//GAMELOFT EN MODE COLA COLA

Vous connaissez le nouvel étendard du jeu vidéo français ? Il s’appelle Gameloft. Cette ancienne filiale d’Ubisoft, pionnière dans le jeu mobile est l’un des leaders mondiaux du secteur et se montre extrêmement actif sur toutes les nouvelles plate-formes. Les chiffres 2010 donnent le tournis : rien que sur l’App Store, 100 jeux ont été produits, dont 47 sur la seule année 2010. Et sur ces 47, 45 sont entrés dans le Top5 et 25 ont été numéros 1 des ventes. Cela se traduit par une croissance de 113% au second trimestre et 20 millions de jeux vendus.
Secret de sa réussite ? Une conversion des grands hits maison (Splinter Cell, Prince of Persia, Assassin’s Creed)… Et des hits des autres.

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Ces derniers mois, nous avons donc vu une hausse inquiétante de jeux sonnants étrangement familiers : Final Fantasy pour Eternal Legacy, Modern Combat pour Modern Warfare, StarFront pour StarCraft, Dungeon Hunter pour Diablo, NOVA est presque l’anagramme de Halo, Uncharted devenant Shadow Guardian, sans oublier Hero of Sparta qui ne pouvait faire plus proche de God of War…

Une armada de sous-copies – l’original n’étant jamais égalé – qui sent les produits clones que l’on trouve chez Lidl,genre le Cola-Cola… Dernier produit en date ? Un futur clone de Zelda, SALUT SHIGERU :

Evidemment, cette politique de pillage du patrimoine vidéo-ludique et devant la levée de boucliers croissante des gamers, Michel Guillemot (l’un des frères Guillemot qui ont fondé Ubi et surtout, qui ont importé en France la Neo Geo, eh oui) est parti en croisade médiatique et nous a offert de grands moments de bullshit dans une interview pour IGN. Morceaux choisis :

« Le jeu vidéo a toujours tourné autour d’un nombre limité de thèmes. Il y a peut-être une nouvelle idée par an »

« Si un type de jeu n’est pas disponible, alors il faut que quelqu’un le fasse. Ce qui ferait mal, c’est de mal interpréter une bonne idée »

« Gameloft offre des expériences de jeu que les gamers mobiles ne peuvent avoir autrement »

Un grand moment de « tu nous accuses, mais maintenant, il faut limite nous remercier ». Car s’il est vrai que les grands genres ont tous attiré leur nombre de versions par éditeurs (aventure, versus, course, shmup etc.), on sent surtout que Gameloft s’engouffre dans un vide provisoire, et ce, sans aucun scrupule.

J’aimerais bien voir le jour où Ubisoft suivra ce genre de politiques sur les consoles de salon…

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//CAPCOM EXPLOSE LES BORNES

Autre cas moins général, mais encore plus abusé, celui de Capcom Mobile. Et le « Mobile est important », vous comprendrez vite pourquoi. Il y a quelques jours, cette division du célèbre éditeur japonais à sorti la bande-annonce d’un jeu appelé MaXplosion :

Cela ne vous rappelle rien ? Alors, regardez cette vidéo de Splosion Man, un des hits indépendants du Xbox Live Arcade de l’année dernière…

Hoo, étonnant, non ? Évidemment, il y a plagiat évident. Et d’un gros, respectable éditeur pesant 531 millions d’euros de chiffre d’affaires envers un studio indépendant de 11 personnes.

Là où l’affaire devient tristement rigolote, c’est que devant l’attitude de tortue de Capcom face aux accusations de plagiat des gamers, Michael Wilford de Twisted Pixels (le studio derrière Splosion Man, qui est excellent au passage) a tweeté ceci :

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« Le pire, c’est qu’à l’origine, nous avions pitché Splosion Man à Capcom et ils ont dit non ».

Fantastique. Suite à ce tweet, la levée de boucliers s’est transformée en pluie d’accusations et de trolling, forçant Capcom à communiquer. Vous allez voir, c’est un chef-d’oeuvre qui ferait pleurer Michel Guillemot à chaudes larmes :

« Bien que Twisted Pixel ai bien eu des discussions avec notre division consoles de jeu à propos de la publication de Splosion Man sur consoles, Capcom Mobile est une division différente de Capcom, avec des bureaux séparés, et n’a eu aucune connaissance de quelque réunion entre la division console et Twisted Pixel. MaXplosion a été développé de manière indépendante par Capcom Mobile. Cependant, nous sommes attristés par cette situation et espérons regagner la confiance de nos fans et amis dans la communauté du gaming. »

C’est bon, vous avez les yeux rouges, la gorge nouée ? Moi non plus. Donc, où Capcom ment de manière encore plus éhontée et s’enfonce, ou le management interne de cette boîte est plus que catastrophique. Sans enlever le fait que nous partons toujours d’une affaire de plagiat manifeste.
Pour la demie du tiers de défense de Capcom, j’ai été rendre visite aux studios mobiles il y a 2 ans et effectivement, ils ont leurs propres bureaux à Londres, travaillent avec des RP dédiés, etc. Mais c’est bien tout dans cette triste affaire, dont le mot final reviendra à notre petit studio qui ne manque pas d’humour :

cwe-clones3« Hey, ce serait énorme si Capcom donnait une partie des bénéfices de MaXplosion à Child Play Charity, puisqu’on leur à donné tellement de couverture médiatique »

Cette affaire, bien que vivace, ne sera malheureusement pas la dernière du genre. Car il existe un point commun aux cas Gameloft et Capcom Mobile : nous parlons de jeux mobiles et ce n’est pas anodin.

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//SMARTPHONES ET TABLETTES : ELDORADOS ET FAR WEST

Le terrain de jeu balbutiant et déjà carton du jeu vidéo, ce sont clairement les mobiles. Partis il y a 10 ans du Snake de Nokia (le premier jeu « connu » sur téléphone), ces derniers sont en train de remonter toute l’histoire du jeu vidéo : mini games, beat’em all, shoot’em up, premières grosses productions en 3D…

Dans ce grand bond en avant, certains éditeurs n’hésitent pas à convertir leurs hits de l’époque, entre PacMan et Final Fantasy, les Chevaliers de Baphomet ou Street Fighter… Pratique limite, mais compréhensible d’un point de vue business : ces gros hits sont déjà connus, coûtent peu à convertir et sont assurés de ventes substantielles… Lorsqu’il sortent.

Car, pour revenir aux propos de Guillemot, certains ne sont pas près de sortir. Il y a donc une fenêtre pour sortir des clones et si cela fait hurler les puristes et grincer des dents les amoureux du jeu dont je fais partie, c’est tout à fait malin d’un point de vue business : il est toujours économiquement intéressant de développer un jeu aux mécaniques déjà éprouvées, de ne pas se prendre la tête à chercher un univers ou un nom original…

Voici donc le problème en vue des jeux vidéo sur smartphones et tablettes : une culture de produits noname, comme les supermarchés vendant du Coca Gola ou des biscuits Petit Camarade…

Plus grave, l’attitude de Capcom met carrément la scène indépendante du jeu vidéo, celle là même qui fait battre notre industrie préférée depuis quelques années, en danger. Cloner le succès d’un petit studio et peser de sa puissance pour s’assurer et s’imposer, c’est noyer le petit studio, point barre. Comme l’avoue, fataliste, le boss de Twisted Pixel sur son compte Twitter, « ils savent de toute façon que nous n’avons pas les moyens pour une bataille judiciaire ».

Ahh, l’industrie des jeux vidéo, ces mondes géniaux et virtuels où les petits gentils bottent les fesses des grands méchants…

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“LesChroniques du Week End sont des réflexions de Lâm Hua sur la culture et l’industrie geek. Elles engagent les opinions de leur auteur et pas nécessairement celles de l’ensemble de la rédaction du JDG.”