Comment la NASA compte éviter de contaminer le reste du système solaire ?

Espace

Par Felix Gouty le

Un nouveau rapport sur la protection planétaire invite la NASA à mettre à jour ses procédures d’exploration spatiale pour éviter de contaminer les astres visités, afin de préparer au mieux ses prochaines missions.

« Nous, peuple de la Terre, avons pour talent de détruire les grandes et belles choses », avait écrit Ray Bradbury dans son roman de science-fiction Les Chroniques Martiennes. Si Hollywood, quant à lui, n’a jamais cessé de débattre des conséquences (souvent désastreuses) du retour des humains sur Terre, contaminés ou accompagnés par une forme de vie extraterrestre – Alien : Le Huitième Passager ou, plus récemment, Life : Origine Inconnue, pour ne citer qu’eux – ce qui apparaît aujourd’hui aux scientifiques est davantage le risque de « contamination en avant ». Ce terme désigne la transmission par des voyageurs terriens, en visite sur d’autres astres du système solaire, de bactéries et virus susceptibles de s’en prendre à d’éventuels micro-organismes extraterrestres autochtones. En outre, même si les premiers peuvent ne s’avérer pas dangereux pour les seconds, une telle contamination installe un biais handicapant la recherche scientifique de la vie extraterrestre : comment peut-on affirmer que telle planète abrite une forme de vie si celle-ci provient, en fait, de notre propre Planète Bleue ? Comment, alors, savoir si cet être résulte d’une simple contamination par des astronautes maladroits ou, toute similarité qu’il peut avoir avec un être vivant déjà connu, est bien originaire d’une autre planète que la nôtre ? De plus, comment ensuite traiter des conséquences éventuelles d’une telle contamination sur l’écosystème extraterrestre visé ?

« Il est très excitant de constater que, pour la première fois, différentes entités envisagent des missions à la fois commerciales et scientifiques orientées vers des astres de notre système solaire, a souligné l’administrateur adjoint de la NASA, Thomas Zurbuchen, dans un récent communiqué de l’agence aérospatiale américaine. Nous souhaitons néanmoins nous préparer à gérer ces nouveaux développements grâce à des lignes de conduite les plus réfléchies et pragmatiques possibles afin d’effectuer un maximum de découvertes scientifiques et préserver l’intégrité des lieux que nous visiterons ». En effet, entre les différents rovers explorant Mars, le projet Artemis visant à envoyer les premiers hommes sur la Lune depuis 1972 d’ici 2024 (et préparer un premier voyage sur Mars) et l’avancée des projets indépendants et commerciaux de SpaceX, le système solaire fera bientôt face à un risque de contamination terrienne jamais vu auparavant (au-delà même des déchets biologiques et matériels laissés précédemment par d’anciens astronautes). A l’instar de l’exploration terrestre qui avait entraîné son lot d’invasion d’espèces allochtones (provenant de l’extérieur), comme celles des lapins britanniques en Australie au dix-huitième siècle, les éventuelles formes de vie encore cachées au sein de notre système solaire méritent d’être protégées avant d’être découvertes.

Des ingénieurs stérilisent les appareils permettant à un rover de forer le sol extraterrestre et d’en extraire des échantillons. (Crédits : NASA)

Pour cela, la NASA a conduit un Conseil indépendant d’enquête sur la protection planétaire (ou PPIRB), dont le rapport est sorti récemment. Faisant suite aux recommandations de l’Académie américaine des sciences, de l’ingénierie et de la médecine, le PPIRB a formulé un certain nombre de lignes de conduite pour améliorer des procédures dites « archaïques », parfois inchangées depuis les années 1960 et le Traité international de l’espace de 1967. Parmi elles, il prône majoritairement la reformulation de la caractérisation des astres explorés. Jusque là, la NASA prépare ses missions spatiales selon la catégorie donnée, de 1 à 5, à leur destination : plus elle est élevé et plus les mesures de stérilité des appareils et des procédures d’actions des astronautes sont strictes et complexes. Par exemple, la Lune est d’une catégorie 1 – le risque de contamination n’étant pas, a priori, préoccupant – tandis que Mars correspond à une catégorie 4 – la recherche d’une vie extraterrestre et donc, sa protection, étant une priorité majeure lors de sa visite. Fort des nouvelles données scientifiques accumulées au fil des années, le PPIRB propose de revoir le système de caractérisation et de le modifier en fonction, non pas des astres ciblés, mais de leurs zones géographiques. Selon ses experts, la découverte de traces d’eau gelée sur la Lune mériterait, par exemple, de monter la catégorie de ces zones d’un cran. Qui sait, en effet, si la glace lunaire ne contiendrait pas des micro-organismes inconnus qu’il serait finalement nécessaire de protéger de nos propres microbes terriens ? D’un autre côté, certains pré-requis de la catégorie 5 sont, en fin de compte, irréalisables. L’un d’eux, la stérilisation totale des astronautes, est, par exemple, jugé impossible.

« Ce n’est qu’un premier pas et il reste encore beaucoup de travail à accomplir, a avoué Thomas Zurbuchen. Notre intention est toujours d’encourager l’exploration mais aussi de s’en tenir responsable, envers les endroits merveilleux que nous avons l’opportunité de visiter, et de pratiquer la meilleure science possible tout en protégeant notre propre planète ».