Dossier

Escape game : comment les maîtres du jeu jouent avec vous

« Tu sais où est la pince monseigneur ? »

Chronique

Par Corentin le

Les maîtres du jeu ont à disposition ce qu’ils appellent « La Bible ». Derrière l’appellation ironiquement religieuse se cache en réalité le script d’une partie classique du « Patient de la Chambre 8 ». Les différentes énigmes sont indiquées et les temps prévisionnels à différents points de passage calculés. Pendant deux semaines, Caroline s’est appliquée à noter les temps de passages de toutes les équipes qu’elle voyait défiler et en a extrait la partie moyenne, celle qu’elle et les autres maîtres du jeu utilisent pour estimer l’avance où le retard des candidats sur le programme.

Évidemment, ce n’est pas une science exacte et le facteur humain entre toujours plus ou moins en compte. « Il y une part théorique, mais il y a aussi une part de feeling. La bible nous dit quand et quoi dire, mais toutes les équipes ne fonctionnent pas de la même manière, explique Caroline. Certaines équipes vont avoir besoin d’une attention régulière pendant tout le jeu. D’autres auront simplement besoin d’un petit coup de pouce de temps à autre. On a même des équipes qui arrivent super rapidement à l’énigme finale en étant super organisées, et là, d’un seul coup, c’est la bérézina. »

Le debrief est une étape importante qui permet au game master de discuter des énigmes avec les joueurs.
Le debrief est une étape importante qui permet au game master de discuter des énigmes avec les joueurs.

Parfois, on en pince pour le cadenas

Deux parties ont lieu en parallèle pour « Le Patient de la Chambre 8 » qui existe en deux exemplaires dans l’établissement. Hadidja, 21 ans et 4 mois d’expérience, s’occupe d’une autre équipe qui semble avoir du mal à ouvrir un cadenas. L’ensemble des participants a pourtant correctement déduit le code secret. Sur l’écran, on peut voir tout le groupe autour d’un casier dont ils essayent désespérément d’ouvrir la porte.

« Tu leur as dit de bien aligner les chiffres avec les lignes ?, demande Caroline.
Oui, ça fait bientôt quinze minutes qu’ils sont dessus.
Bah si t’as pas le choix, prend une blouse et vas-y, hein ? »

Hadidja se lève alors, prend une blouse de psychiatre et se dirige vers la salle avant de se faire interpeller de nouveau par Caroline.

« Attends ! Tu sais où est la pince monseigneur ? » avant d’ajouter, « Ah bah oui. Si tu traites avec des cadenas, tu dois avoir une pince monseigneur. »

Heureusement, Hadidja n’aura pas à en venir à de telles radicalités : son équipe réussit enfin à ouvrir le cadenas récalcitrant. Ce n’est pas le cas ici, mais parfois, les maîtres du jeu n’ont pas le choix et sont obligés d’entrer dans la salle. Pour ménager l’illusion, la blouse de médecin est de mise. On pourra alors toujours prétexter l’aide d’un complice sous couverture, ou l’intervention distraite d’un pratiquant qui ne s’est pas rendu compte de la tentative d’évasion. Évidemment, s’il s’agit purement d’un problème technique, ce qui arrive, des minutes sont retirées du chronomètre pour compenser.

La photo post-évasion permet de repartir avec un souvenir.
La photo post-évasion permet de repartir avec un souvenir.

Pendant ce temps, les trois jeunes femmes viennent de résoudre la dernière énigme. La porte s’ouvre, Caroline arrête le chronomètre et se lève pour aller les accueillir. C’est l’heure du debrief : les filles et leur maître du jeu reviennent sur tout ce qui s’est passé dans cette petite salle. Pour les game master, cela fait entièrement partie de la prestation. « Tout le monde finit. Si une équipe ne réussit vraiment pas à sortir à temps, on termine la salle ensemble pour découvrir les énigmes manquantes. On ne va pas demander aux gens de revenir et de repayer pour découvrir la fin, ça n’a aucun sens. Après l’avoir vécue une fois, l’expérience d’une salle n’est pas renouvelable. »

Après la traditionnelle photo en blouse de médecin dans le hall de l’établissement, les filles s’en vont le sourire aux lèvres. Et pour cause, avec un temps de 51 minutes, elles auront battu d’une minute le temps de leurs compagnons.