Vertement critiquée pour son laisser-aller lors de l’élection américaine, l’industrie de la tech riposte. Google et Facebook entendent s’attaquer aux portefeuilles des sites internet propageant de fausses informations.

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Donald Trump’s The Art of The Deal, The Movie

Donald Trump fraîchement élu, l’heure était au mea culpa du côté de la presse : le New York Times et le Washington Post pour ne citer qu’eux, ont admis avoir failli dans leur couverture du phénomène Trump. Les réseaux sociaux sont quant à eux restés muets.

Ces derniers, surtout Facebook, ont été montrés du doigt pour avoir maintenu leurs utilisateurs dans une bulle de filtres algorithmiques – et donc exempt de contenu pro-Trump – tout en propageant de fausses informations sur le fil d’actualité distillées par l’un ou l’autre camp pour discréditer son adversaire.

Une campagne minée par les fausses informations

Le candidat républicain d’alors a particulièrement profité de la prolifération de faux sites internet et comptes Twitter dédiés à sa gloire (7 fois plus de « bots » que Clinton lors du 3e débat présidentiel). Le nouveau président élu estime également que les réseaux sociaux ont contribué à sa victoire.

capture d'écran - Twitter

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Sur Facebook, on a ainsi pu voir passer nombre de fausses informations telles que : le Pape a apporté son soutien à Donald Trump, Hillary Clinton a acheté pour 137 millions de dollars d’armes illégales ou encore, les Clinton ont acquis une propriété aux Maldives pour 200 millions de dollars…

La responsabilité des réseaux sociaux

Face aux accusations, le CEO et fondateur de Facebook est resté droit dans ses bottes assurant : « Sur tous les contenus présents sur Facebook, plus de 99 % sont authentiques. Seule une infime minorité sont de fausses histoires. Il est extrêmement peu probable que ces fausses histoires aient changé le cours de cette élection ».

« Cela étant dit, nous ne voulons pas des contenus erronés sur Facebook […] Il s’agit d’un sujet délicat, où nous devons avancer avec prudence. Identifier la vérité est compliqué », a-t-il néanmoins concédé.

Les fausses informations circulant sur Facebook sont tout autant affaire de véracité que d’argent. Car ce type d’« informations » est fait pour générer énormément de clics (like, commentaires et partages) et donc de revenus publicitaires pour leurs instigateurs.

Fausses informations, vrais revenus publicitaires

Sur 2 282 posts partisans sur Facebook, Buzzfeed a ainsi dénombré 12,3 % d’histoires fausses et 25,4 % « mélangeant le vrai et le faux » provenant de la droite américaine. Un pourcentage qui tombe respectivement à moins de 5 % à gauche, avec 14 % de contenus approximatifs.

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Les revenus publicitaires, c’est le nerf de la guerre des géants du web, plus de 90 % des revenus de Google ou Facebook proviennent de la publicité. Mountain View a donc été le premier à dégainer. Lundi 14 novembre, Google a annoncé qu’il interdirait l’accès à ses outils publicitaire aux sites propageant de fausses informations (hoax) sifflant ainsi la fin de la récrée pour les sites qui se jouent d’eux en utilisant leur plateforme pour s’engraisser.

Google et Facebook ferment la porte de leur régie pub’

« A l’avenir, nous limiterons la diffusion d’annonces sur des pages qui dénaturent, falsifient ou dissimulent des informations sur l’éditeur, le contenu de l’éditeur ou le but premier d’internet », a déclaré un porte-parole de google à Reuters. Google restreint déjà l’accès d’Adsense aux sites promouvant les vidéos et images violentes, la pornographie ou les discours haineux.

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Facebook n’a pas tardé à prendre le train en marche : seulement quelques heures après l’annonce de Google, le réseau social a déclaré qu’il fermerait la porte de sa régie publicitaire (Facebook Audience Network) aux sites de fausses informations, rapporte The Verge. Ces derniers rejoignent du même coup, les sites trompeurs, illégaux et mensongers.

Facebook préfère minimiser son rôle de média d’information

Il faut dire que le réseau social est la plateforme privilégiée par les Américains pour s’informer. Sur 51 % des américains qui utilisent les réseaux sociaux pour s’informer, 87 % le font via Facebook.

« Jusqu’ici implicite, nous avons mis à jour de manière explicite notre politique relative aux fausses informations », a confirmé un porte-parole de Facebook au Wall Street Journal. « Nous appliquons rigoureusement nos politiques et prenons des mesures rapides contre les sites et applications qui sont en infraction. Notre équipe continuera de surveiller de près tous les futurs éditeurs et à surveiller les existants afin d’assurer la conformité à nos règles ».

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Si Mark Zuckerberg préfère minimiser ce rôle de média d’information, les salariés de Facebook ne l’entendaient pas ainsi. The Verge rapporte que plus d’une dizaine d’employés avaient monté une « task force » secrète afin de faire remonter des recommandations à Facebook pour s’emparer du problème. Recommandations rejetées jusqu’ici.

Quel avenir pour les réseaux sociaux sous Trump ?

Facebook a-t-il attendu de se retrouver dos au mur ou préférait-il avoir le rôle – confortable – de suiveur ? Avant l’annonce de Menlo Park, Gizmodo assurait que Facebook disposait déjà de la technologie nécessaire pour juguler le problème des fausses informations, mais qu’il a préféré ne pas l’utiliser de peur de s’attirer les foudres des conservateurs, déjà échaudés par la polémique estivale des trends topics. Ce que le réseau social a nié.

En s’attaquant à leur portefeuille, Google et Facebook répondent à la critique, tout en la contournant. Soyons clair, les fausses informations ne seront pas bannies de ces plateformes, ces sites ne pourront simplement plus capitaliser sur les clics qu’elles génèrent. Comme l’a expliqué Mark Zuckerberg, juger de la véracité d’une information est très complexe et nécessiterait plus qu’un logiciel. A-t-on envie de conférer ce pouvoir à Facebook et consort ?
Nous verrons dans les prochains mois si cette nouvelle politique de Mountain View et Menlo Park sera suivie d’effets. Ce qui parait peu probable, Internet ayant toujours un temps d’avance.

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