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[Chronique] Dragon’s Dogma Dark Arisen : le meilleur ennemi de The Witcher 3 ?

Le draque sauvage

Par killy le

En résumé, le coup d’épée dans la face au lieu de la potion qui prépare à modifier son coup d’épée suivant le type d’adversaire. La logique n’est pas la même, la finalité non plus. The Witcher, Oblivion, Skyrim ou Fallout sont articulés autour d’un système d’histoire à embranchements, qui laisse de la place au joueur, qui lui autorise un roleplay à divers degrés. Et cette liberté se traduit en jeu par une place prépondérante laissée aux dialogues, aux liens entre les personnages, où les combats, aussi intéressants soient-ils, restent un affrontement de dés hérité des jeux de plateaux. L’action est présente comme dynamisant, et ce même si The Witcher 3 a opéré une certaine migration vers un système un peu plus « sensible » que ses concurrents.

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Dragon’s Dogma concentre sa narration dans un principe extrêmement classique de révélations à déclenchement précis, au fur et à mesure de quêtes principales accomplies. Rien d’effectué en marge ne changera le déroulé des événements. De fait, le jeu est plus resserré, ce qui légitime une approche plus directe. La perte de temps effective fonctionne sur un terreau qui lui laisse la place d’exister, ce qui n’est pas le cas ici. Surtout venant de Capcom, dont les productions se sont longtemps concentrées autour du jeu de baston/platformer 2D nerveux, deux genres où la science d’un gameplay ciselé est indispensable. Malgré ses errances et ses lourdeurs de construction, Dragon’s Dogma est finalement la meilleure alternative possible, même après trois ans, à ce qui est apparu pour beaucoup comme l’un des meilleurs jeux de l’année passée. Image miroir d’un genre, témoignage d’une approche, en un sens culturelle, autour d’un même noyau, le jeu de Capcom est le membre qu’il manque à CD Projekt ou Bethesda. Il rate ce que réussissent les productions occidentales et inversement. Fallout 4, Skyrim, The Witcher 3 divertissent sur une tonalité qui résonne plus lourdement, ils proposent une aventure qui fascine, entraîne plus qu’elle n’amuse. Ici, il est question de réelle distraction un brin frivole. Un réveil physique de la main sur la manette où le joueur s’accroche au stick lorsqu’il grimpe sur un cyclope.

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Dragon’s Dogma diffuse sa dose d’aventure et de randonnée armée, sans oublier qu’il peut aussi être joué en courtes sessions. Et même les 15 minutes les plus vides du monde au niveau de l’implication dans une quête permettent de prendre du plaisir. Peut-être simplement parce que Itsuno, Kobayashi se sont concentrés sur un savoir-faire et un style qui leur sont proches, entourés d’inspirations elles aussi centrées autour de connaisseurs (Makoto Ikehara), tout en essayant de toucher quelque chose de nouveau. S’arrimer pour se laisser porter sereinement. Un mouvement qui s’est réduit chez les gros éditeurs/studios depuis, perdurant bien davantage sur la scène indé, créant des concepts intéressants à défaut d’être toujours réussis. En cela, avec son approche largement plus agréable et équilibrée, The Witcher 3 semble tenter une ouverture similaire. Sans regarder vers le Japon, mais conscient des limites de sa zone de confort. Et c’est bien pour cela que lui et Dragon’s Dogma peuvent marcher sans problème main dans la main. Il serait dommage d’essayer l’un sans jeter, vous aussi, un regard curieux vers l’autre.

Dragon’s Dogma Dark Arisen, disponible sur PC (30 euros sur Steam)