Critique

[Alors, on regarde?] The Terror Infamy : Un esprit vengeur ne dort jamais

L'avis du Journal du Geek :
Série

Par Antoine le

The Terror revient avec une seconde saison, qui n’a strictement rien à voir avec la première : terminées, les aventures des HMS Terror et Erebus dans le Grand Nord. Place à Chester, une jeune immigrant japonais de seconde génération pris en tenaille entre un contexte social post-Pearl Harbor, et ses racines qui reviennent le hanter.

L’année dernière, AMC nous offrait l’excellente série The Terror. Nous y avons suivi avec angoisse le voyage de Francis Crozier, brillamment interprété par Jared Harris (vu dans Mad Men, The Expanse, Chernobyl ou encore The Crown), capitaine du bateau brise-glace éponyme. Au cours de ce glaçant voyage vers les confins des terres stériles de l’arctique, l’équipage a du faire face aux terribles conditions du Grand Nord, mais surtout à ses propres démons. Loin de toute civilisation, face à eux-mêmes au milieu de ces terres hostiles,

Aujourd’hui, la série revient pour une seconde saison baptisée Infamy. Cette fois, plus le moindre vaisseau de la toute-puissante marine anglaise du 19e siècle. L’intrigue se déroule cette fois dans une Amérique aux portes de la seconde guerre mondiale, au cœur d’une communauté japonaise qui s’adapte et survit tant bien que mal, loin de son archipel natal. Si vous n’avez pas vu la première saison, il n’y a donc aucun risque de rater des détails : cette seconde saison constitue une trame narrative indépendante, tout du moins dans les deux premiers épisodes.

C’est dans cette communauté que vit la famille Nakayama, dont Henry et Asako. Leur fils, Henry, est né aux États-Unis : passionné de photographie, il n’aspire qu’à sortir du carcan que lui impose sa condition d’immigré japonais. Mais ces espoirs sont douchés un matin de décembre 1941, au moment où les premiers avions nippons s’écrasent sur la base militaire de Pearl Harbor…

La suspicion généralisée envers les japonais, un axe fondamental de cette deuxième saison.

Cet événement va déboucher sur la déportation de milliers de résidents d’origine japonaise, suspectés d’êtres des espions à la solde de l’empire du Soleil Levant . Il va également faire émerger un secret que Chester se serait bien gardé de dévoiler : sa relation avec Luz, une jeune mexicaine qui porte leur enfant.

Mais une impression gagne rapidement en puissance: les autorités fédérales américaines ne sont peut-être pas la plus grave menace qui pèse sur la communauté japonaise… une sensation régulièrement confirmée par les plus anciens, plutôt superstitieux et convaincus que les quelques événements étranges qui se déroulent au sein de la communauté sont le fait d’un ancien esprit nippon.

Une utilisation assez fine du contexte historique et du folklore japonais

On retrouve-là un thème déjà exploré avec brio lors de la première saison. Là où on sentait l’ombre du Tuunbaak – une mystérieuse divinité inuit – peser sur l’équipage du Terror et de l’Erebus, ce rôle est désormais assumé par le fameux yurei.

Les plus anciens sentent que quelque chose cloche.

Cet esprit vengeur tient une bonne place dans le folklore traditionnel japonais. Dans cette culture, les défunts ayant laissé derrière eux chagrin, colère ou regrets sont condamnés à ne pas pouvoir quitter ce monde. Et comme dans la saison 1, c’est cette présence en filigrane qui permet de faire progressivement grimper la tension lors des premiers épisodes. Les phénomènes étranges se succèdent, et l’impression de malaise est accentuée par le fait qu’il s’agisse d’une mythologie dont les protagonistes sont familiers, mais pas le téléspectateur. Tous semblent avoir une idée de ce qui se trame, et la façon dont la mise en scène prive le spectateur de ce secret partagé par l’ensemble des personnages se révèle être une manière très efficace de faire monter la tension.

Sans compter le fait que ce choix scénaristique a énormément de sens. Dans cette Amérique post Pearl-Harbor, chaque japonais est vu comme un potentiel ennemi, et beaucoup tentent de s’intégrer en acceptant toutes les humiliations, en redoublant d’efforts et en repoussant leurs attaches culturelles. Tout ce pan de l’histoire est très bien retranscrit, en grande partie grâce au témoignage de l’acteur George Takei qui a lui-même vécu cette période. C’est pourtant cette culture qu’ils ont fui qui revient les hanter, ce qui ajoute une symbolique très forte à plusieurs niveaux. Ce que cette saison deux perd en impact visuel, elle le récupère sur le terrain de l’Histoire et du folklore, et cela donne très envie de voir comment la réalisation jongle avec ce contexte très dense, mais néanmoins subtil.

Une direction radicalement différente, mais également fascinante

C’est certainement visuellement que la transition est la plus brutale. Cela pourrait décevoir une partie du public de la saison 1, tant les superbes plans de ces paysages désolés participaient à cette ambiance savamment construite. Pas d’inquiétude, cependant : on retrouve toujours certains plans magnifiques, magistralement composés. Et assez vite, on sent même qu’il existe certaines analogies entre les deux récits. Les images ont beau être moins impressionnantes, l’environnement dont Chester Nakayama est prisonnier se révèle presque aussi suffoquant et menaçant que les plaines glacées explorées par Crozier.

Plus de glace, mais toujours des plans somptueux.

A première vue, on pourrait se demander ce qui pourrait bien rapprocher la cale d’un navire ayant vogué un siècle plus tôt d’un camp de prisonniers japonais. Mais très vite, on comprend que le froid et la maladie de la saison 1 ont été supplantés par la suspicion et le mépris de la société. La prison de glace, témoin de l’intransigeance de la nature, est de son côté supplantée par une geôle physique et sociale sur fond de racisme. Si les circonstances sont différentes, l’impression de claustrophobie à ciel ouvert si efficace dans la saison 1 est toujours bien présente, bien qu’atténuée.

L’Amérique n’est pas forcément plus sûre que le Grand Nord…

Comme dans la saison précédente, l’intrigue commence plutôt lentement. Le décor est posé sans se presser, à l’aide d’une mise en scène truffée de détails, d’insinuations et de plans magnifiquement composés. Mais si elle suit le modèle proposé par la première saison, on peut s’attendre à ce que la narration s’accélère de façon drastique à l’approche de la fin, quand l’inévitable commencera à s’imposer à chacun. Cet aspect de la mise en scène était particulièrement fort et symbolique sur les bateaux de la marine anglaise, car même bien au chaud dans notre divan, chaque plan de la banquise ramenait l’équipage à la précarité de leur condition. C’est bien moins évident dans Infamy : si on comprend d’où vient la menace, les circonstances font que le sentiment d’urgence et les enjeux sont moins évidents au premier abord. On espère donc que le fil sera tissé de manière efficace, notamment au niveau du folklore japonais qui est attendu au tournant pour que l’on puisse retrouver le niveau d’oppression qui avait fait le succès la première saison.

Notre avis

Cette saison deux s'annonce très différente de la première, dont elle ne suit de toute façon pas la trame. Après dix épisodes dans le froid mordant du Grand Nord à suivre les états d'âme d'un équipage en perdition, le cadre semble presque gentillet et aseptisé à première vue. Mais le sujet choisi laisse entrevoir une myriade de possibilités pour tirer le fil de l'histoire en se basant sur le folklore japonais et le contexte social post-Pearl Harbor pour les immigrants de première et seconde génération. La façon dont cet équilibre sera géré sera l'un des principaux critères pour juger de la série, mais on est en tout cas impatients de suivre cette seconde saison. Ne serait-ce que pour les promesses du folklore, et la réalisation toujours au top niveau. Une chose est sûre, nous ne tarderons pas à dévorer la suite !

L'avis du Journal du Geek :

2 réponses à “[Alors, on regarde?] The Terror Infamy : Un esprit vengeur ne dort jamais”

  1. premier épisode regardé : bof, bof, bof une grande déception… j’ai même pas envie de regarder le deuxième épisode : rien à voir avec la première saison qui était un chef d’oeuvre… perso c’est déjà fini pour moi

  2. Idem que pour mon prédecesseur, j’attendais énormément de cette saison 2 après la claque visuelle et émotionnelle de la saison 1. C’était probablement trop en demander car je n’ai fait que m’ennuyer pendant ce premier épisode. L’intrigue ne m’intéresse pas, pas plus que les acteurs. Je me forcerai à regarder jusqu’au 3ème épisode mais une dose de caféine sera nécessaire.

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