L’une des substances du cannabis n’empêcherait pas de conduire

Science

Par Felix Gouty le

Le cannabidiol (CBD) n'affecterait pas le comportement de conduite des personnes qui l'inhalent, contrairement au THC aussi contenu dans le chanvre ou cannabis.

Crédits : @GAD-BM via Pixabay

La plante terrestre la plus controversée l’est aujourd’hui un peu moins. Une récente étude, menée par des chercheurs spécialisés en cannabinoïdes de l’université de Sydney et leurs homologues de l’université Maastricht des Pays-Bas, affirme que l’une des deux substances chimiques majoritaires du chanvre (Cannabis sativa) n’empêche absolument pas une personne qui l’inhale de conduire correctement. Ce cannabinoïde est le cannabidiol (ou CBD). Il se différencie du cannabinoïde psychoactif, d’où le cannabis (ou son équivalent séché, la marijuana, et sa forme compacte à base de résine, le haschich) tire son caractère narcotique, appelé Δ-9-tétrahydrocannabinol (THC). Les conclusions de cette étude ont été publiées dans la revue Journal of the American Medical Association.

Les chercheurs ont fait inhaler à des volontaires des doses moyennes de CBD, de THC ou de mélange des deux. Ils les ont ensuite fait conduire au volant d’une voiture sur 100 kilomètres sur l’autoroute, dans des conditions contrôlées, 40 minutes après l’inhalation puis quatre heures plus tard. Selon leurs observations, seule une concentration unique de CBD n’affectait pas le comportement de conduite des participants, 40 minutes après inhalation. Une dose seule de THC ou un mélange de CBD et de THC affectaient, à l’inverse, les réflexes du conducteur. Cela dit, aucun volontaire n’a subi leurs effets quatre heures plus tard. “Avec les régulations gouvernementales sur le cannabis en constante évolution à travers le monde, les résultats de notre expérience pourraient aider les autorités à mieux appréhender l’usage de substances cannabinoïdes au volant, estime dans un communiqué le docteur Thomas Arkell, l’un des auteurs de l’étude. (Par ailleurs), ils constituent une très bonne nouvelle pour les personnes traitées au CBD, qui pourront être maintenant rassurés une fois au volant.”

Un pas de plus vers le “cannabis médical” en France ?

Pour rappel, les cannabinoïdes comme le CBD et le THC possèdent des vertus thérapeutiques. Du fait qu’il n’est pas un stupéfiant, le premier, en particulier, est utilisé dans certains pays pour traiter l’épilepsie ou certaines douleurs chroniques comme un anti-inflammatoire. En France, son exploitation pharmaceutique reste très restreinte. En réaction à un arrêt rendu par Cour de justice de l’Union Européenne (CJUE) dans l’affaire Kanavape, start-up marseillaise à l’origine de la première cigarette électronique au CBD, la Mildeca (pour Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) a souhaité “l’élaboration d’une approche commune européenne des produits à base de CBD.” La France, à l’heure actuelle, limite effectivement bien plus le cannabis dit médical ou thérapeutique que d’autres pays européens, comme les Pays-Bas notamment. Comme le rappelle la Mildeca, les produits contenant du CBD “ne peuvent, sous peine de sanctions pénales, revendiquer des allégations thérapeutiques, à moins qu’ils n’aient été autorisés comme médicament par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé ou la Commission européenne sur la base d’un dossier évalué selon des critères scientifiques de qualité, sécurité et efficacité.”