Vous l’avez tous senti en lisant le JDG cette semaine : à l’approche des fêtes de fin d’année, les intentions d’achat se multiplient et les mails et coups de fil à votre encontre aussi : et oui, vous êtes le geek de service, tout le monde vous demande donc conseil pour tout et n’importe quoi.

« J’achète quoi ? », « Ca vaut le coup les tablettes ? », « Tu penses que je dois acheter le modèle supérieur ? » etc. Et vous avez forcément réponse à tout. A la tête de ces âmes en demande de « conseils technologiques » se trouvent nos parents. Souvent largués, mais toujours curieux, ils veulent profiter de leur progéniture « qui s’y connaît » pour se mettre à la page techno. Problème, ils n’y connaissent souvent rien. Pure problème, ils se transforment, après achat, en véritables geysers de questions. Questions qui vous rendent souvent chèvre, après 45 minutes de dialogue de sourd au téléphone. Qui a tenté d’expliquer le concept de clic droit et double clic à sa maman me comprendra.

Je vous ai donc concocté un petit guide de la hotline pour parents perdus : comment les aiguiller vite et bien et surtout, comment éviter les sources de questions sans fin.

 

Tout de suite, pour les exceptions : oui je sais, certains d’entre vous ont des parents super geeks, ultra aux faits, top à jours. Je suis très heureux pour vous. Mais vous êtes les 1%, cette chronique s’adresse donc au 99% qui souffrent dans les rues.

Ma mère m’a toujours dit : « Je ne dis jamais que je suis médecin en public. Sinon, les gens se sentent soudainement un peu souffrants et me demandent des conseils. C’est naturel, mais pour moi, c’est l’enfer. » Il en va de même du geek. Fier et super connecté, vous êtes devenu un refuge de savoir et de conseils pour vos proches. Il suffit qu’on vous présente comme « le geek » pour que les gens vous répondent immédiatement « ah bah ça tombe bien, je voulais des conseils sur cet appareil ». Nous nous prêtons souvent au jeu avec bonne volonté, sauf lorsque cela devient trop long, trop suivi, et qu’une question se transforme en appels systématiques dès qu’une personne veut une réponse. Et on a beau lancer un subtil « JFGI », le message passe pas très bien de vive voix.

Et puis, les gens comptent sur nous. Ne sommes nous pas au final ces personnes qui connaissent tous des “trucs technologiques”, passant nos journées à nous tenir au courant et en discuter ? Alors assumons. Tels les médecins d’aujourd’hui, sauvons nos patients de proches.

A la tête de ces « clients » se trouvent nos parents. C’est normal, ils nous parlent naturellement, et ils sont un peu largués dans cette marée d’appareils, de technologies, de sites. Mais au moment où ils nous appellent 12 fois 25 minutes pour connecter leur box triple play, ça devient lassant. Sachant que nous allons tous y passer dans quelques jours, je me suis concocté une attitude appropriée pour une dizaine de questions typiques. Attitudes qui se basent sur quatre mécanismes de base :

  1. Donner un bon conseil : cela peut vous paraître trivial, mais souvent les gens donnent un conseil ou une référence d’appareil à la volée, sans vouloir aller plus loin, histoire de se débarrasser de la question. Ce manque de reflexion destiné à gagner du temps peut vite se retourner contre vous…
  2. Donner un conseil qui n’en n’appelle pas d’autres, c’est la conséquence première. Si l’on conseille mal la personne en premier lieu, soyez sûr qu’elle va rester pleine de questions et nous rappeler dans la foulée. Vous ne voulez pas ça.
  3. Donner un conseil qui n’entraînera pas de syndrome SAV. Autre conséquence très pénible : orienter vos parents sur un choix qui vous sied, mais qui les laisse perplexe. Le NAS, par exemple, vous adorez mais eux n’y comprennent toujours rien. Résultat : vous aurez droit à un coup de fil par soir durant un trimestre. Vous ne voulez vraiment pas ça
  4. Eduquer la personne. « Donne un poisson à un homme et il n’aura plus faim pour cette nuit. Apprends-lui à pêcher et il n’aura plus faim de sa vie ». Le vieux proverbe marche ici complètement. Bien conseiller ses proches, c’est aussi leur donner le minimum de connaissances et de reflexes pour qu’ils puissent se débrouiller par eux-même au plus vite. Vous aurez fait une bonne action et surtout, vous serez zen le Dimanche après-midi, à côté de votre téléphone qui ne sonne pas.

Maintenant que les piliers sacrés du temple Shahotline sont posés, voici quelques situations typiques et la manière de les gérer le plus efficacement possible.

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C’est bien, les tablettes ?

C’est la question que nous nous posons tous depuis bientôt 2 ans et l’arrivée des tablettes “modernes” (aux 3 fans de Tablet PC, désolé). Et ma réponse, dans le cadre parental exposé précédemment est “OUI”, “Oui vas-y fonce maman.” Pourquoi ? Parce que les tablettes sont d’une simplicité enfantine. Il n’y (presque) plus de notion de fichiers, de double-clic, d’arborescence de dossiers, de long démarrages. Bref, les tablettes, réduisent 80% des sources d’appels en détresse, souvent le Dimanche après-midi quand vous avez mal à la tête.

La tablette est un avenir de l’informatique parce qu’enfin, ça ne ressemble plus à de l’informatique.

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Je veux un reflex, j’achète quoi ?

La fameuse question piège. Tout le monde veut un reflex, mais personne ne sait exactement comment il résoud l’équation “je veux faire des photos plus belles qu’avec mon compact”. Et clairement, le monde du reflex est une jungle hostile remplie de boitiers, d’objectifs, d’accessoires, de molettes, de boutons. Souvent donc, les gens se lancent dans l’achat d’un reflex et se retrouvent ensuite perdus.

Si votre interlocuteur est dans ce cas, dans le simple “je veux faire de jolies photos”, collez-lui un joli petit hybride entre les pattes. Ces bestioles sont simples, accessibles et très performantes, point.

Si maintenant la personne veut “s’investir plus dans la Photo”, sachez que le côté SAV sera costaud : on conseille un botier (ce qui n’est pas évident), puis les objos, puis la personne découvre souvent qu’elle doit aussi apprendre les rudiments de la photo, comme la vitesse, l’ouverture, les isos, le RAW… Bref, si vous êtes fainéants du conseil, la question Photo peut vite se transormer en piège inextricable.

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Je dois m’acheter un iPhone ?

Beh oui. Que les haters hate, mais pour le grand public, un smartphone s’appelle souvent un iPhone. Ensuite, vous lui expliquez qu’il existe une myriade de smartphones, qu’il existe même différents écosystèmes, avec leurs forces, leurs faiblesses et… Et à la fin, votre papa vous demande : “bon ok, mais je prends l’iPhone ou pas, alors ?”.

Si vous voulez accentuer le critère “un conseil qui n’en n’appelle pas d’autres”, dites oui. iOS est, nous le savons tous, aussi fermé que bien maîtrisé. C’est parfait pour un premier smartphone. Noël prochain sera l’occasion de voir si votre père est devenu un power user en puissance : vous pourrez alors lui faire essayer Android ou Windows Phone et surtout, il sera assez aguerri et curieux pour se lancer sans vous harceler de questions.

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Mon PC est trop vieux apparemment, tu me conseilles quoi pour l’améliorer ?

Réponse ? Généralement rien. Car lorsque que vos parents trouvent que leur PC est un peu trop vieux et faible, c’est qu’il est VRAIMENT vieux. Je ne vous parle pas de Pentium IV là, je vous parle plus d’un obscur AMD Athlon 166MX.

Penser que vous allez améliorer un PC revient à une pure folie. Le fantasme des PC Montgallet upgradables à l’envie à vécu. Aujourd’hui, un socket de carte mère change tous les deux ans, la DDR2 est introuvable etc. Autant racheter un ordinateur neuf à bas prix, il débutent désormais à 300 euros le boitier.

Alors vous me direz que c’est faire le jeu de la société consumériste. C’est exact, mais la question, c’est surtout de savoir combien de temps vous avez. Parce que passer la journée chez vos parents à démonter un boitier beige no name poussiéreux pour retrouver des références d’éléments, puis écumer des sites d’occasion pour retrouver des pièces compatibles plus performantes mais déjà dépassées, réinstaller tout le bouzin, cela revient à perdre beaucoup de temps pour économiser peu.

Alors on commande un ordinateur sur Internet et c’est tout.

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Et je reste sous Windows ?

Désolé, mais non. Vous aurez beau installer le dernier Windows 7 aux petits oignons, lui ajouter moult anti-virus derniers cris, vous savez que dans 6 mois, vous recevrez un appel parce que “quelque chose fonctionne mal”. Et vous irez voir la bête malade et vous découvrirez sur le bureau et dans le menu démarrer (je vous épargne le reste) une tonne de crapware. C’est comme ça, c’est inévitable.

Windows 7 marche très bien, je n’ai jamais utilisé d’antivirus de ma vie et je n’ai jamais eu de problème. Mais parce que comme vous je sais quoi faire et quoi éviter. Ma maman, j’ai l’impression qu’elle attrape tous les malwares et virus comme on attrape tous les Pokemons. J’ai tout tenté.

Si vous ne voulez pas faire le pompier au téléphone ou perdre votre temps à nettoyer l’ordinateur d’un super débutant, évitez tout simplement Windows. Ubuntu ou Mac OS feront très bien l’affaire.

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Comment tu télécharges des films ?

Question délicate. Un peu comme quand nous demandions à nos parents comment on fait un bébé. Je vous la fait mignonne dans un monde féérique, ou réaliste avec les détails ? Soyons honnêtes : même si les plates-formes légales de téléchargement et de VOD ne sont pas encore légion, il est plus sage de mettre vos parents dessus que de leur expliquer l’art du Newsgroup (j’ai hâte de voir comment vous expliquez la réparation de par2) ou de leur faire courir le risque de télécharger en torrent un film porno au lieu de épisode des Experts.

Soyons responsables avec nos parents et donnons-leur une bonne éducation : VOD pour leurs besoins et une petite livraison de séries pas sorties en France dans un disque dur externe à chaque déjeuner familial.

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C’est vraiment bien, ces livres électroniques ?

C’est étonnant. C’est la 4e fois en un mois que je me fais aborder dans le métro pour mon Kindle. Et que par des Seniors. S’il est facile de leur démontrer les avantages d’une liseuse électronique (quel terme infernalement laid), la question se complique lorsque vient la question des livres : “Sont-ils tous dispos ?” “En même temps ?” “Et pour moins cher ?” “Et si je perd, casse ou change de liseuse ?” Les réponses sont malheureusement “ça dépend”, “ça dépend”, “ça dépend” et “ça dépend”.

Les appareils sont au point, mais les magasins moins, notamment en France. Le côté “une question qui en appelle une autre” sera donc inévitable non pas côté appareil, mais côté consommation. Ce qui reste tout de même plus gérable.

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Il faut que je m’inscrive sur un réseau social, je fais quoi ?

Aïe. Aïe. Les parents sur Facebook (on ne pense même pas à Twitter). Galère. Le début est en soi agréable. On se met tous autour de l’ordinateur et on explique Facebook à mesure que nos parents se créent leur comptes, rentrent leur renseignements, une première photo de profil, recherchent leur amis sur le réseau. Ca, c’est cool, presque un beau moment familial.
Le problème vient ensuite. Le côté SAV va forcément arriver mais problème, il va arriver sur votre Wall. Non seulement le phénomène des parents sur Facebook entraîne une large auto-censure des membres, mais en plus ces derniers viennent vous parler ou vous commenter devant tout le monde.

“Lâm is now in relationship”

Maman aime ça

Commentaire de Maman : je suis trop content pour toi mon tilâm ! Et j’espère qu’elle sera mieux que l’ancienne, haha.
Et tu ne m’as toujours pas répondu à mes messages depuis mercredi, je fais comment pour trouver les photos de Noël et les poster comme des pièces jointes dans mon mail ?

Je n’ai pas besoin d’en rajouter, voyez l’enfer. Le syndrome du “je viens te chercher devant l’école avec ton goûter, hein mon chéri ?” en puissance.
Avant d’aider vos parents à se mettre sur Facebook (autant qu’ils ne le fassent pas n’importe comment), établissez donc bien des règles pour qu’ils ne viennent pas vampiriser votre time line…

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Je veux tout commander dans la maison avec une seule télécommande !

Ca, c’est souvent le rêve de Papa, qui, élevé aux films de SF des années 70 et perdu devant ses cinq télécommandes, parle de domotique sans la nommer. Problème, les solutions ne sont pas simples, ni universelles. Par contre, elles coûtent bonbon, ne serait-ce que pour commander lumières et home cinéma d’un coup.
Vous lancer dans ce fantasme du futur risque fortement d’empoisonner votre présent. Ne vous lancez donc pas et dissuadez votre papa  de s’entêter.

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Soyons honnêtes : on les aime, nos parents. Et on ne se rend pas compte à quel point on peut également les appeler pour une recette de cuisine, un dépannage de bricolage, une orientation professionnelle. Qu’ils se reposent sur nous n’est qu’une infime contre-partie. Mais qu’elle est éreintante, si mal gérée.

Après des années de coup de fil stressé, fatigué, peu coopérant et surtout réaliste face à la possibilité d’apprendre l’informatique à quelqu’un par téléphone, j’en suis venu à la conclusion qu’il faut d’abord trouver des solutions simples avant de parler à nos parents comme à nos pairs. Et surtout, leur faire comprendre qu’il doivent eux-aussi un jour s’envoler du nid et voler de leurs propres ailes

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“Les Chroniques du Week End sont des réflexions de Lâm Hua sur la culture et l’industrie geek. Elles engagent les opinions de leur auteur et pas nécessairement celles de l’ensemble de la rédaction du JDG.

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Vos meilleurs commentaires et suggestions : à vous de jouer !