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Ils font l’animation japonaise : sept réalisateurs ou auteurs qu’il faut absolument surveiller

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Cinéma

Par Benjamin Benoit le

L’ancien : Hayao Miyazaki

Son ombre plane sur tous les autres, et restera bien après sa disparition. Hayao Miyazaki est régulièrement comparé à tout autre réalisateur ayant la chance d’être distribué en France, et à défaut de comparaison, chaque article de presse le mentionne au moins une fois.

Si l’on part du principe que l’ère de grandeur du studio Ghibli est derrière nous, son avatar le plus connu et le plus talentueux cultive toujours une personnalité publique bien particulière. Il est au centre de quelques mèmes, dont l’un d’entre eux lui prête des citations fantaisistes. L’homme n’a pas l’air des plus agréables, il est très travailleur, il n’est pas connu pour être un collègue de travail aimable et il n’estime pas le travail de son fils, Goro, qui a rendu Les contes de Terremer et La Colline Aux Coquelicots, respectivement film raté et passable.

Ponyo sur la falaise

On ne spéculera pas sur ses qualités en tant que papa, mais le foyer familial doit être particulier. Une personnalité à la hauteur du génie qui a réalisé, à son rythme, de nombreux chefs-d’œuvre. Du Château de Cagliotro au Voyage de Chihiro, de Ponyo sur la falaise à Le Vent se Lève, le sensei a multiplié les influences, les sujets, les publics, a puisé dans de nombreux folklores comme dans sa propre vie. Son prochain projet, Boro la petite chenille, semble s’adresser à un plus jeune public et doit sortir pour les Jeux olympiques de Tokyo 2020. Et tant pis si on se lasse des fausses annonces de sa prise de retraite tous les cinq ans, on espère tous qu’Hayao Miyazaki soit immortel.

Il aime : Dire aux autres qu’ils font du mauvais travail. Sortir des monuments d’animation. La presse française et internationale, qui le lui rend bien.
On vous recommande : Tout, particulièrement Le Voyage de Chihiro et le très crépusculaire Le Vent Se Lève, qui aurait pu être une oeuvre finale parfaite.

Le Joker : Netflix

En France et partout dans le monde, les canaux de diffusion des séries d’animation japonaises sont définis. Crunchyroll, Wakanim et ADN se partagent une offre variée, mais éclatée. Certains animes sont diffusés sur deux sites. Mais une nouvelle carte est rentrée dans ce jeu et elle met de plus en plus de billes dans cette industrie : Netflix l’américain.

Terrace House

Même dans sa version française, le service propose une offre respectable de films, de séries dédiées et même de télé-réalités – on peut citer Terrace House, qui nous fait suivre un casting tournant d’une demi-douzaine de colocataires, avec rien d’autre que leurs vies comme scénario. Netflix agit à tous les stades de production, excepté le créatif : au pire, il est diffuseur, au mieux, il est producteur. Les projets « originaux » et exclusifs ont été proposés au réseau.

Et on y trouve de premières pépites : Little Witch Academia, films et série, le long-métrage Blame, le prochain film de Masaaki Yuasa, Devilman, qui ne se serait pas fait sans le géant américain. C’est sur Netflix qu’on trouve Castlevania, adaptation animée américaine d’un univers japonais. Et c’est aussi sur Netflix qu’on trouve une pelletée de séries plus ou moins récentes en vidéo à la demande. Son rôle créatif dans l’industrie est encore nul, mais en tant que diffuseur, il est à surveiller et n’est pas voué à se réduire. Des pointures du film en prise de vues réelles, de Bong Joon-ho à Martin Scorcese, en ont fait un nouveau club privé.

Il aime : Éclater et concentrer l’offre à la fois. Compliquer la chronologie des médias.
On vous recommande : Tout l’univers Little Witch Academia et les productions du studio Trigger, dont Kill La Kill.

Ils n’ont pas d’actualité, mais ils sont à surveiller

Enfin, citons deux derniers noms qui pèsent dans les séries à succès d’aujourd’hui, et dont on attend avec impatience les premières productions. En premier lieu, Hiroyuki Imaishi, co-fondateur du studio Trigger, issu de la diaspora de Gainax. Ce quarantenaire incarne tout ce qui est jeune, outrecuidant et stylisée dans la production télévisuelle d’aujourd’hui ; C’est la marque de fabrique de Trigger. Réalisateur de Tengen Toppa Gurren Lagann, il a ensuite signé des oeuvres plus iconoclastes : Panty & Stocking (sorte de Super Nanas plus vulgaire… et donc pour adultes et plus malin) et Sex & Violence With Machspeed, encore plus radical. Avec Masahiko Ohtsuka, il démarre l’aventure Trigger et met en branle Kill La Kill, qui restera sans doute l’un des animes les plus célèbres de la décennie. On attend la suite avec l’amusant, mais un peu mineur Space Patrol Luluco.

Enfin, citons Sayo Yamamoto, lauréate du prix du “nouveau visage” 2012 par le Japan Media Arts Festival. Une très grande frange d’otakus la vénère pour avoir réalisé Yuri On Ice l’année dernière et ils ont raison. Derrière, elle s’est occupée d’un morceau de l’iconique série Lupin, dont le prochain volet se passera… en France. Invitée à Japan Expo 2017, elle n’a déjà plus rien à prouver.