Washington mène sa guerre contre les djihadistes… sur Twitter

Général

Par Elodie le

Le ministère des Affaires étrangères américain a crée un compte Twitter afin de contrer les appels au djihad qui pullulent sur la toile. Ils espèrent ainsi, en interférant directement avec eux et leur communauté, gagner une autre guerre, celle de l’information.

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capture d’écran – Twitter

Internet et les réseaux sociaux sont devenus un terrain fertile de recrutement et d’appels au djihad pour nombre de groupes terroristes. Comme nous le rappelle Erwann Gaucher sur France Info, selon une récente étude* réalisée par des chercheurs du King’s College de Londres, ce sont 11 000 occidentaux qui auraient rejoint les rangs des combattants en Syrie. Un quart d’entre eux auraient été recrutés via les réseaux sociaux.

Dans cette guerre de désinformation et de propagande, le gouvernement américain a décidé de répliquer et d’aller directement au contact via Twitter. Ceux qui appellent à l’action terroriste usent de photos et de titres chocs, ce compte n’y va donc pas par quatre chemins et ne fait pas dans la dentelle. Pas de grandes phrases éloquentes, d’argument contre argument ou de message de paix, le but est de signifier sa présence et de délivrer son message, sa vérité. Ce qu’Erwann Gaucher n’hésite pas à qualifier de… troll !

Objectif affiché : contredire les arguments de ceux qui prônent le terrorisme ou le djihad, de façon parfois très crue les conversations.

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échange d’amabilités – capture d’écran Twitter

Et en effet, depuis décembre dernier, avec le compte certifié @ThinkAgain_DOS (Think Again Turn Away), le gouvernement américain s’insinue dans les conversations, oppose sa vision du conflit à celle prônée par leurs adversaires. Avec le même langage et les même outils elle tente ainsi de désamorcer toute galvanisation et émulation autour de ces apologies au djihad.

Un occidental (belge) se vante d’avoir rejoint les troupes des rebelles syriens ? Ceux à la manette derrière le compte Think Again Turn Away lui répondent avec une photo d’un jeune allemand mort selon eux en Syrie et lui demandent si ce pauvre homme est l’un de ses amis.

« Al-Qaida tue et brutalise des civils afin de les assujettir – l’héritage honteux d’Al-Qaida.« , « Quel genre d’homme est capable de crucifier des gens ? » ou encore « l’obscurité est de faire exploser des marchés, écoles, mariages, les ténèbres sont la décapitation et la crucifixion de personnes » sont différentes légendes apposées sur cette photo postée il y a peu :

« Peut-on être fier de ça ? »

« Al Qaeda au travail »

Cette guerre à visage découvert est une première pour le gouvernement américain qui a toujours refusé d’entrer en contact direct avec ceux incitant à la violence et au terrorisme, leur philosophie traditionnelle consistant à considérer qu' »une réponse officielle, sous n’importe qu’elle forme, leur donnerait trop d’importance. Désormais, la réplique semble être publique« , estime Erwann Gaucher.

Alberto Fernandez, coordindateur du Centre du Département d’État pour les communications stratégiques antiterroristes (CSCC), justifie quant à lui (sur CNN) cette nouvelle approche par la nécessité de toucher un plus grand nombre de personnes et pas uniquement les djihadistes afin de briser leur cercle d’influence.

« Plus vous pouvez les faire réfléchir sur ces points (politique américaine concernant les Al Qaida), plus vous pouvez nuire à leur crédibilité et façonner leurs comportements » juge quant à lui Will McCants, qui a participé à l’élaboration du CSCC.
Dans cette guerre virtuelle, qui a des conséquences réelles, l’administration américaine ne souhaite plus “laisser ce terrain aux terroristes”. Terrain qu’elle leurs a trop longtemps cédé.

« Nous cherchons à contester l’espace qui avait été précédemment cédée à notre adversaire. » Al-Qaida étend sa toile dans les « espaces non gouvernés du monde », comme « le désert du Sahara, ou des lieux en Somalie ou au Yémen ou en Syrie. Internet est aussi un espace non gouverné, c’est donc un domaine d’opportunité pour eux », ajoute McCants.

En savoir plus.
*L’étude dans son intégralité : #Greenbirds: Measuring Importance and Influence in Syrian Foreign Fighter Networks

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