« RIM va mal », « bye bye RIM », « RIP RIM »… Autant de titres et avis qui annoncent la fin du constructeur des BlackBerry, actuellement malmené par ses concurrents dans le nouvel eldorado des smartphones et tablettes. Le Canadien est-il condamné ? Peut-il s’en sortir avec des mesures drastiques ? Voici 5 propositions de réponses.

Cette chronique se love dans mon esprit depuis des mois, mais chaque mois apporte son lot de nouveautés. La longue chute de Research In Motion, aka RIM, aka les BlackBerry, ne semble pas en finir. Difficile d’imaginer le constructeur canadien aujourd’hui aussi au fond du gouffre, quelques mois à peine après avoir été au faîte de sa gloire.

2012 représentera certainement l’année du tout ou rien : RIM doit réussir ou mourir. Différentes options s’offrent en tout cas au constructeur, qui peut compter sur des atouts certains. J’ai donc imaginé 5 destins qui pourraient attendre la firme aux Blackberry, dans ce contexte si chargé en risques et retournement de situations.

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1. LE RACHAT

23 Juillet 2012

Samsung rachète RIM pour 2,7 milliards de dollars. Franchement, cela étonne quelqu’un ? Malgré les nombreux démentis l’année dernière, les rumeurs ne mentaient pas. Pour le titan coréen, le canadien blessé était trop beau pour ne pas le racheter. On attendait pourtant un constructeur répondant au portrait robot « bonne santé financière, mauvaise position commerciale ». Samsung est bien solide financièrement… Mais cartonne également, avec sa gamme Galaxy : le S3, annoncé en Mai, a été le premier smartphone à dépasser l’iPhone en terme de pré-commandes, quand les nouvelles Tab10.1 II et 8.9 II contrent efficacement l’iPad 3.

Pourquoi alors racheter RIM ? Le communiqué officiel reste flou et les deux parties parlent de « synergies ». Officieusement, une sombre histoire de brevets se trouve encore au coeur de l’affaire. Dans la guerre sans fin qui oppose Samsung et Apple, l’acquisition de Blackberry permet au coréen de mettre la main sur le brevet de push mail, qu’Apple venait d’annoncer sur l’iOS6 qui accompagne l’iPhone 5. Résultat ? Si la technologie existe déjà autrement, Samsung pourra embêter Apple, qui reprend exactement la structure Push de BlackBerrry.

En attendant, les clients de RIM semblent à moitié rassurés de voir leur marque sauvée, à moitié craintifs sur les orientations qu’un Samsung très orienté grand public pourrait imposer à sa nouvelle acquisition. Le coréen a pour le moment annoncé que rien ne changerai pour les Blackberry. Beaucoup d’analystes s’attendent cependant à ce que Samsung fasse passer Blackberry sous l’OS Bada, qui a du mal à s’imposer depuis son lancement.

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2. LA LICENCE

Mobile World Congress 2013, Barcelone

HTC et Acer annoncent leurs premiers smartphones Blackberry. Ce n’est que logique, à mon sens. Après le succès des Sony BB1 et BB3, ces nouvelles alliances consolident la nouvelle stratégie de licence opérée par RIM il y a exactement un an.

En licenciant son OS Blackberry Ten et en améliorant la compatibilité avec les apps Android, RIM a réussi à créer une offre complète, mêlant ses forces propres (BBM, Push) et les réseaux de distribution des constructeurs partenaires.

Alors que nous pensions ces derniers totalement obnubilés par Android, force est de constater que cette licence BlackBerry Ten gratuite sur 2 ans, compatible avec les apps Android, permet de différencier l’offre et de faire revenir un Premium jusqu’alors décimé par la concurrence par les prix des dizaines de terminaux Ice Cream Sandwich. De rival condamné, BlackBerry est donc devenu une alternative haut de gamme à Android.

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3. LA FAILLITE

Décembre 2014

C’est officiel (et c’était longuement attendu), RIM vient de déposer un dossier de mise en faillite auprès du ministère du commerce canadien. L’officialisation d’une longue agonie et surtout, d’erreurs stratégiques flagrantes.
Cela fait en effet presque 4 ans que les analystes tirent la sonnette d’alarme sur le cas BB. Incapable de contrer la montée en puissance d’iOS et d’Android, le constructeur canadien a perdu le marché grand public. Son nouvel OS Blackberry T’en, sorti en retard et buggé fin 2012, aura attendu mi-2013 pour montrer tout son potentiel. Mais c’était déjà trop tard, quand entre temps, ses principaux concurrents avaient déjà muté deux ou trois fois !

Pire, ces derniers ont concentré leurs efforts sur les marchés professionnels. On pense tout particulièrement à Windows qui, en fusionnant Windows Phone 8 et Windows 8 a rapatrié des milliers d’entreprises déjà clientes de ses solutions Exchange classiques.
Dernière erreur de RIM : avoir refusé de nombreuses offres de rachat. Les rumeurs courraient, notamment sur les coréens Samsung et LG, Microsoft lui-même et HP, toujours en recherche d’une direction. De quelques 4 milliards de dollars, la valeur est passée en début d’année sous les 900 millions de dollars et il se dit que les potentiels acheteurs sont désormais les fonds de pension et d’investissement qui attendaient une faillite pour racheter à bas prix et en pièces RIM. C’est malheureusement chose faite.

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4. LA REUSSITE

CES 2014, Las Vegas

TouchBook 7, 9 et 11 pouces, Bold S, OS Ten II… Voici la cuvée annuelle du Canadien RIM et surtout, les stars de ce CES. Au milieu des milliers de clones Windows Phone et Android, les derniers terminaux et tablettes chic et chocs de Blackberry font plaisir et confirment la renaissance depuis un an du constructeur.

Le déclencheur aura évidemment été l’OS Ten, enfin moderne, compatible avec les apps Android, sans oublier les fondements de la marque : a ce jour, il reste toujours le plus réactif et le plus économe des OS. Combiné à l’adoption des dernières puces ARM, mais également à la nouvelle génération de batteries lithium-polymère, Ten a incarné le retour des outils de travail mais aussi de plaisirs efficaces et ultra autonomes.

Les RIM fans peuvent en effet sourire en regardant l’autonomie des smartphones concurrents, qui stagne depuis des année et ne passe pas la barre symbolique des 24 heures en utilisation classique, quand notre Bold T tient presque 4 jours avec Wifi et 3G actifs…
Drôle de réussite donc pour une marque qui semblait mal embarquée face aux géants Microsoft, Google et Apple : après être descendu jusque 11% de parts de marché des smartphones et jamais dépassé le pourcent symbolique côté tablettes, RIM a annoncé lors de ses derniers résultat son retour à la croissance et sa reprise de la 3e place côté smartphones, avec 17% de parts de marché, tout en dépassant les 5% côté tablettes.

C’est toujours loin d’Android et d’iOS, mais RIM continue d’engranger des bénéfices à rendre jaloux tous ses petits camarades, grâce à son option Push largement rentable et sa clientèle plus apte à payer côté apps. L’entêtement aura finalement payé, RIM se retrouvant aujourd’hui dans la position enviable du constructeur et fournisseur de services le plus rentable du marché.

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5. PASSER SOUS ANDROID

Septembre 2012, RIM developpers congress

Le mot est lâché : Android. Depuis des mois, de nombreuses voix se font entendre pour pousser RIM à passer ses appareils sous Android. Si les fans s’accrochaient encore à un hypothétique BlackBerry Ten, Thorsten Heins vient de trancher : pour survivre, les BlackBerrys rejoindront l’OS le plus répandu au monde.

Est-ce cependant la fin pour BlackBerry ? Pas si sûr. Pour rassurer les développeurs et partenaires, Heins a énoncé les nombreux avantages de ce revirement :

  • Le problème de l’écosystème et des apps se retrouve résolu, les BlackBerry se retrouvant soudainement riches en apps.
  • L’OS n’est plus une division rentable selon Heins. Passer chez Android, c’est soulager un département R&D désormais entièrement consacré au Hardware et aux services.
  • Car les services restent, évidemment. Heins à promis que le Push et BBM rendront toujours les BB uniques.
  • BBM devient d’ailleurs ouvert, sûrement histoire de contrer l’insolent succès des Kik et autres Whatsapp.

Sous cet angle, le marché semble convenable, sachant que RIM était sans doute dans une impasse, à vouloir continuer de la jouer cavalier seul. Reste maintenant à voir comment l’entreprise va jouer la différenciation pour se démarquer de centaines de smartphones déjà très capables.
Rendre leur Push maison gratuit serait une manière de mettre leurs appareils en valeur, mais il faudra toutefois trouver comment marger, dans une industrie hardware toujours plus au centime près.

On pensera enfin à John Rubinstein, qui avait ouvertement invité RIM à adopter Web OS, désormais ouvert et qui rencontre un certain succès chez les bidouilleurs et indépendants. La solution était séduisante, mais Heins a fait le choix le moins risqué : rentrer dans le moule, c’est aussi rassurer ses clients…

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Le plus honnêtement, je soutien le destin n°2 : si RIM pouvait licencier BlackBerry Ten avec succès, cela ne ferait qu’enrichir l’offre et exacerber la concurrence. J’ai de plus une affection pour les BlackBerry, ce serait triste de voir leurs si bons clavier disparaître. Et vous, avez-vous une 6e issue en tête pour RIM ?

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“Les Chroniques du Week End sont des réflexions de Lâm Hua sur la culture et l’industrie geek. Elles engagent les opinions de leur auteur et pas nécessairement celles de l’ensemble de la rédaction du JDG.