Le Cyberpunk, c’est quoi en fait ?

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Le Cyberpunk, c’est quoi ? Alors autant vous le dire tout de suite, ce n’est pas un mec à l’hygiène douteuse, avec une puce 5G rangée sous la crête, et qui boirait des 8-6 livrées par drone, tout en gueulant sur son chien équipé de la fibre. Non. D’ailleurs, la réponse ne se fera pas dans cette intro. Non, vous dis-je. Il va falloir lire tout le dossier. Ou demander à Siri ou Alexa de le lire pour vous.

En 1983, Bruce Bethke publie une nouvelle dans le recueil Amazing Stories. Il semble que ce soit alors la première utilisation officielle du terme Cyberpunk. Pour autant, s’il n’était pas vraiment nommé avant cela, ce courant proche de la SF dystopique prend ses racines à la fin de la seconde guerre mondiale, et devient très populaire dans la littérature des années 50. Comme beaucoup d’autres éléments de la popculture, il va façonner la culture américaine, mais aussi sa vision politique à travers les années qui vont suivre. Les années 60 et 70 et leur contradictoire ouverture au monde couplée à la peur de l’autre (notamment de la couleur rouge et d’outils traditionnels tels qu’une faucille et un marteau) vont inspirer nombre d’auteurs de SF à pousser au-delà de la simple dystopie.

Le monde a fait un bond en avant après la guerre. L’homme est en orbite autour de la terre et va même poser le pied sur la lune. Tout devient possible. La maîtrise de l’atome fait qu’il n’y a plus de limites à ce que l’on peut imaginer. Le meilleur devient un point d’horizon. Tout comme le pire. Tout dépend de l’œil de celui qui regarde. Ou de celui qui écrit.

La vie en gris

Les bases du Cyberpunk piochent donc du côté de la SF, de la dystopie et de ce que l’on appelle la Hard SF (rien à voir avec PornHub, calmez-vous). S’y ajoutent en outre deux éléments très distinctifs : l’avènement de la technologie informatique, et le transhumanisme progressif. Par ailleurs, les œuvres Cyberpunk se déroulent généralement dans un futur relativement proche, où tout semble avoir basculé dans une hyperconnectivité, un surplus d’information suffoquant, rendant le peuple docile, servile ou à minima désabusé.

Un monde où les nerds et les rockstars sont les mêmes personnes. Où hacker des ordinateurs est plus cool que d’être le chanteur de Pearl Jam. Le Cyberpunk dépeint une société pessimiste, perdue, oppressée par une violence perpétuelle et bien souvent asservie par un pouvoir quasi totalitaire. Le fascisme par la 12G, en quelque sorte. Un paradoxe, quand on sait que l’accès à l’information mondiale devrait libérer les esprits, et non les asservir.

Anti-héros, anti-système… anti-social ?

Ce qui est intéressant dans le Cyberpunk, c’est cet espèce ce mépris de l’utopie, cette volonté de montrer que non, le progrès technologique n’est pas signe de bonheur et que ça n’est pas en étant entourés de drones connectés et de wifi toujours plus rapide que nous vivrons mieux. Au contraire, le courant Cyberpunk vise à dénoncer ce qui fait la base de son squelette, à savoir cette sur-technologie, cette orgie d’ondes, de réseaux, d’interconnexions et de panneaux lumineux diffusant des publicités à tout va.

Dans un tel contexte, les héros n’en sont pas. Exit les Musclor et autres Rambo, le sauveur de l’humanité dans le Cyberpunk a des pantalons trop courts, connaît plus de lignes de codes que de personnes vivantes, et il (ou elle, d’ailleurs) est bien souvent d’un cynisme déroutant. Quant à son ennemi, il ne s’agit plus d’un alien chasseur d’hommes ou d’une armée de méchants nazis, mais plutôt d’une mégacorporation contrôlant l’information, et donc —  dans un monde hyperconnecté –, la société toute entière. Un genre de Big Brother 2.0.

Big Brother que l’on retrouve d’ailleurs dans 1984, de George Orwell, un chef d’œuvre qui fait aujourd’hui froid dans le dos, tant il fait écho comme jamais à une réalité de plus en plus banale.

Littéralement littéraire

Bien qu’étant avant tout une œuvre dystopique majeure, 1984 peut sur certains points être assimilée à du Cyberpunk. En effet, la multinationale dans laquelle travaille le héros se charge de contrôler la vérité et les informations diffusées et Big Brother n’est après tout qu’une sorte de machine de surveillance géante, tentaculaire et totalitaire. L’homme doit être connecté et regarder son écran quand sont diffusés les messages et les publicités, ce qui peut être interprété comme une forme d’hyper-connexion, un des piliers du Cyberpunk.

Mais 1984, c’est avant tout l’année où est publié Neuromancien, de William Gibson. Considérée comme l’œuvre majeure du Cyberpunk, et pour cause : Gibson y décrit grosso modo Internet, bien avant sa création, et avec une précision troublante. Il va encore plus loin et ce livre est d’autant plus terrifiant aujourd’hui qu’il ressemble de moins en moins à une œuvre dystopique, et de plus en plus à un documentaire. Si vous ne l’avez jamais lu, vous savez quoi vous offrir pour Noël.

Des cases et des bulles

Le Cyberpunk ne se distingue pas que dans la littérature, non. La bande dessinée est par exemple un medium parfait pour cette culture. Judge Dredd, par exemple, publié dans la revue 2000 A.D. à partir de 1977, est un véritable bijou. Parfaite satire sociale des dérives de l’autorité et œuvre Cyberpunk majeure, elle nous dépeint un monde post-apocalyptique dans lequel les survivants sont entassés dans des villes surpeuplées, à la technologie incroyable et totalement absurde, n’ayant pour but que d’anesthésier encore un peu plus les esprits. La violence y est permanente et extrême, et la justice expéditive. Pour autant, le peuple s’oublie dans des jeux télévisés leur faisant remporter des prix tous plus inutiles les uns que les autres. L’absurde de certaines situations faisant presque penser à du Monty Python.

Au Japon, le Cyberpunk a toujours été populaire. L’archipel étant d’ailleurs ce qui se fait de plus proche aujourd’hui d’un monde Cyberpunk. Appleseed, Ghost in the Shell, Evangelion, ou encore Akira, sont de bons débuts pour quiconque voudrait découvrir le Cyberpunk à la sauce Nippone.

Tchi-tchaaaa

Quant au septième art, il n’est évidemment pas en reste, avec des œuvres phares telles que Blade Runner, Brazil, Metropolis, Minority Report ou encore Johnny Mnemonic (bon certes, la qualité des dites œuvres est très variable, mais c’est pas le sujet), qui dépeignent des univers Cyberpunk travaillés et angoissants. Mais c’est bien Matrix, des sœurs Wachowski, que l’on retiendra comme l’œuvre moderne majeure sur le sujet. Les humains sont littéralement connectés à un réseau qui simule leur existence et contrôle tout ce qui s’y passe. Bon, Neo n’a ni chien, ni bière, ni dentition catastrophique, ni crête, mais on est quand même en plein dedans.

D’autres œuvres cultes ont généreusement pioché dans le bol de Cyberpunk pour enrichir leur univers, telles que Robocop, ou encore Terminator. On y découvre des univers où les machines ne font plus seulement le café, mais la loi, ce qui finit généralement par dégénérer. Outre la réflexion sur l’éthique, la place de l’humain dans le progrès technologique et au sein même de l’évolution, ces œuvres nous dépeignent un futur vers lequel moult scientifiques et tech-guys semblent vouloir se précipiter. Sans trop qu’on comprenne pourquoi.

PRESS START

Nous finirons ce tour d’horizon du Cyberpunk par le medium qui se prête sans doute le mieux à en explorer les tréfonds, à savoir le jeu vidéo. En effet, quoi de mieux pour dénoncer les abus d’un système hyper connecté et enregistrant tous vos faits et gestes… qu’un jeu vidéo sur une console hyper connectée et qui enregistre tous vos faits et gestes ?

Le Cyberpunk occupe une place importante dans le jeu vidéo, et ce quasiment depuis ses débuts. Quelques titres cultes valent d’ailleurs le coup d’être cités (et joués si vous ne les connaissez pas encore). Tels que Snatcher (inédit chez nous), Syndicate, Nomad Soul, Deus Ex ou encore le cultissimme Final Fantasy VII, pour ne citer qu’eux. Tous ont pavé la voie sur laquelle marche aujourd’hui Cyberpunk 2077. Rendez-vous le 10 décembre ! Une chose reste en tout cas la même depuis les débuts du Cyberpunk : on a beau mettre l’humain en garde, il court toujours à sa perte, et fait toujours la queue pour acheter le dernier iPhone.

Peut-être qu’après tout, le Cyberpunk est le seul futur que nous méritons.

Cet article est sponsorisé par Bandai Namco. Il a été réalisé par une équipé dédiée, indépendante de la rédaction du Journal du Geek.