Critique

[Critique] Playmobil : un conte coloré à l’arrière-goût de publicité

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Antoine le

Après les Legos, c’est au tour des Playmobil d’avoir droit à leur adaptation en film. Celui-ci est sorti aujourd’hui dans les salles : voici notre avis à chaud sur un film d’animation pas vraiment transcendant.

Playmobil, c’est d’abord une série de jouets qui a fait, et continue de faire rêver des millions d’enfants au quotidien. Ces petits personnages en plastique, avec leurs mains en pince caractéristiques et leur absence de nez, sont immédiatement reconnaissables et ont été déclinés selon tous les thèmes possibles et imaginables. Mais depuis aujourd’hui, c’est également un film d’animation familial qui suscite une certaine curiosité. Nous suivons l’histoire de Marla, une jeune femme pétillante qui se rêve en globetrotteuse et ne rechigne jamais à jouer aux Playmobil avec son petit frère Charlie. Une chanson que l’on qualifiera de très “Disney” nous permet d’apprécier le lien très étroit qui unit les deux protagonistes. Mais très vite, cette complicité sera mise à mal par un drame familial.

Forcée d’assumer la responsabilité du foyer, Marla est désormais trop accaparée par les tâches du quotidien et peu disposée à accorder du temps à son frère. Le tempérament de celui-ci ne s’est pas apaisé avec l’âge : toujours avide d’aventure, il en veut à sa sœur d’avoir perdu son âme d’enfant. Après une dispute, Charlie s’enfuit : sa sœur exaspérée part évidemment à sa rescousse, et le retrouvera au milieu d’une énorme exposition de jouets (on vous laisse deviner lesquels). Mais au moment où l’aînée pousse pour le ramener à la maison, il dégaine sa figurine préférée, un Viking, qu’il place au milieu du décor… avant que tous les deux ne soient happés dans le monde des Playmobil ! Soyons honnête, le réalisateur devait bien trouver un prétexte pour emmener la petite troupe à Playmobiland. Et même si les possibilités paraissaient limitées, cette entrée en matière apparaît tout de même très forcée. Pour autant, le point clé de la transition est bien réussi : les deux héros se retrouvent happés dans un monde vibrant où se passera l’intégralité du film.

Commençons par le commencement : dans un film Playmobil, on s’attend à des visuels très “plastique”, et certainement pas du photoréalisme. A ce niveau, il fait plutôt honneur aux jouets. Il faut reconnaître qu’il s‘agit d’un équilibre délicat à trouver : si le rendu est trop organique, alors le film perd toute sa légitimité Playmobil, mais s’il est trop rigide, alors autant s’offrir une boîte et imaginer sa propre histoire. Mais le numéro d’équilibriste est plutôt bien réalisé.

Les visuels sont très colorés, plutôt mignons et assez réussis.

Les tons pastels et l’expressivité des jouets donnent une ambiance très enfantine et pétillante qui transpire l’espièglerie et la joie de vivre (parfois trop, voir ci-dessous). Les doublages servent d’ailleurs plutôt bien cette ambiance cartoonesque et exubérante, notamment Kad Merad qui est étonnement bon dans son interprétation de Del.

Un scénario basique mais rythmé

Globalement, le film est plutôt rythmé. Même sans être captivé par l’histoire, le récit est bien structuré, sans vrais temps morts, ce qui permet de donner du piquant à un scénario qui ne présente pas un gramme d’originalité. Une quête fantastique pour retrouver un proche, durant laquelle le héros se lie d’amitié avec le boulet de service et fait la connaissance d’une foultitude de personnages-prétexte : pas besoin de chercher bien loin. Les exemples sont légion et on ne s’attardera donc pas sur le scénario.

L’un des seuls vrais points de suspense de tout le film : qu’est-ce qui se cache derrière ces portes ?

Le tout est mignon mais très prévisible, à l’exception peut-être d’un point d’orgue plutôt surprenant et bien amené. Avec son rythme, ses couleurs et sa structure très linéaire, le scénario de Playmobil plaira certainement aux enfants, mais les plus âgés auront du mal à y trouver leur compte.

Une bande haute en couleurs, mais pas très charismatique.

Un film Playmobil ou une publicité de deux heures ?

Si graphiquement, le pari est tenu, reste à se poser la question de l’intention du film, et c’est clairement là que le bât blesse. Dès la scène d’introduction, un douloureux pressentiment se confirme. L’omniprésence des Playmobil, mêlée à la béatitude des acteurs et aux chansons façon Disney, donne la fâcheuse impression d’assister à une publicité qui traîne en longueur. Et si on s’attend à ce que l’effet retombe une fois arrivé dans le monde des jouets, il n’en est rien.

« Ils sont pas beaux mes Playmobils ? Viens jouer aux Playmobils. »

Chaque changement de thème et de décor sert de prétexte à la même rengaine : “les Playmobil, c’est joli, c’est génial, c’est trop marrant, et surtout, on les veut tous !” A ce niveau, le petit Charlie est particulièrement exaspérant : son extase à chaque fois qu’il rencontre un Playmobil pendant la première demi-heure force le spectateur à se demander si le film a bien commencé ou s’il ne s’agit pas d’une publicité. Et ce n’est pas la morale du film qui nous fera changer d’avis. Elle repose plus ou moins sur un autre cliché que l’on avait vu venir de loin, à savoir l’ “âme d’enfant”, le lâcher-prise, et le rapport au divertissement.

Le seul et unique moment où les particularités des Playmobil sont utilisées. Quel dommage !

Et là où le film déçoit le plus, c’est que s’il ne s’agissait pas de Playmobils mais d’un autre jouet, le résultat serait strictement identique. Quel dommage de ne pas avoir construit le film sur leurs particularités, alors que le film La grande aventure Lego avait été excellent à ce niveau ! Là où ce dernier a joué à fond la carte de l’aspect construction, on ne retrouve aucun équivalent ici. Rien qui puisse légitimer le fait d’en faire la trame du récit. C’est tout juste si le spectateur a droit à une minute de transition où les héros sont légèrement décontenancés par leurs jambes toutes raides et leurs mains en forme de pince…

Cela laisse très sceptique sur les intentions du film : du point de vue d’un adulte, on a l’impression que le réalisateur est uniquement parti avec l’idée de faire un film de Playmobils, et que le simple fait d’avoir des jouets à l’écran suffirait à légitimer l’idée. Résultat : de nombreux adultes verront sûrement ce long-métrage comme un exemple flagrant de fan-service en bonne et due forme, voire comme une longue publicité qui se prend maladroitement pour un film, façon Vincent Adultman dans Bojack Horseman.

Et les enfants, alors ?

Mais soyons honnête : ce film s’adresse en premier lieu à un jeune public. Et même si on peut estimer que maquiller une publicité de deux heures en film pour enfants est encore plus cynique, il faut reconnaître que les enfants devraient malgré tout y trouver leur compte (à l’inverse de leurs parents).

Les plus jeunes devraient trouver le film très divertissant.

La dimension très ludique du film, les tons pastel de chaque scène, le rythme effréné, la structure linéaire du récit : tous les ingrédients sont réunis pour faire un film divertissant pour les bambins. Dommage que les gags, mignons et bon-enfant, n’offrent pas vraiment de double lecture qui pourrait donner un peu de matière aux adultes. Ils plairont aux plus jeunes par leur côté frais et premier degré. Reste à voir si ces derniers ne viendront pas réclamer une boîte de Playmobils trois jours après la séance de cinéma, auquel cas il sera légitime de hurler au brainwashing !

Notre avis

Du point de vue d'un adulte, difficile de ne pas avoir l'impression d'avoir assisté à un séminaire sur le fan-service. Même si le film est plutôt joli et rythmé, l'absence totale de double lecture finit d'en retirer toute la substance que pourrait y trouver un adulte. A la place, on ressort avec un arrière-goût amer, celui d'avoir été piégé par trois publicités sous un même manteau qui font semblant d'être un seul et même film.
Du côté des enfants, par contre, le film sera certainement appréciable pour sa morale gentillette, ses gags légers et premier degré et le côté loufoque et rapide qui se dégage de l'ensemble. Playmobil est donc un divertissement sympathique pour les plus jeunes, mais qui ne restera certainement pas dans les mémoires des adultes (ou alors pour de mauvaises raisons). Dommage !

L'avis du Journal du Geek :

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