Ridley Scott et la SF, c’est une grande histoire d’amour. Et avec Seul sur Mars, The Martian en VO, le réalisateur britannique nous montre qu’il en a encore sous le capot. Ce nouveau film qui tire du côté de la hard-science est en effet une franche réussite. Pourquoi ? Car Scott fait ce qu’il sait faire de mieux : mettre en images l’histoire d’un autre.

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Critique garantie sans spoilers

Seul sur Mars est d’abord un livre d’Andy Weir qui raconte une histoire simple : celle de l’astronaute Mark Watney (Matt Damon) laissé pour mort par son équipage sur la planète rouge. Mark est livré à lui-même à plus de 200 millions de kilomètres de chez lui et va devoir utiliser ses talents de botaniste et d’ingénieur pour survivre le temps que les secours arrivent… s’ils arrivent un jour. En deux mot, Seul sur Mars est la Robinsonnade ultime. Mars est loin d’être aussi « accueillante » qu’une île déserte et pour survivre, Watney va devoir utiliser sa meilleure arme : la science. Un concept qui transpire tout le long du livre et du film, Scott ayant choisi de rester collé au plus près de l’histoire d’origine.

Une adaptation extrêmement fidèle, voilà ce qu’est le film Seul sur Mars. Scott respecte à la virgule près les événements du livre. Si vous l’avez déjà lu, le film ne vous réservera donc aucune surprise. Si rien n’est ajouté, certaines scènes qui auraient pu alourdir l’histoire sont passées sous silence. C’est d’ailleurs dommage que la scène la plus stressante du livre ne soit pas dans le film, mais passons.

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Si le livre adoptait le point de vue de Watney en faisant quelques allers-retours entre Mars et les locaux de la NASA, le film de Scott surprend en nous faisant vivre beaucoup des mésaventures de Watney du point de vue des ingénieurs de la NASA. Nous ressentons leur stress devant un Watney en roue libre, impossible à atteindre, à convaincre ou à soutenir. Le film fait ainsi le va-et-vient entre les deux, quitte parfois à perdre le spectateur non averti dans la multitude de personnages qui viennent se greffer au fil de l’aventure.

Mars la rouge

Si Scott assure le job dans les passages sur Terre, il montre tout son talent de cinéaste dans les phases martiennes. Aux côtés de Watney, le spectateur découvre une Mars magnifique, majestueuse mais aussi mortelle. Scott arrive d’ailleurs a nous faire ressentir le danger dans chaque plan. Chaque action, chaque mouvement de Watney peut le conduire à la mort. Plus que l’image, Scott utilise le son pour nous faire ressentir le danger, lors des tempêtes, par exemple. Les séquences martiennes se montrent stressantes, autant pour Watney que pour le spectateur.

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Ajoutons à ce stress immédiat le stress sur le long terme. Car si Watney survit à ses problèmes immédiats, il doit toujours trouver un moyen de manger, boire, respirer… Un stress qui, même dans les moments de soulagement et de calme, est toujours là, à l’affût. Watney est constamment sur le fil du rasoir, un mort en sursis sur une planète qui cherche à le tuer à chaque seconde du jour et de la nuit. Et comme il n’a personne à qui confier ses problèmes, Watney s’adresse aux caméras qui parsèment sa base. C’est directement au spectateurs qu’il parle dans ces séquences très réussies. Comme dans le livre, vous êtes les seules personnes à l’observer, à l’écouter et à comprendre toutes ses actions parfois absurdes pour les gens de la NASA restées sur Terre.

Mars la belle

Mars est dangereuse, mais Mars est belle. S’inspirant des images satellites de la NASA (utilisées dans le film) et de l’imagination de ses décorateurs (dirigés par Arthur Max), Scott nous offre un paysage martien à couper le souffle. Les plaines n’ont rien à envier aux tableaux les plus torturés de Dalí et les reliefs sont trop insensés pour être réels… Si l’histoire de base se veut réaliste, c’est bien dans le paysage martien que Scott s’exprime réellement avec des plans contemplatifs de grande classe. Ajoutez à cela de la musique disco (vous comprendrez pendant le film) et vous obtenez des séquences à la limite du surréalisme.

Ajoutons à cela des séquences spatiales tout simplement magnifiques aux côtés du commandant Lewis (Jessica Chastain ) et de son équipage. Là encore, tonton Ridley assure le spectacle visuel et narratif.

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The Martian n’est pas exempt de défauts. Nous en avons déjà cité un : les allers-retours incessants entre Mars et la Terre pourraient perdre le spectateur le moins attentif. Nous pouvons également parler du rythme bâtard du film. Ne sachant plus à qui donner de l’attention, Scott se perd un peu entre les enjeux de la NASA qui cherche à ramener son homme en vie et ceux de Watney, qui tente de survivre au jour le jour. La conséquence directe est l’apparition de coups de mous dans les deux heures vingt de l’aventure. Des coups de mous qui se stoppent brutalement dès que nous passons d’une planète à l’autre. On peut également regretter une dernière partie un peu rushée par rapport au livre. Sans spoiler, Watney doit relever l’un des plus grands défis de son aventure vers la fin du film, qui se résume ici à un montage certes très joli, mais bien loin des enjeux réels. Dommage.

Verdict

Seul Sur Mars est réussi. Très réussi. Ridley Scott va signer son grand retour à la SF avec ce film, après un Prometheus qui a divisé. Intelligent, beau, riche, le film se montre prenant et surtout très bon. Plus proche de Robinson Crusoé que d’Interstellar, Seul Sur Mars plonge pleinement dans le domaine de la hard-science, assez délaissé par le cinéma de SF. Scott adapte très fidèlement l’histoire de Weir, prouvant une nouvelle fois que s’il n’est peut-être pas le meilleur pour créer des histoires, il excelle pour raconter celles des autres.

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