L’administration Trump continue d’entraver la recherche sur le réchauffement climatique

Science

Par Antoine le

D’après Science, des références au réchauffement climatique auraient été supprimées de recherches de l’United States Geological Survey (USGS).

Cet organisme d’études géologiques se consacre en particulier à la surveillance de l’activité sismique des États-Unis et de la planète, comme les deux importants séismes successifs (6.4 puis 7.1) qui ont frappé la Californie il y a quelques jours, en l’espace de 48 heures. Ce bureau d’études une agence gouvernementale, au même titre que la NASA, et est donc placée sous la houlette de l’administration américaine.

Ce bureau a publié il y a quelques jours une étude assez anodine en apparence, susceptible d’être utile dans le cadre du planning urbain de la région. Anodine, à un détail près… cette étude a été consciencieusement amputée de sa conclusion la plus marquante : le changement climatique pourrait avoir un effet désastreux sur l’économie californienne, en inondant un grand nombre de terrains sur les prochaines dizaines d’années.

Une version antérieure de cet article, écrit par des chercheurs, aurait connu une véritable métamorphose au cours de son cheminement à travers l’administration Trump. Science affirme que de nombre des références aux effets néfastes du réchauffement climatique auraient été purement et simplement supprimées, après que la sortie de l’article ait été repoussée de plusieurs mois.

La région pourrait ainsi souffrir des pertes supérieures à 150 milliards de dollars d’immobilier, soit plus de 6% de son PIB. Au niveau humain, plus de 600.000 personnes pourraient être menacées à terme.

Cachez ce changement de climat que je ne saurais voir

D’après de nombreux observateurs, cette publication s’inscrirait dans un schéma clair de minimisation de la recherche sur le climat, tant à l’USGS que dans d’autres agences. Un des chercheurs appartenant à l’une de ces agences fédérales s’est exprimé pour Science, anonymement par peur des représailles :

On nous a très clairement signifié que nous ne sommes plus supposés utiliser le terme “changement climatique” dans nos publications. Elles ne seront pas validées [si elles contiennent ce terme].

Une version bien évidemment démentie par une responsable de l’USGS, qui se refuse à admettre l’existence de toute politique visant à amputer les publications du concept de réchauffement climatique. Tout en assurant de la dévotion de l’institut à dispenser des informations “pertinentes et utiles sur notre planète et ses processus”… mais en se gardant tout de même bien d’utiliser le mot magique.

D’après E&E News, ce ne serait pas la première fois que l’USGS aurait sciemment omis le changement climatique de ses publications. On peut citer cette étude sur la dépense énergétique des ours polaires, consciencieusement amputée du terme.

Ce refus d’intégrer explicitement la notion de “changement climatique” à un certain nombre de travaux interpelle, surtout dans la mesure où l’USGS conduit des travaux absolument cruciaux en matière de recherche climatique et gère conjointement avec la NASA le réseau de satellites Landsat, qui traque les changements climatiques liés à l’Homme…

Science précise tout de même qu’il n’y a pas de preuve absolue à l’heure actuelle que des officiels de l’administration américaine aient été spécifiquement chargés de bloquer de façon active les recherches sur le changement climatique. Mais les histoires de publications tronquées, les pressions subies par la communauté scientifique et le scepticisme, voire dédain affiché par l’administration Trump sont par contre très bien documentés.

Une gangrène scientifique

Et il s’agirait même d’un mal rampant, en train de contaminer de nombreux secteurs.
Le magazine américain Politico révélait en janvier dernier dans un article très fouillé et éloquent que le département de l’agriculture aurait enterré des douzaines d’études sur le sujet.

Dans les colonnes d’E&E News, le spécialiste en urbanisme, hydrologie et climatologie Joel Clement s’est fendu de cette diatribe sans équivoque à l’intention des administrations qui se rendent coupables de ces pratiques.

C’est une insulte à la science, bien sûr, mais c’est aussi une insulte aux gens qui ont besoin de cette information, et dont le cadre de vie -ou même leur vie, dans certains cas- dépend.

À noter que cet observateur référencé fait également partie de l’Union of Concerned Scientists (“Syndicat des Scientifiques Inquiets”, UCS). Ce groupe a toujours eu a la dent dure contre le Ministère de l’Intérieur américain, qu’il taxe de “neutraliser la science climatique”. Même s’il s’agit d’un think tank sérieux et référencé, il faut tout de même prendre ces propos avec le recul nécessaire.

S’il n’existe cependant pas de preuve formelle de cette accusation, nous avons en revanche accès à des données très parlantes en la matière et qui vont clairement dans le sens de l’UCS. Sur la dernière année de l’administration Obama, l’USGS a distribué 13 publications titrées et centrées explicitement sur le thème du changement climatique. Depuis, en deux ans, aucune n’a choisi de titrer sur le changement climatique … Une autre technique plus pernicieuse consiste à enfouir dans les profondeurs du site les publications abordant le sujet, une forme de dissimulation.

Ce problème revient régulièrement sur le devant de la scène, et chaque itération est plus inquiétante que la précédente, car ce climat de scepticisme généralisé n’est pas seulement une affaire sociétale et d’opinion publique. Depuis quelque temps, cela devient un véritable obstacle au raisonnement scientifique, qui pousse des chercheurs à passer de plus en plus de temps à s’inquiéter de la sémantique de leur étude. Et ce au détriment de la recherche en soi, ce que résume bien Joel Clement :

Nous sommes plutôt conscients des pressions politiques, et les rédacteurs se rongent les ongles au quotidien sur une question redondante : “Comment devrait-on formuler cela ? […] C’est beaucoup d’informations qui sont filtrées de cette manière, et cela affecte la réalité des gens qui travaillent sur le terrain [sur la base de ces recherches]. »

Un constat effrayant, tant le fait de s’affranchir des facteurs extérieurs pouvant polluer un raisonnement est l’un des piliers de la méthode scientifique telle qu’on la connaît. Il est en tout cas intolérable de voir la communauté scientifique soumise à des pressions politiques, tout comme de voir des hauts dignitaires malmener des faits parfaitement avérés et documentés sur la base de convictions personnelles. Surtout dans des cas comme celui de la Californie, où une économie et des vies sont en jeu à moyen terme. Il ne reste qu’à espérer que la chape de plomb qui est en train d’être posée sur la recherche soit retirée très vite, sous peine de voir la Californie transformée en Atlantide.. et bien pire encore.