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Lunettes de réalité augmentée : pourquoi, cette fois, c’est la bonne

Gadget

Par Remi Lou le

Contrôler un ordinateur comme dans Minority Report, discuter avec des avatars tailles réelles de ses amis sur Skype ou FaceTime, disposer des moniteurs virtuels où bon nous semble dans notre intérieur… Le futur n’est désormais plus si loin, mais il lui manque un produit pour se démocratiser : les lunettes de réalité augmentée. Problème : elles n’existent pas encore, mais ça ne saurait tarder. Des noms comme Facebook, Amazon, Apple, Microsoft, ou encore Huawei sont sur le coup, et on vous explique pourquoi, cette fois, c’est la bonne.

Crédits : Google

Vous vous souvenez des Google Glass, présentées en 2013 ? Le projet était prometteur, mais a depuis été abandonné, faute d’une technologie assez mature. Pourvoir accéder à internet tout en ayant les mains libres a cela d’excitant qu’il nous projetait dans le futur, dans lequel notre vie numérique se contrôlerait d’un clin d’oeil sans encombrer nos mains. Que vous les trouviez fascinantes ou effrayantes, les lunettes de réalité augmentée semblent aujourd’hui être l’évolution logique du smartphone, là où les montres connectées semblent avoir échoué faute de killer feature qui nous ferait délaisser nos téléphones. Dans l’industrie, cette technologie est déjà une réalité (augmentée), et permet par exemple à des chirurgiens d’accéder aux informations en temps réel de leurs patients, mais profite aussi aux industriels de l’aviation et de l’automobile. Mais où sont les lunettes de réalité augmentée pour le grand public ?

Elles sont déjà là (plus ou moins)

Quelques constructeurs ont fait le pari de miser sur ce type de périphériques, mais sans AR. On pourra notamment citer les Frames de chez Bose, qui permettent d’écouter de la musique en toute discrétion, ou encore les Spectacles de Snapchat pour prendre des photos. Amazon a également présenté ses Echo Frames, des lunettes connectées, certes, mais sans AR. En revanche, les Echo Frames sont pourvues d’un microphone et de petits haut-parleurs afin de communiquer avec Alexa. Quant aux casques de réalité virtuelle, ils sont désormais bien implantés, mais cette technologie qui nous coupe totalement du monde réel pour nous plonger dans un autre reste avant tout cantonnée au secteur du jeu vidéo ou quelques applications bien spécifiques. Dans tous les cas, n’imaginez personne porter ce type de dispositif dans la rue.

Crédits : Amazon

Au rang de la réalité augmentée, nous n’avons que peu de candidats actuellement. Microsoft a bien l’Hololens, un casque hybride à mi-chemin entre AR/VR, mais il reste encore bien imposant pour la vie de tous les jours, même si le concept est là. North, une start-up canadienne, propose depuis peu une paire de lunettes AR personnalisable dans quelques boutiques triées sur le volet. Les Focals by North offrent peu ou prou les mêmes fonctionnalités que les Google Glass, mais avec un design plus sobre. Elles s’accompagnent d’une bague tactile afin de naviguer dans l’interface sans avoir à porter la main sur une des branches, une bonne idée qui pourrait bien être reprise par la concurrence.

Pour autant, aucun de ces produits n’a vraiment décollé à l’heure où nous écrivons ces lignes. On attend surtout les nouveaux venus sur ce terrain, bien destinés à reléguer le smartphone au rang d’antiquité technologique. C’est notamment le cas de Facebook, qui travaille sur un projet baptisé Orion, soit des lunettes AR destinées à remplacer le téléphone. La firme fondée par Mark Zuckerberg se serait associée à l’entreprise italienne Luxottica (Ray-Ban, Oakley…) afin de concevoir un produit au design « socialement acceptable » avec même des écouteurs intégrées pour passer des appels.

Apple en tête de liste ?

Le produit le plus prometteur pourrait bien venir d’Apple. L’entreprise, qui peine aujourd’hui à recréer l’émoi du premier iPhone de 2007, pourrait en effet lancer prochainement sa vision des lunettes connectées. C’est en tout cas ce qu’affirme Ming-Chi Kuo, l’expert analyste d’Apple qui vise toujours juste, ou presque. Selon lui, les lunettes d’Apple pourraient être lancées au deuxième trimestre 2020 (avec une présentation imminente ?) et devraient être un périphérique de l’iPhone dont elles tireraient la puissance. Un moyen de limiter la taille de l’appareil, comme l’Apple Watch l’a fait en son temps. Pas de quoi remplacer (encore) le smartphone, mais les travaux dans ce sens semblent plutôt prometteur, puisque la firme dispose d’un des kits de développement en réalité augmentée les plus performants du marché. ARKit fait régulièrement l’objet de démonstrations durant les keynotes de la Pomme, et la firme de Cupertino rachète à tour de bras des start-up spécialisées dans le domaine pour conserver son avance. Le signe d’un produit à venir ? C’est certain.

Rendu par Martin Hajek

Mais plus que du matériel, il y a aussi la question du débit. Si les marques ont encore du mal à miniaturiser suffisamment leurs composants pour les intégrer à des lunettes « socialement acceptables », il se pourrait bien que ce type de périphérique puisse bénéficier de l’arrivée de la 5G, qui permettra de déporter la puissance nécessaire sur des serveurs externes un peu à la manière des services de cloud gaming, et ainsi rendre les lunettes connectées les plus discrètes possible.

Est-ce que les gens sont prêts à enfiler des lunettes connectées ?

Finalement, quand on y regarde de plus prêt, toutes les pièces du puzzle sont déjà là, et elles commencent à s’imbriquer les unes aux autres. Reste encore cette question : est-ce que les gens sont prêts à enfiler des lunettes connectées ? Les écouteurs et le smartphone ont bien réussi à s’imposer, pourtant ils nous faisaient – avant d’être socialement accepté – bien plus ressembler à des extra-terrestres que des simples lunettes. Et après tout, quand on regarde les smartphones de nos jours, on peut constater qu’ils se simplifient au maximum pour se transformer en une simple plaque de verre que l’on tient devant les yeux. De moins en moins de boutons, de ports, et un écran qui s’étend toujours plus vers les bords. Dans un désir de simplification, l’étape suivante, et la plus logique, c’est de ne plus avoir à tenir cette plaque. Sauf qu’à ce moment-là, des plaques de verre, il y en aura deux, et ce sera devant vos yeux.