La transplantation fécale agirait sur le cerveau

Science

Par Felix Gouty le

Des chercheurs britanniques ont transplanté un échantillon de microbiote fécal de vieilles souris chez de jeunes souris et, mentalement, ces dernières ont semblé vieillir d'un coup. Les scientifiques se demandent aujourd'hui si le processus inverse fonctionne et s'il peut devenir un traitement contre les maladies neurodégénératives.

Crédits : Pixabay.

Et si la fontaine de Jouvence se trouvait en réalité dans notre intestin ? C’est la question que posent aujourd’hui des scientifiques auteurs d’une étude pas tout à fait comme les autres. Dans leur article publié dans la revue Microbiome et relayé par SlashGear, les biologistes de l’université britannique d’East Anglia expliquent s’être intéressés à l’impact du microbiote intestinal sur le cerveau des souris, en fonction de leur âge. Les chercheurs se sont plus particulièrement penchés sur l’efficacité de la transplantation du microbiote fécale (TMF). Cette technique consiste, comme son nom l’indique, à prélever un échantillon de matières fécales saines de l’intestin d’un individu puis à son administration – par lavement, par exemple – dans le tube digestif d’un autre individu. Elle est généralement seulement utilisée pour combattre une infection nosocomiale récidivante causée par la bactérie Clostridioides difficile

La TMF joue sur les multiples propriétés du microbiote intestinal et permet, dans le cas de l’infection C. diff, à l’individu malade de combattre l’invasion bactérienne et de renforcer les capacités immunitaires de la muqueuse intestinale. Depuis plusieurs années, il a été admis que l’influence du microbiote intestinal va beaucoup plus loin, au fil de notre vie. C’est ce que les chercheurs britanniques ont tenté de vérifier lors de leur expérience. Celle-ci voyait de jeunes souris recevoir une TMF provenant de vieilles souris, dont les capacités neuronales avaient dégénérées. Curieusement, les jeunes souris transplantées ont commencé à montrer des signes de perte de mémoire mais aussi de spatialisation instable. En somme, en acquérant un vieux microbiote, l’hypothalamus – qui, dans le cerveau, régule la mémoire mais aussi la spatialisation – a été déréglé au point de mimer les faiblesses neuronales des vieilles souris donneuses.

Microbiote : futur fontaine de Jouvence ?

Les scientifiques se demandent aujourd’hui si l’inverse plus prometteur fonctionne aussi : la TMF d’une souris jeune vers une souris âgée peut-elle renverser la tendance neurodégénérative de cette dernière ? Si on transpose aux humains, la prochaine question est de savoir si l’acquisition d’un microbiote fécale jeune peut guérir d’une maladie comme Alzheimer. “Notre travail démontre l’importance de l’axe intestin-cerveau dans le processus de vieillissement et prouve l’utilité de réfléchir à des thérapies visant à restaurer la jeunesse d’un microbiote pour améliorer les fonctions cognitives des personnes âgées”, déclare Claudio Nicoletti, co-auteur de l’étude et chercheur à l’université de Florence en Italie, dans un communiqué. “Manipuler le microbiome(ndlr : le microbiote et les interactions entre les micro-organismes qui le composent) améliore la santé (et) nos découvertes montrent qu’il peut même, potentiellement, nous aider à mieux vieillir”, ajoute le chercheur britannique Arjan Narbad.

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  • Enders, Giulia (Author)