Le Leap Motion a fait beaucoup de bruit lors du lancement de sa campagne Kickstarter puis… plus rien. Jusqu’à ce qu’un jour, la société éponyme se décide à envoyer un mail à ses « backers » pour annoncer la sortie de cette interface homme-machine tridimensionnelle révolutionnaire pour le 15 mai 2013. Il aura finalement fallu attendre le 22 juillet pour mettre la main sur le bijou.

Afin de préparer la sortie de la chose et de mieux comprendre les capacités de ce gadget, nous avons rencontré Patrick Legrand et Ruslan Davydzenka, qui se sont fait connaître en développant une application permettant de piloter un AR Drone à l’aide du capteur.

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Ces deux développeurs travaillent au sein de la société Palo IT, un cabinet de conseil qui accompagne une quarantaine de grands noms dans l’adoption du concept d’entreprise agile ou dans la mise en place de leur stratégie d’innovation technologique.

Les deux compères font partie des heureux élus ayant pu obtenir un modèle réservé aux développeurs, et ils s’en sont donnés à cœur joie. Ils ont pu nous en dire plus sur le fonctionnement, les possibilités et surtout les limites de cette interface révolutionnaire, d’une grande aide pour notre test.

Hardware et Software

En vérité, le hardware est relativement simple. Sous la vitre noire, on trouve deux caméras de 1,3 mpx « qui ne prennent pas d’images, mais qui servent à remonter des trames », cela a un avantage certain pour des questions de vie privée. Les deux caméras sont aidées par 3 LED infrarouges pour faciliter le calcul de la position des objets dans le « champ de vision ».

Une fois visibles, il va être attribué à chaque objet un « identifiant » ce qui va permettre de suivre les objets, « il est possible de savoir qu’un objet est passé d’une main A à une main B », illustrent nos interlocuteurs. Cela sera utile dans certains cas, nous y reviendrons.

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Extérieurement, l’objet est tout aussi simple : aluminium type « MacBook Air » sur les tranches, du plastique noir au-dessus et un caoutchouc en dessous pour éviter que le capteur ne se déplace accidentellement. C’est joli et discret, pas de soucis à se faire là-dessus.

Avant de pouvoir brancher son Leap, il va falloir télécharger AirSpace, qui n’est rien d’autre que l’App Store de Leap Motion qui offre au passage certains outils de maintenance, les pilotes s’installent automatiquement sous Windows 7/8. Place donc à l’action.

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Fonctionnement

De base, AirSpace n’est pas trop fourni, on y trouve quatre applications permettant de commencer à prendre en main l’objet. Parmi elles, Leap a tout de même eu la bonne idée de mettre l’application « Orientation » qui va permettre de mieux appréhender le fonctionnement du capteur. Du coup elle va aussi mettre en lumière ses premières limites. Comme la chose est basée sur des caméras, impossible par exemple de repérer deux objets qui seraient placés l’un au-dessus de l’autre.

En théorie, le Leap Motion est capable de reconnaître « jusqu’à 4 mains », soit 20 doigts, en pratique on s’aperçoit qu’il est très difficile de faire rentrer tout ce beau monde dans le champ sans en masquer une partie. En effet, le champ de vision utile correspond grosso modo à une pyramide inversée de 2,5 cm sur la pointe (en bas),  à 60 centimètres à la base (au plus haut donc).

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Après, le capteur tressaille, ce que nos développeurs appellent du « Bruit ». On note par ailleurs que plus la luminosité baisse moins le capteur est précis, puisqu’il n’utilise alors que les LED infrarouges sans le renfort des caméras. Dans de bonnes conditions, le capteur a une précision de l’ordre du centième de mm. Dans le noir, on oublie, tout simplement.

Toutefois, l’identification des objets va permettre au capteur de savoir qu’une main, ou un stylo a disparu au-dessus de quelque chose. On pourra alors  »extrapoler les trames perdues »  afin d’essayer d’avoir un mouvement perçu comme fluide durant une utilisation quelconque.

Interface Pseudo Tactile

Une fois le fonctionnement basique de l’objet compris, on passe en revue les applications proposées par défaut jusqu’à tomber sur « Touchless » qui est finalement la seule application de base digne d’intérêt. Elle permet d’interagir avec Windows en proposant de remplacer sa souris.

Le Leap Motion permet alors de créer une  »interface pseudo tactile » qui, comme son nom l’indique permettra de rendre tactile un écran qui ne l’est pas. Enfin, en théorie encore, puisque la chose ne remplacera jamais un véritable écran tactile, et encore moins une souris. Si le capteur est précis, les doigts le sont moins. On se rend vite compte qu’une souris reste plus efficace.

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Si vous espériez pouvoir utiliser Windows 8 comme si vous étiez sur un écran tactile, oubliez. Au mieux cela fera une bonne démo pour vos amis. Sans compter que le fait d’avoir constamment le bras en l’air devient vite fatigant. On a bien essayé de l’utiliser avec les conseils « ergonomiques » que Leap donne dans sa FAQ, mais dans ce cas, les doigts sont trop bas, on ne peut utiliser l’interface pseudo tactile décemment. Steve Jobs avait raison : « les surfaces tactiles veulent être horizontales ».

Applications, ou pas

Ça y est, on a fait le tour des applications proposées de base (on passe sur Cut The Rope, qui a refusé de se lancer). On peut donc maintenant découvrir Air Space. Air, le mot est bien choisi, puisque le magasin manque cruellement d’applications pour le moment, on en trouve à vue de nez une centaine.

Quelques jeux, des applications de cartographie ou d’exploration et de créativité (dessin/musique) représentent le gros du panier. Elles sont payantes pour la plupart, et au prix fort pour des résultats par forcement convaincants. On a par exemple opté pour AirBeats qui propose de jouer de la batterie. Amusant en principe, mais impraticable en réalité. Il nous a été impossible de tenir un rythme convenable. Trop imprécis et trop mal fichu, 6 dollars qui se retrouvent dans le vent.

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Car oui, les applications sont loin d’être bon marché, oubliez les applications à 0,79 centime, comptez plutôt entre 2 et 5 euros de manière générale, pour un résultat loin d’être garanti. On vous conseillera de commencer avec Google Earth, qui pour le coup est assez bien fichue, même s’il y aura une certaine courbe d’apprentissage avant de pouvoir jouer à Minority Report.

Ce qui soulève un second problème : « l’absence de standards gestuels », une application pourra choisir d’effectuer le défilement avec deux doigts, une autre avec trois ou encore en rapprochant la main du capteur. Du coup, l’utilisateur pourra se retrouver légèrement déboussolé, et il en résulte une courbe d’apprentissage pour chaque appli.

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Quid du potentiel ?

Le magasin a toutefois le mérite de laisser entrevoir un certain potentiel, c’est assez bien illustré avec « Unlock ». Cette application va calculer les caractéristiques de votre main pour vous identifier et déverrouiller votre ordinateur sans avoir à taper un mot de passe. D’après les retours utilisateurs, la chose reste assez chaotique pour le moment.

Comme le note Ruslan Davydzenka, on peut très bien imaginer à terme une signature aérienne, qui servirait par exemple à valider un paiement effectué via NFC. Dis comme ça, ça fait un peu rêver, mais comme nous le disait Patrick Legrand « il y a un problème d’interprétation, car un mouvement effectué à un centimètre du capteur apparaîtra plus grand s’il est fait à 30 centimètres ». 

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« La complexité est donc d’analyser ce que l’utilisateur a fait » poursuit-il, en expliquant que le capteur peut remonter des erreurs qu’il va donc falloir corriger, et comprendre l’intention de l’utilisateur plus que le geste précisément. Le Leap Motion a également un dernier tour dans son sac.

Il est possible de les monter en série pour avoir une surface de détection plus grande. On peut donc, par exemple, imaginer une table, ou même une pièce équipée de ces capteurs, ce qui pourrait à terme avoir des applications dans le domaine de la domotique. Qui n’a jamais rêvé de gérer le robinet de sa baignoire, en ayant juste à bouger le petit doigt ?

Conclusion

6

/10

Note JDG

Patience ?

On l’aura compris, les développeurs auront encore fort à faire pour rendre honneur au potentiel du Leap Motion. Nous avons donc une nouvelle fois, et comme beaucoup de produits « Kickstartés » (Ouya ou Pebble, par exemple) un objet en devenir, mais sans grand intérêt au moment de sa sortie. Le Leap Motion ne fait pas exception et ne peut, à l’heure actuelle, dépasser sa condition de gadget high-tech qui amusera les copains pendant 5 minutes.

En attendant, on lui reproche le peu d’applications disponibles, leurs fonctionnements légèrement erratiques et leurs prix parfois exorbitants. Rendez-vous dans un an pour voir si l’objet arrivera à maturité.