Dans un univers extrêmement changeant, il existe différents points de stabilité pour nous, utilisateurs. Des environnements où nous avons nos habitudes visuelles, ergonomiques ou logiques. Les OS en sont les meilleurs exemples.

Hors, les deux principaux environnements grand public ont, ou vont évoluer : Mac OS X est sorti en version Lion, lorsque Windows 8, promis pour l’année prochaine, est déjà disponible en version Beta. Et pour ces deux projets, Microsoft et Apple ont suivi des stratégies radicalement différentes : conservatisme et perfectionnement pour l’un, révolution pour l’autre. Alors que le rôle des ordinateurs tels que nous les avons toujours connus s’éloigne de la lumière, ces deux approches peuvent-elles changer quelque chose ? Et en parlant d’environnement, la notion de guerre d’OS n’est-elle pas obsolète face à des environnement d’un nouveau type tels que Facebook ?

Réponses dans la suite de cette chronique.

[Petite note avant que les fanboys ne s'enflamment : pour la énième fois, je ne suis ni pro untel, ni anti un autre. Je possède un PC Windows de bureau, un MacBook Air sous Mac OS X en déplacement et un smartphone Android. Les points sur les i, allons-y.]

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L’ORDINATEUR EN PRE-RETRAITE

Il règne un climat étrange ces derniers mois : tout le monde ne parle plus et ne jure presque plus que par les smartphones et les tablettes, l’ordinateur classique (desktop ou laptop) se retrouvant ringardisé à vitesse grand V. Une retraite promise depuis longtemps, mais toujours impressionnante à vivre.
Il n’empêche, ces derniers restent largement indispensables pour bien des usages et majoritaires en nombre. N’oublions pas que ces « bon vieux » ordinateurs restent à ce jour nos principaux appareils de travail, de loisir et de connexion. Et en ce sens, leur environnement, leur OS compte toujours énormément.

Et depuis des années, la rengaine est la même côté OS : deux concurrents s’opposent farouchement. Windows domine le gros du marché, mais est souvent boudé par la critique et un nombre grandissant d’utilisateurs. Mac OS X possède une petite part du marché, mais se retrouve continuellement porté aux nues par les critiques et ses utilisateurs fidèles. Si les choses ont un peu évolué avec l’arrivée de Windows 7, les images sont globalement restées.

Il n’est donc pas étonnant de voir comment les deux dernières itérations de ces OS ont été pensées. Car le mot d’ordre commun à Microsoft et Apple se résume ainsi : héritage. L’expérience smartphones et tablette a rapporté de précieux enseignements en terme d’ergonomie et d’interface graphique.
Mais sous cette influence globale, Apple et Microsoft ont pensé leur OS de manière bien plus différente qu’on le croit.

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MAC OS X : UNE DECENNIE DE PERFECTIONNEMENTS

Il semble déjà sorti depuis une éternité, mais Lion est encore tout frais, sortit seulement à la fin juillet. Le dernier félin en date d’Apple pourrait également se poser comme l’une des dernières versions de cet immense projet qu’est Mac OS X.

Car sous les termes grandioses et les superlatifs, Jobs et ses commerciaux ont sorti une version mineure de leur Mac OS X. Cette tendance s’était déjà ressentie avec Snow Leopard, une sorte de « Service Pack » pour Leopard. Lion est lui carrément proposé comme un gros patch téléchargeable. De ce point de vue, je suis pourtant assez admiratif devant la stratégie d’Apple, qui consiste à rendre leurs mises à jour aussi sexy que de nouveaux produits. Entre un beau nouveau félin et un ensemble de mises à jour qui se téléchargent en fond de tâche, il n’y a pas photo. Et pourtant, Lion n’est qu’une évolution d’un projet qui n’a jamais vraiment changé depuis ses débuts.

Il y en a 12 en effet, Mac OS X Server posait déjà les grandes bases. Noyau Unix, structure tournée vers l’objet, langage Cocoa, etc. Et durant plus d’une décennie, les différentes versions d’OS X qui se sont succédé ont été dans le sens de l’optimisation, du perfectionnement et du raffinage extrême de cette vision de l’OS née avec le NeXT de Jobs, pensé dans les années 80.
Évidemment, il y a eu des changements majeurs, des nouveautés capitales. Et surtout, les révolutions se sont surtout déroulées en coulisse, pas en surface. Car si l’on regarde les différentes versions d’OS X, on sera frappé de voir à quel point la philosophie d’utilisation et le ressenti utilisateur n’ont pas vraiment changé, dans leur essentiel.

Retour à Lion. Pour la première fois, OS X reçoit en retour des inspirations d’iOS. C’est une jolie pirouette du destin, quand les marques – et les utilisateurs – ont longtemps fantasmé sur la possibilité de faire tourner un OS classique dans un téléphone ! Pourtant et avec le recul, ces ajouts de l’univers iOS ne changent pas fondamentalement son expérience utilisateur : le plein écran assez classique, le dashboard d’applications moyennement intéressant, le scrolling inversé… J’ai plutôt l’impression que Lion héritier d’un produit ultra fini, cherche mollement la nouveauté du côté de la mobilité, sans vraiment l’adopter. Et OS X reste un environnement finalement aussi conservateur qu’excellent, qui regarde iOS s’ébattre au loin.

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WINDOWS 8 : LE LEVIER DE LA DERNIERE CHANCE

Microsoft évolue de sont côté dans le sens inverse. Si Windows 7, aussi bon soit-il, n’est que Windows Vista comme il aurait dû sortir, Windows 8 annonce une rupture assez grandiose. Car si Apple est venu cueillir sur les branches d’iOS quelques fruits, Microsoft à carrément planté toute l’expérience Windows Phone 7 dans Windows 8 !

C’est une prise de risque absolument unique dans l’histoire de la firme de Redmond. Car si Windows Phone 7 représentait une révolution totale par rapport à Windows 6.5, le contexte est différent. J’en ai largement parlé, mais le marché des smartphones et des tablettes échappe largement à Microsoft, complètement largué par Google / Android et Apple / iOS. Dans un contexte où pire qu’un rôle de challenger, on se retrouve dans la peau du futur loser, il est plus facile de tout casser et de tout reconstruire. Mais qu’en est-il du côté desktop ?

Dire que Windows domine le marché des OS grand public sur ordinateur est un doux euphémisme. En août 2011, Windows 7 serait à lui seul présent sur plus de 350 millions de machines, pour plus de 31% des parts de marché. Mac OS X toutes versions confondues, aussi bruyant et aimé soit-il, se tient modestement entre 7 et 7,5% (source : Median, sur les ordinateurs se connectant à Internet).

Devant un succès toujours aussi fort, pourquoi Microsoft se remettrait-il en question ? Car Windows 8 est un OS de remise en question. Lorsque Lion saupoudre son expérience de quelques « features », Windows 8 reprend l’intégralité de l’expérience Windows Phone 7. Pouf pouf. Je vous laisse imaginer la surprise des millions d’utilisateurs, dont une grande partie incarne le très grand public, souvent effrayé par le changement.

Dans le principe, je suis tout à fait pour. Je vous avais déjà exprimé mon affection pour Windows Phone 7, que ce soit son approche nouvelle, mais également parce que cette approche est agréable et pleine de potentiel, tout simplement. Voir Windows 8 adopter dans les grandes largeurs tous ces choix m’enchante. Mais je pense aux utilisateurs moins curieux, à ceux qui veulent juste retrouver leur bouton démarrer, leur bureau et leur « Poste de Travail ». Pour eux Microsoft a évidemment gardé une interface classique, à la Windows 7. Mais nous nous retrouvons tout de même avec un OS schizophrène. Alors, pourquoi ?

Parce que Microsoft est en danger. Sur le terrain mobile, Redmond est complètement larguée. Sur le terrain desktop/laptop, elle règne. Mais elle règne sur un royaume en déclin. Comment alors s’attaquer au nouveau continent ? En se basant sur sa puissance actuelle. Si Windows 8 se vend comme prévu, ce sont des dizaines de millions d’utilisateurs qui goûteront à l’interface « Metro ». Et qu’elles l’apprécient ou non, elles la retrouveront sur Windows Phone 7, 8, 9.
Cet OS mobile, aujourd’hui complètement en minorité et écrasé par Android et iOS se retrouverait alors subitement en position bien plus forte, largement épaulé par Windows 8. Et ce n’est que le début.

Car lorsque l’on regarde Windows 8, il convient surtout de noter que ce dernier est pensé pour être installé indifféremment sur un ordinateur ou une tablette. Beaucoup plus réduit et léger que Windows 7, offrant une double interface, cet OS pourrait carrément être celui de la réunification. Et Microsoft possèderait alors une arme ultime : un OS (bon, à mon sens) unique quelque soit l’appareil.
Ce serait très pratique côté utilisateur et carrément le rêve pour tout développeur qui n’aurait plus à choisir de centrer ses efforts sur telle ou telle plate-forme. Ce n’est pas pour rien que Microsoft a annoncé pour la première fois de l’histoire de Windows une version compatible autrement qu’avec la traditionnelle architecture x86 chère à Intel et AMD. La version ARM sera là pour rajouter un renfort au grand pont qu’est Windows 8.

Il ne faut donc pas se tromper : sous ses airs d’OS classique empruntant une interface d’OS mobile, Windows 8 est le projet « all in » de Microsoft, la traditionnelle pierre angulaire du PC destinée à enfin conquérir le Post-PC. Si les clients accrochent à l’interface « Metro », Microsoft risque de tout emporter sur son passage, comme il y a 20 ans.

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FACEBOOK : L’UNIVERS DANS L’UNIVERS

Tiens, vous vous grattez soudain la tête : pourquoi parler de Facebook, un site, lorsque cette chronique analysait Mac OS et Windows, des OS ?
C’est bien simple : parce que je parle d’environnements. Et que Facebook est en train d’en devenir un à part entière. Alors que Mark Zuckerberg annonçait lors de la dernière conférence F8 un nouveau record de 500 millions de connections en simultané et 800 millions de comptes, il devient évident que Facebook est en train de devenir un véritable univers, de plus en plus complet. Déjà pour nous.

Mais tout de suite, un petit bonus pour rendre hommage aux classiques réactions devant tout changement de Facebook :

Cela peut paraître trivial, mais les classiques cris et pleurs des utilisateurs montrent à quel point l’environnement Facebook est fort, les habitudes ancrées.

Si la plupart d’entre nous ont fait partie de la génération d’internautes ayant Google en page de démarrage, les nouvelles générations (quelque soit leur âge) d’internautes arrivent eux directement sur Facebook, puisque presque tout s’y trouve. Leur vie sociale tout d’abord, qui est devenue le premier besoin sur le web, mais également leurs jeux, leurs vidéos, leurs informations, etc.
Facebook se mue donc en une expérience utilisateur qui dépasse totalement le cadre du simple site, voire même du réseau social : c’est un univers. Et un univers toujours plus riche.
Lors de la conférence F8 d’avant-hier, Zuckerberg l’a ainsi confirmé, avec les différentes nouveautés des mois à venir.

Timeline, en plus de rendre Facebook ENFIN élégant quelque part, est destiné à remplacer nos walls, mais aussi nos blogs, nos tumblr etc. Cette grande frise de nos activités est le meilleur moyen d’accentuer l’investissement de l’utilisateur sur Facebook. Ce temps investi pour remplir sa timeline sera autant de temps non investi ailleurs… Et autant d’efforts qui l’empêcheront de tout recommencer ailleurs.

Encore plus fort, les apps sociales. Facebook vient de révolutionner le marché des applications et leur commercialisation. Désormais, leur publicité et leur adoption se feront de manière entièrement virale. On ne dira plus « je te recommande l’application Nike + », mais on aura automatiquement un statut de type « j’ai couru 12 kilomètres en moyenne ce mois-ci, via Nike + ». Non seulement Facebook va posséder son propre app store, mais ces dernières vont intégrer la vie de chacun sur le réseau. D’un point de vue marketing et business, nous atteignons une synergie absolument dantesque (et flippante, soyons clairs).

Alors, si Facebook est un site où vous gérez votre vie sociale, la représentation de votre vie, où vous pouvez écouter de la musique, regarder des vidéos, acheter des applications, travailler et vous tenir au courant de l’information… Le tout en une adresse et un seul compte, que restera-t-il aux autres ?

Au-delà de la bataille Windows / Mac OS qui semble un peu en retrait, il me paraît tout à fait savoureux que Facebook en sorte grand gagnant, et ce, en reprenant la stratégie de… Microsoft.
Dans les années 80, le géant de Redmond avait en effet deviné avant tout le monde que la guerre des clones d’IBM n’accoucherait pas d’un clair vainqueur, mais d’une multitude de victimes hardware. Mais que l’OS et le software, distribués indifféremment à tous les constructeurs, ferait de Microsoft le grand gagnant de cette période : battez-vous entre vous pour vendre des ordinateurs, chacun sert de toute façon notre propre cause. Les gens n’ont pas envie de changer leurs habitudes, voilà pourquoi Facebook pourrait se poser en îlot de stabilité et de repère dans la Grande Guerre des différents OS.

Aujourd’hui, Facebook se comporte de la même manière : qu’importe l’OS, l’écran, le navigateur, Facebook sera toujours présent, sous toutes les formes. Et créera en son propre sein un univers complet et non dépendant de votre plate-forme. Le rêve du tout navigateur au début des années 2000, incarné aujourd’hui par un seul site.
Facebook possède aujourd’hui un nombre record de membres, de marques et de clients. Et offre un nombre record de possibilités. À terme, il est inévitable que le grand réseau social ne vampirise le temps, l’attention et les activités que nous consacrons à nos OS classiques. Et à cela, Microsoft et Apple ne peuvent rien faire, puisqu’ils vendent les appareils qui donnent accès à Facebook. Obligés de vendre un maximum de produits, ils creusent aussi un peu leur tombe face au réseau bleu : la terre de leurs coups de pelle servant à ériger la montagne sur laquelle trône un jeune mec en sandales Adidas.

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LA GRANDE CAUSE ENVIRONEMENTALE

Apple, c’est l’histoire d’un OS qui n’en finit pas de parfaire une vision initiale. Microsoft, c’est l’histoire d’une référence qui doit emmener des millions d’utilisateurs vers sa vision de la mobilité, utilisateurs aujourd’hui éparpillés dans d’autres champs. Et au milieu, Facebook, c’est un environnement qui se répand en surfant sur les autres environnements.

Dans ces trois différentes approches, je pense qu’Apple est le plus mal parti. En terme hardware, la Pomme se porte toujours très bien, mais son univers fermé va finir par lui jouer des tours. La réussite d’Android en est le premier signal tangible.
Microsoft de son côté est en ballotage total. Il n’y a aucune chance que Windows Phone 7 ne convertisse à lui tout seul des millions d’utilisateurs d’iOS ou Android vers son interface « Metro ». Windows 8 est donc plus qu’un OS ambitieux : c’est le levier de la dernière chance pour faire adopter un nouvel environnement à la masse gigantesque d’utilisateurs grand public sous environnement Windows.
Facebook enfin peut se frotter les mains. Le réseau qui sévit sur le réseau des réseaux semble avoir atteint une taille critique pour ne plus être rejoint de sitôt par un concurrent. Une véritable économie interne s’est créée. Mark et ses troupes poussent maintenant toujours plus fort pour rendre l’utilisateur captif et engagé. L’interface bleue, le like, le poke, la timeline et les apps sociales ont toutes les chances de devenir dans un futur proche l’environnement numéro 1 dans le monde.

Et ce, malgré les différents OS.
Et ce, surtout grâce aux différents OS.

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« Les Chroniques du Week End sont des réflexions de Lâm Hua sur la culture et l’industrie geek. Elles engagent les opinions de leur auteur et pas nécessairement celles de l’ensemble de la rédaction du JDG.

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