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[TEST] PES 2020 : Konami laisse tomber la Champion’s League

Notre avis
7 / 10
Jeux Vidéo

Par Nerces le

Revenu d’entre les « morts » après des années de domination outrageuse de la part du concurrent direct – le FIFA d’EA Sports – Pro Evolution Soccer se bonifie avec le temps. À chaque nouvelle version, il se rapproche de son frère ennemi tout en insistant sur ce qui fait sa singularité. Après un opus « 2019 » un peu moins convaincant chez Electronic Arts, celui qu’il faut maintenant appeler eFootball PES a l’occasion de faire plus que revenir dans la course. L’opportunité de reprendre enfin la première place est trop belle pour Konami. Et même si la question des licences se pose de manière toujours plus insistante, eFootball PES 2020 ne peut faire autrement que d’enfoncer un peu plus encore le clou côté gameplay, n’est-ce pas ?

L’annonce par Electronic Arts d’un contrat d’exclusivité avec la Champion’s League et l’Europa League ont été comme deux coups de poignard portés à PES. Konami ne pouvait alors plus compter sur le poids de ses deux licences phares qui allaient donc passer à l’ennemi, chez FIFA. Finalement, le Japonais s’est recentré et plutôt que de mettre l’accent sur les compétitions, il a opté pour la voie des clubs. Bien sûr, on retrouve certaines ligues comme l’Eredivisie néerlandaise ou la Jupiler Pro League belge. On retrouve également les championnats d’Argentine, de Colombie, d’Écosse, de Suisse ou de Turquie en plus des divisions françaises. Enfin, Konami a signé un joli coup avec l’arrivée de la Serie A TIM d’Italie qui nous offre l’intégralité – à l’exception du promu, Brescia – des équipes italiennes, mais la singularité de PES est à chercher ailleurs.

En négociant un contrat d’exclusivité avec la Juventus de Turin – qui ne pourra donc apparaître officiellement dans FIFA 20 – Konami a changé d’orientation. Le Japonais a préféré signer des partenariats avec des clubs majeurs plutôt qu’avec les compétitions les plus importantes. Ainsi, en plus des « partenaires de toujours » comme Shalke 04, le FC Barcelone ou Arsenal, Konami peut compter sur le renfort du Bayern Munich ou de Manchester United. Des clubs pour lesquels un soin tout particulier a été apporté avec les joueurs bien sûr, mais aussi les tenues, les stades, les supporters : rien ne manque à l’appel et l’exceptionnelle qualité de la modélisation PES renforce évidemment le sentiment d’appartenance au club de son cœur… s’il est dans la liste car il faut reconnaître que, malgré tout, certains championnats font pâle figure.

Impossible par exemple de ne pas regretter l’absence pure et simple de la Bundesliga. Certains des principaux clubs allemands comme le Bayer Leverkusen, le Bayern Munich ou Shalke 04 sont « relégués » dans la rubrique « autre ligues ». Il aurait été possible de faire comme avec la Premier League anglaise : Konami a décidé de l’intégrer malgré tout et tant pis si la plupart des clubs ne sont pas sous licence et ne profitent donc pas d’un traitement digne de ce nom. Les Allemands rejoignent ainsi d’autres clubs « sans ligue » comme le Dynamo Kiev, l’AEK Athènes ou le Shakhtar Donetsk… mais reconnaissons que le poids de leur championnat respectif n’est pas le même que celui de la Bundesliga. Si un effort a donc été fourni par Konami, impossible de ne pas être déçu par ce traitement en dents de scie… et de ne pas pester contre ces politiques de licences plus pénibles qu’autre chose.

Memphis, ma bataille

Fans de Manchester United ou de la Vieille Dame soyez reconnaissants : Konami a fourni un travail incroyable pour que, sur le plan technique, la représentation de votre club favori soit un modèle du genre. De manière plus générale, impossible de ne pas souligner l’œuvre des développeurs japonais. En attendant un cru 2020 peut-être dopé par la next-gen et en attendant la sortie de FIFA 20, eFootball 2020 est tout simplement le plus esthétique des jeux de football que nous ayons pu tester, et ce, que l’on parle de la version PlayStation 4, de son homologue Xbox One ou de la mouture PC Windows. Pénétrer sur le Camp Nou ou la Veltins-Arena est particulièrement impressionnant. Bien sûr, la modélisation des différentes enceintes est proche de la perfection, mais cela va au-delà de la seule architecture des stades.

Le niveau de détail dans la représentation des tribunes, dans le rendu des spectateurs est stupéfiant. Ces derniers bougent avec réalisme et on n’a pas trop l’impression d’assister à un défilé de clones animés avec un bâton dans le fondement ! Lors des matchs de nuit, les jeux de lumière des projecteurs sont impressionnants, mais la clarté apportée par le soleil au cours des rencontres diurnes n’est pas en reste. On apprécie également le rendu de la pelouse et tout ce qui donne un côté télévisuel aux retransmissions. L’arrivée des joueurs sur le terrain est l’occasion d’une deuxième claque : les gros plans sur Luis Suarez ou Lionel Messi par exemple sont assez dingues. Bien sûr les modélisations étaient déjà excellentes l’an dernier, mais cette fois c’est davantage dans les attitudes que le tout paraît plus solide, plus cohérent. Mieux encore, cette qualité technique se retrouve au niveau des matchs, des contrôles sur les joueurs. Sur ce plan-là, eFootball PES 2020 marque une certaine rupture avec les précédents opus. Le rythme des matchs a été considérablement ralenti afin d’accentuer encore ce qui faisait la singularité de PES face à FIFA : la construction du jeu. Plus que jamais, il faut ici prendre son temps, apprécier au mieux le placement des coéquipiers et, plus encore, la position de son propre joueur. Tentez une passe rapide alors que vous êtes dos à votre partenaire et vous aurez toutes les chances de la voir manquer sa cible. Dans eFootball PES 2020, il faut prendre son temps pour construire une action et ne pas essayer de reproduire ces montées de balle en réalisant des « passes magiques » toutes les cinq secondes. Il faut penser la construction de son offensive.

Umtit et gros minet

La maîtrise du mini-stick droit est à ce titre l’un des points cruciaux dans le gameplay eFootball PES 2020. À vrai dire, c’est aussi peut-être ce qui déstabilisera nombre de joueurs, qui risque de les frustrer à force de ratés. N’exagérons pas : en réalité, il suffit de s’investir un peu pour commencer à bien appréhender les choses. Le mini-stick droit devient alors un allié de poids pour affirmer son contrôle sur le ballon, tromper la vigilance des défenseurs et réaliser les actions les plus abouties. Hélas, ce concert de louanges se heurte à deux défauts majeurs qui viennent passablement assombrir le bilan jusqu’ici excellent de Konami. En premier lieu, impossible  de ne pas s’insurger contre la gestion des fautes. Il ne s’agit pas forcément de l’arbitrage, mais plutôt de cette propension que peut avoir le jeu à générer des situations de fautes à l’excès.

À la manière des pires simulateurs, les joueurs ont tendance à s’envoler après un bête contact. La perte du ballon peut également « entraîner » des chutes ridicules, illogiques. Un problème qui va de pair avec le second souci majeur que nous relevons sur eFootball PES 2020 : l’intelligence artificielle. Elle est clairement en retrait, et ce, à peu près à tous les niveaux. Ainsi, lors d’une offensive, on regrette que l’I.A. ne soit pas en mesure de mieux suivre l’action. Bien sûr, il est important que le joueur soit aux commandes, mais il serait intéressant que l’I.A. soit capable de mieux chercher les ouvertures, les espaces. En défense ce n’est guère plus probant avec un adversaire qui gère mal le placement de ses arrières : ils ne savent jamais lire le jeu et peuvent changer du tout au tout de comportement passant de la passivité à une grande agressivité sans raison apparente.

Deux défauts regrettables tant ils viennent saper les fondements sur lesquels Konami a décidé de reconstruire PES. Ne forçons pas le trait, cela ne nous empêche pas de prendre un grand plaisir durant les matchs, mais la frustration n’est jamais très loin. Terminons en évoquant le manque de nouveautés sur la Master League et sur Devenir une Légende. Deux modes sympas, mais qui n’apportent rien de vraiment neuf. Enfin, ultime remarque : nous n’avons pas eu beaucoup le temps de tester les modes en ligne, mais des essais que nous avons réalisés, tout fonctionne très bien. Matchday est ici la seule nouvelle option. Elle impose de jouer avec une sélection durant toute l’épreuve avec, à la clé, des points en fonction des réussites (victoire et buts, mais aussi dribbles, passes) de chacun… jusqu’à la grande finale entre les deux meilleurs.

Notre avis

Visuellement, eFootball PES 2020 frappe un grand coup et difficile de trouver matière à critiquer. La modélisation est remarquable, de même que le rendu télévisuel des matchs. Une fois tout notre petit monde sur le terrain, la réussite technique laisse place à un gameplay encore plus posé qu'avant de sorte que, plus que jamais, eFootball PES 2020 s’impose comme le maître en matière de construction d’actions. Hélas, Konami trébuche sur quelques écueils assez gênants qui nous empêchent de complètement chavirer pour cette mouture. Des problèmes dans la gestion des fautes et dans le comportement de l’intelligence artificielle sont au cœur de pas mal de frustrations même si on finit par accepter ces lacunes. Notons également des choix parfois surprenants dans le domaine des licences et nous voyons, une fois encore, dans quels domaines Konami doit encore progresser. Une belle réussite malgré tout.

7 / 10
Les plus
Les moins
  • Visuellement remarquable
  • Beaucoup de soin apporté aux clubs partenaires
  • Richesse des animations, des modélisations
  • Gameplay porté sur la construction des actions
  • Système de dribble « en finesse »
  • Joli travail sur l’interface (à poursuivre)
  • Effectifs de l’an dernier et licences trop parcellaires
  • Ça manque quand même de contenu
  • Trop nombreuses fautes et bugs de collision
  • Intelligence artificielle parfois défaillante