Critique

[Critique] Marianne, le nouveau prénom de l’horreur à la française ?

L'avis du Journal du Geek :
Série

Par Allan Blanvillain le

Nous qui pensions que les productions françaises de Netflix allaient nous offrir uniquement des séries comiques et / ou des romances, voilà que la plate-forme nous prend par surprise en dévoilant Marianne, un show horrifique avec ce qu’il faut de sorcières et de possessions. Une sortie hors des sentiers battus dont on avait hâte de savoir si on en ressortirait vivants… ou non.

Emma est une romancière à succès ayant construit sa renommée sur une série de livres horrifiques tournant autour de la sorcière Marianne. Mais lorsqu’elle signe le chapitre final avec l’envie de passer à autre chose, elle se rend compte que derrière la fiction se cache une réalité qui va la ramener là où tout à commencer… La comparaison avec The Hauting of Hill House apparaît d’emblée inévitable. D’abord parce que les séries horrifiques made in Netflix ne sont pas légion. Ensuite parce qu’avec un certain chauvinisme, on a envie qu’une production française arrive à la cheville de la claque offerte par Mike Flanagan l’an passé (et qui prépare son retour). Et on peut dire que si Marianne n’a pas les armes pour prendre la maison Hill d’assaut – et on y reviendra -, le show de Samuel Bodin (Lazy Company) fait énormément d’efforts pour nous convaincre de sa bonne foi. Déjà, il faut bien l’avouer, la série donne le maximum pour nous hérisser les poils des bras.

Lorsqu’on s’attaque à un genre codifié, le plus dur est d’arriver à surprendre son spectateur pour provoquer l’effet désiré, alors qu’il en a vu d’autres. De ce point de vue, Marianne n’accomplit rien d’original et se contente d’enchaîner des effets vu maintes fois, mais elle le fait avec une redoutable efficacité. Avec un sens du rythme et une mise en scène qui s’amuse à jouer sur nos attentes et nos peurs, Samuel Bodin s’applique à créer constamment le malaise lorsqu’on ne grince carrément pas des dents en arrachant l’accoudoir du canapé. Si on considère que le premier objectif d’une série d’horreur est de nous empêcher de dormir, alors on ne reprochera rien à cette Marianne bien sadique. En terme d’ambiance, on en a pour notre frisson. Frisson appuyé par LA révélation de la série : Mireille Herbestmeyer. Si son nom de vous dit rien, son sourire diabolique et ses grands yeux fous risquent de vous hanter la nuit. Derrière son apparence de frêle grand-mère, l’actrice nous terrorise à chacune de ses apparitions. Oui, Marianne est une série d’horreur pur jus avec tous les attributs qui vont avec, prouvant que l’hexagone est capable de faire de belles choses dans le genre si on lui en donne les moyens. 

Néanmoins, on ne criera pas victoire trop vite, car si Marianne sait faire peur, elle se montre souvent maladroite quand il s’agit de donner corps à son récit. Pour commencer, l’humour s’incruste ici et là afin que l’on puisse respirer. Une idée louable, mais mal venue tant elle parasite l’atmosphère globale et les émotions des personnages. Difficile de prendre au sérieux le malheur d’Emma lorsqu’elle marchande une convocation de police avec un autographe ou quand la bande nous la joue Goonies. Un exemple symptomatique d’un problème d’écriture général autour des protagonistes. Malgré sa souffrance et l’épisode centré sur son passé, le caractère narcissique d’Emma et ses travers en font une « héroïne » antipathique à laquelle on ne s’attache jamais. Le jeu en demi-teinte de Victoire du Bois n’aidant pas, surjouant de son côté rebelle abîmée, se rattrapant sur son air effrayé, et laissant la désagréable impression de se doubler elle-même.

En face, Alban Lenoir fait de son mieux avec son rôle d’inspecteur comique malgré lui qu’on ne parvient pas à prendre au sérieux. Il dénote complètement avec le premier degré qui l’entoure et on finit par se demander s’il n’est pas issu d’un crossover avec une autre série. Quant aux rôles secondaires, ils ne se détachent suffisamment pas de leurs liens avec Emma pour exister vraiment. C’est là où la comparaison avec The Hauting of Hill House fait le plus mal : aucune émotion ne se dégage de la petite troupe là où les liens de la famille Crain portaient le show de Flanagan. Ainsi, Marianne brille quand elle souhaite nous faire peur et échoue dès qu’elle s’intéresse à ses victimes. Néanmoins, on évitera de parler de semi-succès ou semi-échec (en fonction de votre regard sur le verre) tant la série a le mérite de tenter et de réussir sur son ingrédient essentiel : l’horreur. Un amuse-gueule divertissant en attendant de voir ce que le papa de The Hauting of Hill House nous prépare pour la suite. Et si ça peut donner l’envie à d’autres de sauter le pas de la série de genre avec autant d’envie de bien faire, on ne va pas cracher dans la soupe.

 

Notre avis

Marianne fait peur et Marianne le fait bien. Samuel Bodin se lance dans la série horrifique et prouve que le Made in France a les armes pour nous glacer le sang. Dommage que, surpassé par l'enjeu, il en oublie de nous intéresser à celles et ceux qui subiront le châtiment de la sorcière avec une écriture qui manque de sentiments. Puisque la Coupe du Monde de Rugby s'ouvre bientôt, on dira que l'essai est marqué et que même s'il n'est pas transformé, Marianne nous offre malgré tout des points sur le tableau d'affichage. On ne s'en plaindra pas et on regardera sous le lit avant d'aller se coucher.

L'avis du Journal du Geek :