Critique

[Critique] Anna : Un Besson bien fade qui sent la fin de parcours

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Antoine le

Anna, le dernier film de Luc Besson, raconte l’histoire d’Anna Poliatova, une jeune femme d’une beauté éclatante amenée à devenir une agent du KGB.

Sasha Luss dans le rôle d’Anna Poliatova

Quel personnage ce Luc Besson. Souvent égratigné par la critique, parfois injustement, le réalisateur français a toute une pléthore de films à son actif. Parmi eux, certains succès retentissants : on se souvient tous du magistral Grand Bleu, du Cinquième élément, ou même de Léon. Mais si Besson est capable du meilleur, il est aussi capable du pire comme avec Jeanne d’Arc. Avec Anna, le réalisateur tente ce qui pourrait bien être une forme de baroud d’honneur, pour sauver les meubles de sa société de production en perdition.

Le film s’inscrit dans un schéma auquel Besson nous a habitué tout au long de sa carrière : entre Nikita, Léon, Le Cinquième élément ou Lucy, il a régulièrement recyclé l’archétype de la femme fatale badass à souhait… avec plus ou moins de succès. Avec Anna, son dernier film, il persiste et signe dans cette voie qui commence à sentir un tantinet le réchauffé…

Anna Poliatova (Sasha Luss), une jeune femme russe, n’a pour elle que sa renversante beauté et son esprit vif. Pour le reste, la vie ne lui a pas vraiment souri : à bien des égards, la jeune femme a joué de malchance et s’est retrouvée au fond du trou, piégée dans une vie de misère qu’elle n’aspire qu’à quitter. Une occasion qui se présentera à elle sous la forme d’une rencontre avec un agent du KGB au discours bien préparé (Luke Evans).

Une seule image, tous les codes de Besson.

On sent une vraie volonté de la part du réalisateur de faire d’Anna un personnage fort, dont l’histoire difficile ajouterait une certaine charge émotionnelle à l’histoire. Mais à tant vouloir rompre avec le cliché de la potiche, Besson force tellement qu’il finit par tomber dans un autre écueil, qu’il a peut-être d’ailleurs participé à construire : celui d’une top-model surdouée particulièrement prompte à coller une raclée en bonne et due forme à quiconque s’interposera. Ce qui est loin d’être problématique en soi, mais laisse une désagréable impression de “déjà-vu” permanente. Pas un seul instant, on ne sent Anna en danger : au mieux, tout juste vaguement vulnérable sur certaines scènes, et ce malgré la succession de situations sous haute tension dans lesquelles elle se retrouve embarquée.

Ces scènes plus intenses n’apportent d’ailleurs pas le piquant attendu et sont tristement génériques. Des ennemis en surnombre, une fenêtre d’action réduite, et donc une héroïne en bien mauvaise posture ? Qu’à cela ne tienne, l’issue est toujours évidente : il faut dire que les ennemis sont assez galants pour laisser systématiquement la priorité à Anna… Mais rendons à César ce qui appartient à César : les scènes de combat restent très bien composées, et les chorégraphies virevoltantes assez réussies. Dommage que presque aucune d’entre elles ne serve vraiment le scénario, ou n’entretienne de suspense sur son issue…

Un casting peu inspiré, à quelques exceptions près

Cillian Murphy ne parvient malheureusement pas à donner de substance à l’agent Miller.

Au niveau du casting, il est vraiment difficile de trouver un acteur qui sorte du lot. Sasha Luss ne parvient tout simplement pas à transmettre le soupçon de doute ou de vulnérabilité qui se fait attendre tout au long du film, et qui aurait donné bien plus de profondeur au personnage. Les rares scènes de doute ne suscitent ni compassion, ni inquiétude, quand ses colères laissent froid tant ses motivations réelles restent floues. Loin d’être un personnage inoubliable, celle qui se retrouve tour-à-tour mannequin capricieuse, espionne implacable et jeune femme désabusée empile les clichés sans qu’un seul d’entre eux ne fonctionne entièrement. Un personnage principal imperméable et pas vraiment passionnant à suivre.

Cillian Murphy se révèle également être une énorme déception. Le rôle de l’agent de la CIA Lenny Miller semblait lui aller comme un gant, lui qui avait été absolument magistral dans le rôle du Peaky Blinder Thomas Shelby. Mais à l’arrivée, les rares séquence où son jeu d’acteur aurait pu être mis en valeur ne sont tout simplement pas exploitées et on se retrouve avec un personnage terriblement creux et quasiment transparent. Luke Evans et Helen Mirren sont, eux plutôt bons et sont d’ailleurs les seuls personnages qui évoluent un tant soit peu au cours du film, quand bien même cela arrive de façon plutôt prévisible : ils parviennent donc à tirer leur épingle du jeu.

La place des échecs est symptomatique des écueils du film.

Les personnages secondaires restent assez génériques pour qu’on comprenne leurs intentions en quelques secondes, et tous souffrent d’un manque cruel (voire d’une absence totale) de développement. Cela donne une impression de vide autour d’un personnage principal qui ne rayonne déjà pas par son charisme : au final, le jeu des acteurs s’avère être la plus grosse déception du film, et de loin.

Un scénario insipide mais légèrement relevé par sa structure

Le scénario, d’ailleurs, ne restera certainement pas non plus dans les mémoires. On ne sait pas trop si Besson s’est retrouvé à court d’idées ou si, à l’inverse, il en a eu trop pour pouvoir toutes les traiter à leur juste valeur. En témoigne la place des échecs, assez symptomatique des écueils du film: le début suggère que le jeu, très ancré dans la culture russe, aura au moins un rôle dans le processus narratif. Au final, c’est tout juste s’il sert de prétexte à une scène certes importante, mais expédiée en quelques secondes de façon très anecdotique. Ajoutez à cette histoire d’agent secret assez classique un plot twist téléphoné au possible et vous avez la recette d’un film quasiment exempt de surprise.

Un seul retournement de situation inattendu sur tout un film, c’est très peu.

La relative simplicité du scénario est tout de même compensée par la façon dont il est déroulé. On suit la vie d’Anna dans une succession de flash-backs et d’ellipses, ce qui n’est pas désagréable : c’est probablement le tour de passe-passe qui contribue le plus à donner du suspense à une histoire qui en manque cruellement. On ne peut pas s’empêcher de penser qu’il y aurait certainement eu matière à exagérer encore davantage cet aspect, quitte à assumer une narration un peu tortueuse mais forcément moins plate. Frustrant, mais pas non plus inintéressant, en somme.

Notre avis

Un personnage principal vide de toute substance, un casting peu convaincant, un scénario survitaminé tout sauf transcendant mais légèrement bonifié par la structure du récit, et des personnages-prétextes à n'en plus finir : on retrouve tous les codes de Luc Besson. Un film que les amateurs du genre vont certainement apprécier, mais qui ne laissera pas un souvenir impérissable. Anna semble loin de pouvoir prétendre à redorer le blason d'un réalisateur qui semble au bout du rouleau.

L'avis du Journal du Geek :
Les plus
Les moins
  • Les scènes d'action bien chorégraphiées
  • La structure du récit qui sauve in extremis un scénario bien maigre
  • Un personnage principal aussi cliché que vide de toute substance
  • Un casting peu convaincant, sans vraie évolution
  • Des personnages-prétextes à n'en plus finir
  • L'absence de suspense