Le minitel, c’est fini ! Et oui, au cas où vous ne saviez pas, notre cher minitel était encore en activité, et a terminé sa longue histoire il y a quelques minutes. Le minitel, c’est une histoire française qui sent bon le saucisson, et qui aura été un réseau avant-gardiste bien avant la démocratisation d’internet. Pour les plus âgés, nous avons tous des souvenirs avec l’appareil qui passe aujourd’hui pour une machine moyenâgeuse. Que ce soit pour les astuces de jeux vidéo sur l’ETAJV, pour l’annuaire en ligne ou pour le 36 15 Ulla, nous avons tous une anecdote a raconter avec le minitel. Environ 500 000 personnes utilisaient encore le minitel jusqu’à aujourd’hui. 500 000 personnes qui vont devoir maintenant s’en passer.

Les Minitels seront recyclés à Toulouse. CR : AFP/PASCAL PAVANI


Un système avant-gardiste

Le minitel, c’est une histoire qui débute au début des années 1980, même fin des années 1970 sous Giscard d’Estaing. Après des tests à grande échelle auprès de 2500 volontaires à Vélizy, le Ministère des Postes et Télécommunications lance massivement l’outil en 1982. Se basant sur la norme Vidéotex, le minitel s’est vite imposé en France jusqu’à équiper plus d’un million de foyers en 1985. Il explose réellement à la fin des années 1980, avec l’ouverture des premières messageries instantanées et des services kiosques (36 15). Les années 1990 voient l’âge d’or du service français, avec plus de 6 millions de minitels en France en 1995, 20 millions d’utilisateurs et un CA d’un milliard d’euros. Il est également à noter que la moitié des connexions sont alors pour du minitel rose. Puis internet est arrivé, s’est démocratisé, reléguant le minitel à un service secondaire, voire obsolète. Et ce, malgré les tentatives de France Télécom de le garder en haut de l’affiche, avec notamment le iMinitel. En 2010, 2 millions de personnes se servaient encore du minitel, générant un chiffre d’affaires de plus de 200 000 € par an. Aujourd’hui, on estime qu’ils sont encore environ 500 000 !

Un tremplin

Le minitel, cela a également été l’occasion à des stars des nouvelles technologies de faire leurs premières armes. Parmi elles, un certain Xavier Niel, aujourd’hui patron de Free. Après avoir créé 3615 Annu, l’annuaire inversé, Xavier Niel rachète Illiad, société spécialisée dans… le minitel rose ! Aujourd’hui, Illiad est encore la maison mère de Free, et est très loin de ses objectifs premiers. Marc Simoncini, fondateur de Meetic et également l’un des hommes les plus riches de France, a également commencé grâce au minitel. En 1985, il fonde CTB, entreprise spécialisée dans la fourniture de services Minitel. Il créera plus tard iFrance, premier service d’hébergement français sur le web, puis Meetic, premier site de rencontre.

Différents modèles

Le premier minitel, le minitel 1, c’est d’abord une machine. Disposant seulement d’un écran et d’un clavier tenant dans un seul bloc, il était équipé d’un modem V.23 (1200 bit/s en réception – 75 bit/s en émission), d’un écran 8 couleurs capable d’afficher 40 colonnes, et également d’un connecteur DIN pour le brancher à un PC. Dispensé d’espace de stockage, il devait se connecter à une ligne téléphonique de France Télécom pour afficher des informations. Le premier minitel était également équipé d’un clavier ABCD, qui est vite passé au format AZERTY par la suite. Il y a eu une multitude de modèles de minitel, comme le Minitel 2, qui a vu l’apparition de mots de passe pour protéger la session, ou le minitel 10, qui comprenait un téléphone intégré.

Le minitel 10, avec téléphone intégré

Adieu minitel

Globalement, le minitel est resté une histoire franco-française. France Télécom a bien tenté de l’exporter en Côte d’Ivoire, en Chine, au Japon.. Il a même suscité la curiosité des États-Unis, mais il n’a jamais connu le succès qu’il a eu au pays du camembert. En 1997, Jacques Chirac en plaisantait même :

Aujourd’hui, un boulanger qui vit à Aubervilliers sait exactement comment vérifier ses relevés de compte sur le Minitel. Peut-on dire la même chose d’un boulanger à New York ?

Le minitel est aujourd’hui définitivement mort et enterré. S’il vous en reste encore un à la maison, gardez-le précieusement, c’est un morceau d’histoire de France qui disparaît (et puis il pourrait se vendre très cher, comme d’autres appareils). Adieu minitel !

En bonus, voici une publicité pour l’annuaire téléphonique sur minitel avec en guest Frederic Diefenthal.