Critique

Black Mirror : On débriefe la saison 5

Série

Par Amandine Jonniaux le

** Attention, cet article contient de nombreux spoilers sur l’ensemble de la saison 5 de Black  Mirror. On vous conseille donc vivement d’aller voir les épisodes avant **

Striking Vipers

Crédits Netflix

Quand deux amis de fac se perdent de vue, et se retrouvent quelques années plus tard autour de leur passion pour le jeu vidéo, les technologies ont visiblement bien évolué. Accessible en réalité virtuelle ultra-réaliste, le jeu Striking Vipers X, largement inspiré des titres Street Fighter, permet ainsi de reproduire fidèlement toutes les sensations que l’on retrouverait IRL, que ce soit en combat… ou ailleurs. Les choses vont ainsi rapidement déraper quand Danny finit par entretenir une relation virtuelle avec Karl, le tout dans le dos de sa femme Theo.

Crédits Netflix

Pour l’ouverture de sa cinquième saison, Black Mirror nous offre une jolie réflexion sur l’évolution du jeu vidéo, mais aussi sur tous les changements sociétaux qui découlent de l’arrivée de ces nouvelles technologies. Bloqué dans une vie familiale et sexuelle monotone, Danny apprécie visiblement sa relation extraconjugale, mais décide de tout arrêter quand il réalise que cette dernière l’éloigne de sa famille, qu’il assimile à la “vraie vie”. Sans parler du fait de coucher virtuellement avec son meilleur ami, qui – même si ce dernier a l’apparence d’une femme dans le jeu- se révèle assez troublant pour lui. Après plusieurs mois de relation ingame, les deux hommes décident finalement de se retrouver IRL pour savoir si leur attirance mutuelle est bel et bien réelle. Mais évidemment, les choses ne vont pas se passer comme prévu.

Crédits Netflix

Sublimé par un twist final aussi touchant qu’inattendu, ce premier épisode Black Mirror questionne non seulement les relations virtuelles et leur place dans la vie réelle, mais aussi l’infidélité numérique au sein du couple. Consommer une relation virtuelle alors que l’on est marié s’apparente-t-il à une tromperie, ou à une simple distraction à l’image du visionnage d’un film pornographique ? Depuis plusieurs années déjà, de plus en plus de couples se rencontrent via des plateformes virtuelles, qu’il s’agisse de réseaux sociaux, communautés de jeu en ligne ou site de rencontre, et bâtissent le fondement de leur relation sur des bases dématérialisées, mais paradoxalement bien réelles. Questionner la place de ces relations dans le monde matériel semblait donc plutôt légitime.

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Crédits Netflix

Particulièrement émouvant, ce deuxième épisode de Black Mirror a la particularité d’ancrer explicitement le récit à notre époque, plus précisément en 2018. Chris est chauffeur de VTC, et il n’a qu’une seule obsession : avoir une conversation avec Bill Bauer, le fondateur du réseau social à succès Smithereens. Après avoir pris en otage un des stagiaires de l’entreprise, le personnage, brillamment incarné par Andrew Scott finit par déclencher une crise mondiale sans précédent. L’occasion d’en apprendre un peu plus sur les raisons de son geste désespéré.

“Je l’ai lancé, mais je ne peux rien faire pour l’arrêter” – Billy Bauer, fondateur de Smithereens

Crédits Netflix

On ne vous apprendra rien en vous disant que le réseau social Smithereens est plus que largement inspiré de Facebook et Twitter, et que derrière le personnage de Billy Bauer on décèle l’ombre à peine dissimulée de Mark Zuckerberg. L’addiction aux réseaux sociaux, et ses conséquences parfois dramatiques dans nos vies est évidemment au centre de l’épisode, mais d’autres thématiques particulièrement actuelles sont aussi évoquées, comme l’épineuse question de l’utilisation des données personnelles des utilisateurs. Pendant la prise d’otage, les dirigeants de Smithereens parviennent à identifier Chris plus rapidement que les services de police grâce au numéro de téléphone relié à son compte utilisateur. Ce sont aussi eux qui réussissent à placer sur écoute le jeune homme, en détournant le microphone de son smartphone. Une situation qui fait évidemment écho aux nombreuses affaires auxquelles est régulièrement mêlé Facebook face à l’utilisation de ses données utilisateurs, mais aussi plus généralement tous les géants des GAFA.

Dernier point abordé dans cet épisode, et qu’il nous semblait important d’évoquer, la gestion des profils utilisateurs après leur décès. Une problématique qui touche tout particulièrement Facebook, puisque le réseau social comptera à moyen terme plus de morts que de vivants sur sa plateforme.

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Crédits Netflix

Sans doute l’épisode le moins réussi de la saison, Rachel, Jack et Ashley Too met en images les aventures Rachel, une jeune fille introvertie qui ne vit que pour aduler Ashley-O, une pop-star marketée de toutes pièces aux allures de poupées K-pop. Quand la célébrité commercialise une poupée à son effigie dotée d’une intelligence artificielle, l’adolescente noue rapidement un lien fusionnel avec le jouet. Coloré et volontairement indigeste visuellement, ce dernier épisode débute presque comme un teenage movie, et si certains aspects de la narration sont loin d’être inintéressants, sa conclusion reste malgré tout un peu trop édulcorée à notre goût.

Crédits Black Mirror

Pour son dernier épisode de la saison, la série questionne non seulement les limites de l’intelligence artificielle, mais aussi la thématique du lien affectif entre l’être humain et la machine. Déjà abordé dans des films comme Her de Spike Jonze (2014), ou prochainement dans Yves, de Benoît Forgeard, dont la sortie est prévue le 26 juin, ce type de questionnement n’est pas nouveau, mais il reste néanmoins pertinent dans une série comme Black Mirror. On retrouve aussi en toile de fond la création artistique via la science et l’intelligence artificielle, rendue possible dans l’épisode par la captation des ondes cérébrales d’Ashley-O quand elle est dans le coma. Une situation qui relève cette fois de la réalité, puisque de plus en plus d’IA composent aujourd’hui leurs propres chansons, certaines comme Endel ayant même déjà signé avec des labels reconnus de l’industrie musicale.

Particulièrement convaincante dans son rôle de phénomène pour ado enfermé dans un personnage qui n’est plus le sien, Miley Cyrus est sans doute la vraie révélation de cet ultime épisode. La chanteuse y est d’autant plus crédible que son passé d’égérie Disney, suivi au début des années 2010 d’un changement de look et d’image radical fait largement écho au synopsis de Rachel, Jack et Ashley Too.