Facebook va hiérarchiser différemment les commentaires

Sur le web

Par le

Facebook a récemment été mis dans l’embarras par deux polémiques, l’une sur la protection des données et l’autre sur des groupes privés au contenu pour le moins problématique. Comme à son habitude, Facebook répond à la polémique avec une annonce : cette fois, la plateforme va commencer à classer les commentaires pour les rendre plus pertinents.

Parmi les nombreux points sur lesquels Facebook a déjà été critiqué, les flots de commentaires hors-propos sont un sujet particulièrement récurrent. Dans le meilleur des cas, ils sont simplement désagréables; dans le pire des cas, ils peuvent contenir de vraies atrocités et même porter préjudice au contenu qu’ils commentent, même si celui-ci est référencé et sérieux.

Cependant, réguler frontalement ces commentaires pose de nombreux problèmes. Le plus évident étant celui de la quantité : devant la quantité ahurissante de commentaires postés chaque jour sur la plateforme, il est impossible de se lancer dans une modération manuelle. Il faut donc automatiser le processus à grands coups d’algorithmes, et c’est à ce niveau que Facebook souhaite agir lors de cette nouvelle offensive. Quatre critères ont été mis en avant pour cette nouvelle méthode de tri :

-des “signaux d’intégrité” : les commentaires contraires aux “standards de la communauté Facebook”, ou le click-bait délibéré se verront pénalisés pour promouvoir un contenu “intègre et de qualité”

-des sondages sur les commentaires : les utilisateurs pourront exprimer leur opinion sur le contenu qu’ils trouvent utile ou pertinent dans un commentaire (IA fuel)

-les interactions : les commentaires suscitant beaucoup de réponses et de “likes” auront un avantage au classement,

-contrôle par le posteur : la personne qui publie du contenu pourra choisir de cacher ou supprimer les mauvais commentaires pour les pénaliser, ou d’interagir plus avec les commentaires pertinents pour les avantager et ainsi créer un cercle vertueux.

L’IA en première ligne

Plusieurs choses à retenir de ces quatre points. Premièrement, il serait intéressant d’avoir accès à une liste exhaustive de ces “signaux d’intégrité”. L’annonce officielle précise que “si un commentaire viole nos Community Standards, nous le supprimons”. Cela pose deux questions : pourquoi les commentaires qui violent explicitement la charte n’étaient-ils pas déjà modérés ? Et si c’était à cause d’une incapacité technique, quel(s) moyen(s) Facebook a-t-il trouvé entre temps ?

La réponse pourrait résider en partie dans le deuxième point, les sondages sur les commentaires. On passe sur le fait que l’expérience s’annonce déjà pénible rien qu’à la lire… Cette mesure a probablement vocation à nourrir une (nouvelle ?) IA, qui va être chargée du tri des commentaire selon ces nouveaux critères.
On peut également s’étonner que les commentaires suscitant le plus de réactions bénéficient d’une mise en avant systématique, ce critère n’étant pas forcément synonyme de qualité.

Le quatrième point se révèle dans la continuité de la position de Facebook sur la question de la modération du contenu. En Mars dernier, Zuckerberg proposait déjà quatre points pour réguler Internet, relayées par RTL. On y distinguait un message clair de sa part : Facebook a fauté par le passé sur ces questions, mais fait preuve d’initiative et de bonne volonté en la matière. Par contre, “Zuck” transmettait également un message subliminal : plus question d’être le dépositaire de la régulation du Net et d’en assumer toute la responsabilité, tous les acteurs doivent jouer leur rôle à ce niveau. Lors de cette mise à jour, Facebook s’appuiera donc sur les utilisateurs pour modérer leur propre contenu.

Reste à voir si cette tentative de rendre les commentaires plus sains et pertinents sera couronnée de succès, après plusieurs expériences infructueuses. Cela dépendra largement de la capacité de leurs outils d’intelligence artificielle à débusquer les commentaires en questions, une tâche souvent ardue pour une AI qui n’a pas notre compréhension du contexte social.