Critique

[Critique] Tolkien : un film qui fonctionne, sans transcender le genre

L'avis du Journal du Geek :
Cinéma

Par Antoine le

Tolkien sort le 19 juin prochain en salles, avec Nicolas Hoult, Lily Collins et Colm Meaney. Une agréable plongée dans l’enfance de l’auteur, qui nous ramène aux prémices de son univers et à la genèse du Hobbit, mais trop aseptisée pour bouleverser son public.

Nicolas Hoult, dans le rôle de Tolkien © FOX Searchlight

Tolkien, c’est avant tout l’histoire d’un jeune hommes pas tout à fait comme les autres. Petit, il est forcé de quitter sa verdoyante campagne anglaise pour la crasse et les fumées poisseuses d’un Birmingham en pleine révolution industrielle. Suite au décès de sa mère, il sera placé sous la tutelle du père Francis Morgan (Colm Meany), qui lui servira de figure paternelle. C’est lui qui se chargera de le placer dans un orphelinat huppé, sous la houlette d’une matrone stricte et obséquieuse, où il continuera de forger son caractère.

Un caractère bien trempé mais rêveur, peu en adéquation avec le milieu huppé et procédurier dans lequel il se retrouve parachuté. On prend beaucoup de plaisir à suivre l’adaptation du jeune Tolkien à cet environnement étranger. Harry Gilby est particulièrement efficace sur toute cette séquence, où il retransmet particulièrement bien l’aliénation, la distance que ressent le jeune homme, puis son rapprochement progressif avec trois autres adolescents. Les quatre compères forment ensemble un club, le T.C.B.S. (on vous laissera la surprise de l’acronyme), dont les péripéties constituent le principal axe narratif du film.

Un quatuor qui porte le film

La construction et l’évolution du petit groupe sont particulièrement savoureuses à suivre. Le quatuor, très complémentaire, est joué par deux groupes d’acteurs : un pour les versions adultes, et un pour les versions jeunes qui se révèlent particulièrement bons. On notera la performance du jeune Albie Marber, exceptionnel en tant que version jeune du volubile et charismatique Robert Gilson.

Un quatuor haut en couleur. © FOX Searchlight

Tout le quatuor adulte est également très efficace, Nicholas Hoult est convaincant dans le rôle d’un Tolkien jeune adulte, toujours en léger décalage avec ses semblables, à moitié perdu dans son univers fantastique.

Tout ce déroulement est entrecoupé de passages bien plus sombres, au cœur de la première guerre mondiale. La bataille de la Somme fait rage dans la boue, le sang et la poudre, et chaque transition est violente, brutale. Tolkien, jeune engagé pris au milieu de ce maelstrom de mort, se retrouve à halluciner : il visualise clairement des êtres éthérés d’un noir d’ébène qui rappelleront immanquablement certaines créatures du Seigneur des Anneaux…

Oui, nous sommes bien en première guerre mondiale. © FOX Searchlight

Des images sublimes, mais un manque de fantaisie dommageable

Lorsque l’on mentionne Tolkien, il est difficile de ne pas faire l’association avec le Seigneur des Anneaux; on s’attendrait donc à  ce qu’une partie du récit soit consacrée à cette œuvre fondatrice de l’heroïc fantasy. Dome Karukoski a pris le parti de raconter la genèse de l’univers Tolkien à travers son travail sur le langage. Force est de constater que cela fonctionne. Mais même si l’on se doit de respecter ce choix narratif justifiable, on reste un peu sur notre faim. On aurait aimé que le film s’attarde un peu sur ces séquences d’introspection, donnant au passage quelques indices sur le processus de pensée qui a donné vie à ce monde si complexe. A la place, on doit se contenter des quelques références à ce que seront le Hobbit et la Communauté de l’Anneau, disposés comme des œufs de Pâques le long du chemin… et d’une manière qui semble parfois légèrement forcée, comme en témoignent certaines scènes de la bataille de la Somme dont on a du mal à saisir la pertinence.

Certains plans sont somptueux. ©FOX Searchlight

Cette partie de la vie et de l’œuvre de l’auteur est donc quasiment entièrement passée sous silence. Frustrant pour les fans qui associent naturellement le nom de Tolkien à ses œuvres majeures, mais cette relative absence reste justifiée par d’autres choix narratifs. Et si l’on regrette de ne pas en avoir appris plus sur le sujet, on se console en observant le T.C.B.S. faire les quatre-cent coups, le langage de Tolkien prendre vie, ou l’importance capitale de sa femme Edith dans son développement. On ne peut également qu’apprécier la qualité de la réalisation, avec quelques plans absolument magnifiques.

Notre avis

Ceux qui iront voir Tolkien en salle passeront certainement un bon moment, à condition de prendre le film pour ce qu’il est : une interprétation divertissante, plutôt intéressante de la vie de l’auteur. Ni absolument exacte, ni entièrement fictive, l’histoire de Tolkien souffre d’un certain manque de fantaisie et d’imagination dans la narration, qui en font un film qui vaut la peine d’être vu, mais certainement pas inoubliable… paradoxal pour le biopic d’un des auteurs les plus visionnaires et imaginatifs de son ère, à qui la relative platitude du film ne rend pas hommage.

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