Accalmie politique pour venir en aide aux librairies indépendantes françaises. Les députés ont adopté la proposition de loi interdisant le cumul – pas des mandats, non, ne rêvons pas –  entre gratuité des frais de livraison et rabais de 5 % sur la vente de livres neufs.

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Ces librairies et petits commerces ne pouvaient rivaliser face à la concurrence des sites marchands tels qu’Amazon, leader mondial de la distribution en ligne, mais également la Fnac, déjà mal en point. Ces dernières offraient non seulement les frais de livraison mais effectuaient une remise de 5% sur les livres neufs. Les librairies indépendantes criant au dumping et à la concurrence déloyale. La loi Lang de 1981, instaurant un prix unique du livre, devait leur permettre de résister aux grands distributeurs. Échec. Comme l’explique le Huffington Post, en prenant l’exemple du dernier bouquin d’Amélie Nothomb, pour un livre vendu 15,68€ sur Amazon « sans condition » et avec les frais de livraison offerts, il vous en coûtera minimum 18€ sur un site de librairie française en ligne. La faute à l’obligation de facturer la livraison, aux alentours de 3€.

C’est une des rares mesures à faire consensus sur les bancs de l’Assemblée Nationale entre les élus de droite et de gauche, saluons donc cette prouesse. Cette proposition de loi, portée par trois députés UMP, Christian Jacob, Christian Kert et Hervé Gaymard, vise à exclure les frais de port du prix des ouvrages. Le gouvernement a tout de même apporté son grain de sel en déposant un amendement : les librairies en ligne ne pourront offrir ces deux avantages simultanément (rabais de 5 % et gratuité des frais de port). C’est cet amendement qui a été voté par les députés aujourd’hui, reste maintenant aux sénateurs à valider cette loi.

Internet représente 17 % des ventes de livres (23 % pour les librairies indépendantes à égalité avec les grandes surfaces), Amazon se taille la part du lion avec 70 % de ce marché, la FNAC ne récoltant que les miettes avec les autres sites. Les libraires ont complétement raté le virage du numérique et peinent à rattraper leur retard, d’où leur grogne face au succès indécent des sites marchands et la concurrence qu’ils leur imposent.

Voyons si ce vote censé réduire l’avantage concurrentiel d’Amazon portera ses fruits. Dans le même temps, le géant américain va tout de même économiser 5,1 milliards de dollars au niveau mondial en supprimant la gratuité des frais de livraison selon le Syndicat de la librairie française pour le Monde. A contrario, pour le SLF (syndicat des librairies françaises), les librairies ne peuvent se permettent d’offrir les frais de livraison, économiquement cela reviendrait à effectuer des ventes à perte, ce qu’aucun libraire actuellement – hormis la FNAC – ne peut se permettre : « cette pratique est financièrement intenable économiquement ». Pour Romain Voog, président d’Amazon France, le débat n’a pas lieu d’être car la société s’estime « complémentaire » des librairies :

« Au contraire, les libraires se concentrent sur les nouveautés et ne peuvent pas servir les clients qui demandent des ouvrages plus anciens car ils ne les conservent pas en stock. Nous sommes donc parfaitement complémentaires. »

Finalement, Amazon considère que  les librairies ont certes gagné la bataille, le tarif des livres vendus en lignes va augmenter, en revanche le consommateur, lui, a perdu la guerre des prix.

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Toujours dans le domaine du numérique avait lieu hier les Assises de la finance participative réunissant acteurs du prêt de particulier à particulier et aux entreprises. L’État en a profité pour préciser ses vues sur le secteur. Jugez plutôt.

Désormais, chaque particulier ne pourra plus effectuer que des prêts à titre onéreux d’un montant maximum de 250€ sur les plates-formes de crédit et gérer des projets de plus de 300 000 euros sans agrément bancaire et contrôle du régulateur…Engageant.

Pour le co-fondateur de la plate-forme Prêt d’Union Geoffroy Guigou aux Échos :

Nous souhaitons voir émerger des concurrents pour ouvrir un nouveau marché. Mais tels quels, les plafonds ne sont pas de nature à favoriser l’émergence de nouveaux acteurs sinon dans le microcrédit. Au vu de nos pratiques, le seuil global est tout à fait acceptable. La quasi-totalité des prêts à la consommation en France ne dépasse pas 75.000 euros. En revanche, celui de 250 euros par personne est restrictif. Il faudrait certainement le doubler ou le porter à 1.000.

En dessous de 1000€ la gestion s’avère trop coûteuse pour le cofondateur de la plate-forme qui reconnait tout de même qu’un agrément bancaire permet une bonne gestion des risques.

Gestion des risques mis sur le tapis par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution des banques (ACPR) qui a gardé la définition littérale du « crowdfunding » :

Les plafonds tels que définis doivent permettre à tout un chacun de financer des prêts sans le mettre en risque plus que de raison et qu’il n’engage une part trop significative de ses revenus. Cela ne l’empêche pas de financer plusieurs projets de 250 euros. Le principe du « crowdfunding » n’est pas celui des « business angels » qui peuvent avoir, par projet, des montants beaucoup plus significatifs à placer.

En somme les plates-formes de crowdfunding souhaiterait plus de libéralisation pour voir émerger de nouveaux acteurs tandis que le gouvernement, à travers Bercy et ses organisations souhaite encadrer ces pratiques et protéger les particuliers afin qu’ils ne s’engagent pas financièrement dans les projets qu’ils ne pourraient honorer et ainsi éviter une gestion des risques calamiteuse car « Il n’y aurait rien de pire pour la finance participative qu’une plate-forme fasse faillite pour mauvaise gestion des risques. »

Affaire à suivre…

Source Les Echos