Critique

[Critique] Le Roi Lion (2019) : Superbe visuellement, émotionnellement différent

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Antoine le

Le remake très attendu du Roi Lion sort dans les salles aujourd’hui. Si l’explosion visuelle attendue est bien au rendez-vous, certains des points qui rendaient les fans sceptiques quant à ce remake le sont également. Plongée dans un film dont on sait déjà qu’il ne mettra personne d’accord.

Au niveau du scénario, aucune surprise à prévoir : la trame narrative reste identique à celle du dessin-animé original. Il ne s’agit cependant pas d’un décalquage millimétré, scène par scène. Certaines ont été légèrement remaniées, mais il s’agit toujours de l’histoire bien connue de Simba, jeune héritier du royaume de la Terre des Lions. L’ histoire émouvante qui a marqué – voire traumatisé – les plus jeunes et fait sourire les plus âgés avec tendresse est toujours là. Mais quelques petits bouts de scènes mémorables manquent tout de même à l’appel : Rafiki, si tu nous entends…

Ceci étant dit, commençons par l’éléphant dans la pièce, l’argument numéro un du film : ses visuels intégralement réalisés en CGI (imagerie générée par ordinateur). Hérésie sans nom pour certains, inévitable révolution pour d’autres : bien avant la sortie du film, il était déjà clair qu’il serait tout bonnement impossible de réconcilier ces deux camps.

Scar n’a jamais été aussi terrifiant.

À la question, “la CGI est-elle réussie ?”, la réponse est immédiate : c’est un é-nor-me oui. Visuellement, cette nouvelle mouture du Roi Lion tient toutes ses promesses et s’avère tout simplement exceptionnelle. La musculature des félins réagit à chaque appui, les oreilles frétillent avec les mouvements de tête, la fourrure vole au gré du vent. Les oiseaux flottent avec élégance sur la brise de la savane. Les gnous, éléphants et autres antilopes batifolent avec insouciance dans les fourrés et les points d’eau. Les insectes colorés cliquettent, grouillent, se tortillent.

Un travail de titan, autant au niveau de la modélisation que de l’animation et de l’intégration. On sent le poids des heures de travail sur l’anatomie et les mouvements de chaque être vivant, de la faune comme de la flore. Chaque scène est une débauche d’exploits techniques, d’une fidélité bluffante. Mention spéciale à la scène d’ouverture où le petit Simba est présenté à tous les sujets du royaume : cette foule d’animaux, cabrés dans un hommage unanime donne le ton de façon magistrale après seulement quelques minutes.

Dans un passé pas si lointain, l’imagerie par ordinateur restait accessoire et avait vocation à être éphémère. On en trouvait surtout dans des scènes d’action rapides, sous haute tension, pour camoufler les approximations. Ici, aucune pudeur artistique : pendant deux heures, le spectateur a tout temps de contempler les animaux exposés sans compromis à son regard intransigeant. On a beau en chercher les  défauts tel un singe épouillant son voisin : d’un point de vue purement graphique, le résultat est époustouflant et force l’admiration.

Un parti-pris polémique, mais des images magnifiques

Mais soyons honnêtes : après avoir vu les bande-annonces, peu de doute subsistait quant à la qualité visuelle du film. Chacun s’accordait à dire que les images seraient magnifiques, et c’est sur un autre point que ce film était attendu au tournant. En prenant le parti de réaliser un film entièrement en images de synthèse, Disney ose en effet un énorme pari, et ce pour plusieurs raisons.

Même les plus réfractaires reconnaîtront la beauté de certaines images.

Le public est naturellement très frileux à l’idée de revoir des grands classiques réédités, et il existe un climat de défiance autour de tous les remakes Disney de la part de certains. La tâche s’annonçait donc ardue d’avance, car le Roi Lion figure en bonne place au panthéon des grands classiques Disney. Le studio avait donc pour mission (quasi) impossible de conserver toute la magie qui a fait de l’original l’une des références du film d’animation, sous peine de voir les fans sortir les griffes. Alors, cette version 2019 parvient-elle à capturer l’essence de son aîné ?

C’est la mort dans l’âme que nous nous rendons à l’évidence : c’est bien à ce niveau que le bât blesse, et c’est sans doute ce reproche qui lui coûtera le plus cher . Sans pour autant rejoindre de nombreux médias américains qui ont sévèrement qualifié le film de “sans vie”, il faut admettre que le résultat surprend.

Le Roi Lion de 1994 était un chef-d’œuvre d’animation faciale et d’expressivité : de la douleur de Simba à l’espièglerie de Timon et Pumbaa en passant par la haine de Scar, l’original transmettait les émotions avec une justesse et une facilité qui font office de référence. Force est de constater que le cru 2019 véhicule un sentiment différent. Non pas que les visages (si on peut les appeler ainsi) des félins soient figés ou mal réalisés, mais la barre avait été placée tellement haut que la transition est brutale.
C’était évidemment un parti-pris assumé par le studio, qui était bien conscient qu’il allait devoir sacrifier une partie de cette expressivité “cartoonesque” sur l’autel du photo-réalisme. Là où le dessin animé mettait en scène des animaux clairement humanisés dans leurs traits et leurs mimiques, cette volte-face radicale fait l’effet d’une gifle qui brûle durant les premières minutes.

Magnifique… mais inexpressif.

Si l’impression s’estompe légèrement après quelques dizaines de minutes, on ne peut pas s’empêcher de regretter que les visages des lions (qui sont tout de même des personnages centraux) se contentent de quelques mouvements subtils, assez imperméables à l’émotion… Une orgie visuelle pour les mordus de CGI, un crève-cœur pour les plus nostalgiques. A noter que certains autres personnages, comme Zazu ou Timon, sont plus réussis que prévu à ce niveau.

Une bande son magistrale

Les cinéphiles le savent : la simple évocation du nom d’Hans Zimmer est régulièrement synonyme de grand frisson. Et une nouvelle fois, le grand manitou de la bande originale de film a accompli sa mission avec brio : la mise en musique est assez magistrale, tout au long des deux heures.
Les arrangements des chansons ont été légèrement mis au goût du jour, mais pas d’inquiétude : justice est rendue à tous les titres originaux, et ceux qui connaissent le répertoire par cœur pourront toujours chanter à tue-tête sans être perdus, autant en VO qu’en VF.

Mais un point fait tout de même grincer des dents. Disney s’est taillé une solide réputation pour ses chansons façon “comédie musicale”, parfois très kitsch mais toujours très bien réalisées, portées par des personnages animés assez finement pour permettre de les transmettre. Mais dans cet opus du Roi Lion… quelque chose cloche. Comme mentionné plus haut, c’est le parti-pris de ne pas “cartooner” les visages qui est le principal fautif.

Le format du dessin animé se prête particulièrement bien à ces séquences de chanson, et permet de prendre un tas de libertés en termes de chorégraphie, quitte à verser dans le loufoque. Une idée parfaitement incarnée par cette séquence mémorable du film original.

À la sortie de la salle, le doute initial se confirme : cela fonctionne moins bien en CGI. Si les chansons en soi sont très appréciables, certaines scènes ne font pas vraiment mouche. Elles semblent aseptisées à côté de la débauche de couleur, de mouvement, et d’exubérance qu’on retrouvait dans chaque chanson de son aîné. Mention spéciale pour le mythique Hakuna Matata, légèrement tristounet pour un appel à laisser ses soucis au placard… et surtout à la chanson de Scar aux hyènes, la seule vraiment décevante.

Jamel Debbouze et Alban Ivanov sont excellents en tant que Timon et Pumbaa.

Au niveau du doublage en revanche, on ne peut qu’admirer le travail des acteurs vocaux. Jamel Debbouze vaut clairement son pesant de cacahuètes dans un rôle de Timon qui lui va comme un gant. Daniel Kamwa est vraiment très bon dans le rôle de Rafiki, de même que Jean Reno dans celui de Mufasa. Sébastien Desjours, lui, est sensationnel de justesse dans son interprétation de l’oiseau Zazu et frise la perfection : il remporte haut la main notre palme du doublage.

Alban Ivanov est également jouissif dans le rôle de Pumbaa, même si on ne peut pas s’empêcher de jalouser nos amis américains : ces derniers ont eu droit à Seth Rogen pour interpréter le plus charismatique des phacochères. On ne peut que s’incliner devant la perfection absolue de ce choix, et il était difficile de rivaliser, autant en termes de voix que de personnalité…

Le Cycle de la Vie… d’un classique Disney

À l’arrivée, il est extrêmement difficile de donner une note à ce film. S’il ne fallait noter que la correspondance avec la magie animée du premier opus, elle serait certainement basse. Mais si l’on ne jugeait que l’aspect technique, le film friserait la perfection. Nous avons donc pris le parti de traiter cette réédition comme un nouveau film et de le noter en tant que tel. Effectivement, même s’il ne s’agit pas de la même magie que le dessin animé, il serait extrêmement injuste de le pénaliser pour cela. C’est un film différent, peut-être moins enfantin, qui avance d’autres arguments pour divertir le spectateur… et cela fonctionne tout de même très, très bien.

Certains vont donc profondément détester ce film, dans lequel ils pourraient voir une démarche résolument mercantile tout à fait écœurante. D’autres verront forcément leur fibre nostalgique malmenée et pousseront des cris d’orfraie à la simple idée de voir un Disney en images de synthèse. Mais à l’arrivée, le film est loin d’être la coquille vide, l’hérésie que l’on redoutait : même si elle est très différente, la magie est bien présente et CGI ou pas, le frisson et la nostalgie sont bel et bien au rendez-vous.

Notre avis

Comme beaucoup s'y attendaient, cette réédition ne parvient pas entièrement à capturer toute la même magie du Roi Lion original. La faute au parti-pris de la CGI, qui donne des résultats surprenants au niveau de l'animation faciale.
Mais la critique s'arrête là. Les images sont à couper le souffle, la bande-son magnifique et les doublages excellents. Oui, ce Roi Lion est différent de son aîné. Et en ce sens, il ne faut pas le prendre comme une simple réédition, mais comme un nouveau film à part entière, faute de pouvoir comparer l'incomparable. Certains lui mettront un deux, d'autres un neuf sur dix. Mais quoi qu'il en soit, s'il ne véhicule pas nécessairement le même feeling, cela reste un film de grande qualité dont le principal défaut est certainement de marcher dans les pas de son légendaire aîné, sans en reprendre les codes. Une autre vision du Cycle de la Vie, en somme !

L'avis du Journal du Geek :