Il ne fait pas bon s’appeler Niel ou Lombardini par les temps qui courent… Dans un enchaînement d’évènements presque suspect, ce sont tour à tour Martin Bouygues (Bouygues Telecom), Nicolas Sarkozy (Etat/Bou…) et maintenant Stéphane Richard (Orange) de pointer du doigt le quatrième opérateur de téléphonie mobile.

Au cours d’un entretien accordé à Libération, le PDG de France Télécom / Orange se range du côté des victimes de l’arrivée du nouvel entrant sur le secteur de la téléphonie. Ainsi, dans une de ses déclarations, monsieur Richard explique que l’impensable est arrivé : l’idéologie de la concurrence peut être néfaste.

A trois, ça va, à quatre c’est mal

Impensable, car au vu du passif des trois plus gros opérateurs français en matière d’entente sur les prix nous serions en droit d’attendre une certaine réserve sur la question. En effet, Stéphane Richard passe sous silence les propres mésaventures d’Orange en matière de pratiques anti-concurrentielles, l’affaire Orange Open étant l’exemple le plus récent à ce jour.

De plus, le PDG de France Télécom reconnait dans un exercice de communication risqué que le partenariat d’itinérance signé avec Free Mobile lui est non seulement profitable en l’état, mais également si les activités de son concurrent prospèrent sur le long terme :

On avait dit que le contrat devait nous rapporter 1 milliard d’euros. Cela pourra aller jusqu’au double en fonction de la capacité de Free à développer son réseau


Orange : une double « liaison dangereuse »

Il devient évident que Stéphane Richard n’évolue pas avec les mêmes libertés que ses principaux concurrents au sein de l’actualité Free Mobile ces derniers ne manquent d’ailleurs pas de le lui rappeler. À la fois mécontent de voir ses intérêts menacés par la politique tarifaire agressive du nouvel entrant, l’opérateur historique est également satisfait de la manne financière que représente le contrat d’itinérance signé avec Xavier Niel.

Frank Esser (SFR) : "J'ai été frappé par la stratégie d'Orange"

La marge de manoeuvre d’Orange est d’autant plus limitée puisque la société se doit de rassurer les investisseurs. En avançant le chiffre de 200 000 abonnés à son offre Sosh, Stéphane Richard reconnaît peut être sans le vouloir que ce succès est d’une manière où d’une autre lié à la politique tarifaire de Free. Jamais avant le quatrième opérateur n’avons nous assisté à des forfaits sans engagements crédibles en matière d’utilisation régulière et exigeante. Orange préfère donc se montrer confiant quant à ses parts de marché…

Free Mobile devrait représenter à terme, si l’on regarde ce qui s’est passé au Royaume-Uni, environ 15 % du marché. L’essentiel de la demande restera pour des mobiles subventionnés, segment sur lequel Free ne s’est pas encore positionné

… ce qui contraste quelque peu avec le ton alarmiste de son dirigeant sur la question de la concurrence :

On commence à comprendre que les conséquences de l’arrivée de Free Mobile vont être lourdes pour l’ensemble du secteur, que ce n’est pas juste une belle histoire soi-disant au profit du consommateur. Free est un modèle disruptif (…). Personne ne peut dire qu’elles seront les conséquences

Des paroles… et les actes ?

Alors Free Mobile, concurrent mettant en péril un modèle économique ou petit poucet de la scène téléphonique ? Nous avons du mal à identifier la position d’Orange sur la question du nouvel opérateur téléphonique français. Il faut dire que la société elle-même se retrouve dans une situation inédite où le sort de son concurrent lui est à la fois bénéfique d’un point de vue financier, mais également dommageable en matière de parts de marché.