Critique

[Critique] Brightburn : une conception bien réductrice du cinéma d’horreur

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Antoine le

On a regardé pour vous Brightburn, de David Yarovesky. Visite guidée d’un monde à la frontière du film de super-héros et du film d’horreur particulièrement prometteur.

Vous aimez les jump scares ? Vous savez, cette technique scénaristique qui joue sur vos réflexes les plus primitifs pour vous faire manquer un battement de cœur avec un changement d’image brutal et un son agressif ?

Non ? Vraiment? C’est bien dommage car David Yarovesky, lui, aime ça. Non — en fait, il ADORE ça.A tel point qu’il n’a aucun scrupule à en placer plusieurs dès les premières minutes du film, même lorsque l’action ne le justifie pas forcément… Une manière de préparer le spectateur, dirons-nous.

L’intrigue se passe dans la petite ville campagnarde de Brightburn, dans le Kansas. Les Breyer, une couple en apparence tout à fait normal, y coulent des jours heureux en compagnie de leur fils Brandon. Tout semble se passer pour le mieux jusqu’à son douzième anniversaire, où les événements vont prendre une tournure plutôt inquiétante. Le comportement du jeune garçon va changer radicalement. Son entourage, qui croit d’abord à la simple crise d’adolescence et au jeu des hormones, va vite déchanter : quelque chose de différent est en train d’arriver au jeune homme, et cela n’augure rien de bon.

Cette première partie du film où l’on suit la transformation progressive de l’enfant se révèle plutôt intéressante. On suit avec un mélange de malaise et d’appréhension son évolution. Très intelligent, il souffre de certaines difficultés relationnelles qui ne vont rien arranger par la suite, quand une mystérieuse voix d’origine alors inconnue commencera à prendre possession de lui…

Un début de construction prometteur…

Les événements étranges, quasi paranormaux commencent alors à s’accumuler à Brightburn. Avec toujours la même constante : le petit Brandon et son comportement de plus en plus erratique. S’en suit une descente aux enfers progressive pour toute la ville et surtout la famille Breyer, aux premières loges de la mutation de leur enfant. Rapidement, ils font le lien avec un mystérieux événement survenu douze ans avant, et dont eux seuls sont au courant… Mais la prise de conscience arrive trop tard, et plus rien ne semble pouvoir empêcher la transformation du petit Brandon en ce un véritable super-héros maléfique, argument central de la promotion du film.

C’est à ce moment-là que le récit cesse d’être efficace. Après la moitié de la projection, le constat est déjà clair : à peu de choses près, la seule émotion que le film parvient à transmettre est la crampe du jump-scare. La recette est simple et répétée un nombre incalculable de fois, jusqu’à en devenir exaspérante. Un personnage repère Brandon, se retrouve en proie à une hésitation interminable puis le perd de vue à la faveur d’un contrechamp douteux (c’est très pratique de pouvoir faire voler son héros). Après quelques secondes de panique du personnage en question, un jump scare aussi prévisible que brutal signe systématiquement son arrêt de mort. Vraiment dommage que même les jump scares soient aussi téléphonés…
Si la recette fonctionne la première fois, la répétition finit par donner à ces scènes un côté presque grotesque qui met à mal sa crédibilité. Et ce n’est certainement pas le gargouillis sanguinolant que semblent émettre absolument tous les blessés de Brightburn qui aide…

…qui tourne vite en eau de boudin

Seule la révélation du secret de Brandon parvient à maintenir un semblant d’intérêt pour la narration. Tant que le doute du début subsiste, il nous protège de l’incroyable plongeon dans le vide scénaristique qui nous attend après. Il n’y a que la séquence finale où on se surprend enfin à être perturbé devant la folie destructrice de celui qui était encore un enfant normal il y a peu. C’est d’ailleurs l’une des seule séquences vraiment convaincantes de la part des acteurs, et on serre vraiment les dents pour Tori Breyer (Elizabeth Banks).

Si David Denman (Kyle Breyer) et Meredith Hagner (Merilee McNichol) sont plutôt convaincants, le reste du casting est particulièrement insipide et peine à laisser un quelconque souvenir. Matthew Lee Jones, pourtant si savoureux dans son rôle de benêt tout au long de Breaking Bad, ne parvient pas à faire le même effet en tant qu’oncle boute-en-train et vaguement inconscient. Tout juste sert-il de prétexte pour introduire un élément utilisé plus tard dans le film avant de devenir le défouloir de l’enfant…

Aucun personnage à l’exception de Brandon ne connaît un quelconque développement. Même ce dernier semble perdu dans un espèce de no-man’s-land. Son côté inexpressif fait sens en théorie car il traduit un vrai décalage avec son entourage, une forme d’aliénation. Mais en pratique, Danny semble à côté de la plaque en permanence, sans vraie substance. Peut-être parce que ses objectifs eux-même le sont.  A vrai dire, ils se résument en trois mots qui reflètent toute la finesse et la profondeur du personnage : “Take the world”, “prendre le monde” en français.

Trop d’idées pour un seul opus ?

A la sortie, on a vraiment l’impression que l’entièreté du film repose sur le concept supposément audacieux et novateur du super-héros maléfique. Problème : non seulement l’idée n’a rien d’avant-gardiste, mais quand en plus celui-ci a le charisme d’une plante verte, il se retrouve perdu au milieu d’un océan de méchants insipides à souhait. Voire même plutôt cliché…
Les intentions du réalisateur posent également question. Alors qu’il semble vouloir construire consciencieusement le personnage de Brandon sur toute la première partie du film, David Yarovesky effectue un rétro-pédalage à mi-chemin pour en faire un méchant générique, assoiffé de sang et de violence gratuite, avec une seule et unique motivation : “Take the world”, point barre. Terriblement décevant par rapport au potentiel suggéré par la début du film.

L’idée de base a pourtant de quoi séduire, et le développement de l’histoire aurait vraiment pu tenir la route si chaque séquence avait été plus développée et les transitions mieux amenées. Mais aucun des axes potentiellement intéressants n’a été creusé, et la réponse est la même à chaque question que le spectateur se pose : « Peu importe, vraiment. Tu reprendras bien une portion de jump-scare ? »

Le film aura t-il une suite ? On a envie de dire que ça serait l’occasion d’enrichir le scénario et d’apporter une justification à certaines scènes, ce qui serait probablement la meilleure chose qui puisse arriver à Brightburn. Mais à la réflexion, on se demande presque si la perspective d’une suite n’est pas la chose la plus angoissante du film.

Notre avis

Un anti-héros pas charismatique pour un sou, un casting peu convaincant, un scénario sans substance et un scénariste dont on ne sait pas s'il voulait en faire trop ou pas assez : la recette d'un encéphalogramme plat, pour un film qui se repose sur les jump scares malgré un potentiel évident... mais inexploité. Une vraie déception, par rapport à un film qu'on avait pourtant envie d'aimer.

L'avis du Journal du Geek :