Introuvable depuis la mise en faillite de sa plateforme d’échange de bitcoins, MtGox, en février 2014 suite à un prétendu piratage informatique, Mark Karpelès a été arrêté au Japon le 1er août. Les autorités nippones le soupçonnent du détournement des 8 millions d’euros déposés par sa clientèle.

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crédits : Tomohiro Ohsumi/Bloomberg via Getty Images

Mark Karpelès, PDG de MtGox (« Magic : The Gathering Online eXchange »), plateforme historique d’échange de bitcoins, a finalement été arrêté par les autorités nippones, il est depuis entendu par le parquet pour s’expliquer sur des faits remontant à février 2014. La loi japonaise permet à la police de maintenir en détention un suspect jusqu’à trois semaines sans mise en examen, période pendant laquelle elle peut mener d’intenses interrogatoires destinés à obtenir un aveu.

Le 7 février, sa plateforme cessait toute transaction pour fermer 20 jours plus tard, placée sous la protection de la loi japonaise sur les faillites. Faillite officiellement confirmée en avril 2014 par le tribunal de Tokyo.
Face aux premières interrogations, Mark Karpelès crie au piratage informatique pour expliquer la disparition soudaine de 850 000 bitcoins, d’une valeur de 352 millions d’euros, et n’en démordra pas depuis.
Entre temps, près de 200 000 bitcoins (51 millions d’euros) sont retrouvés dans un stockage — un porte-monnaie électronique — non connecté aux ordinateurs censément piratés et qui auraient donc échappé à l’attaque. Cependant, sa version ne convainc pas les autorités, persuadées que le Français sait où est caché le magot volatilisé.
Elles l’accusent donc d’avoir détourné les fonds versés par 100 000 investisseurs pour ses propres intérêts sur un compte secret, soit 8,5 millions de dollars.

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Karpelès l’assure, durant des années des pirates informatiques ont exploité des failles nichées au sein de sa plateforme MtGox qui, au plus fort de son activité, représentait 80 % des transactions de bitcoins.
Pour la police japonaise, il n’en est rien : l’homme d’affaires a falsifié des données dans le système informatique de l’entreprise en 2013 pour s’envoyer des bitcoins sur un compte secret. En sus, les autorités l’accusent de « malversations financières » pour avoir utilisé frauduleusement 1,1 milliard de yens (8 millions d’euros) provenant du dépôt de ses clients et d’avoir créé artificiellement 910 000 euros. Selon la télévision publique NHK et le quotidien Yomiuri, ces fonds auraient été utilisés à des fins personnelles (notamment le paiement du loyer d’un appartement sis dans une résidence de luxe) mais également transférés à ses autres sociétés.

Depuis l’arrestation, les langues se délient. Un ancien employé s’est exprimé lors d’une session AMA (« Ask Me Anything ») sur Reddit. Ashley Barr n’est pas tendre avec son ancien patron à qui il reproche d’avoir géré sa société de manière chaotique :

« Je me souviens de Mark et des développeurs jouant à Oblivion et à Super Meat Boy alors que les problèmes étaient en train de commencer. D’une certaine manière, j’ai l’impression que tout ça n’était qu’un jeu pour Mark, car il n’arrivait pas à comprendre que l’argent qui était déposé sur son compte bancaire signifiait davantage pour beaucoup de gens que de simples chiffres affichés sur son écran. »

Il poursuit ses confessions : « ma conviction, c’est qu’il utilisait l’argent des clients pour soutenir son mode de vie et sa société, le tout sans aucun contrôle. Encore une fois, c’est très frustrant de voir quelque chose dans lequel vous croyez dans les mains de quelqu’un comme Mark à ce moment-là. »
Concernant l’argent disparu, sans se prononcer réellement, Ashley Barr précise que Mark Karpelès « m’a souvent dit qu’il disposait de portefeuilles froids ».

Ces déclarations ne sont que celles d’un employé parmi d’autres et doivent être prises avec des pincettes, il a déjà été entendu par les autorités.
Les avocats de l’ancien PDG n’ont pas fait de commentaires.

Créé en 2009, le bitcoin a vu sa valeur passer de quelques cents à 1 000 dollars fin 2013, avant de chuter. La monnaie électronique est indépendante de toute autorité monétaire et suscite parfois la polémique. Longtemps, les gouvernements n’ont su sur quel pied danser n’ayant, en outre, aucune prise sur elle.
En 2013, l’Allemagne reconnaissait enfin le bitcoin… pour mieux le taxer ! En France, les gains réalisés à partir de la vente de cette monnaie sont désormais imposables. La plupart des pays se sont depuis mis au diapason.

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