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[Dossier 10 ans] Retour sur Final Fantasy XII : l’histoire d’un projet catastrophe

Lâchez les Vaan

Par killy le

Vagrant Story, Tactics Ogre, Final Fantasy Tactics, Ogre Battle : March of the Black Queen, les jeux sous la direction de Matsuno n’ont jamais été une ode à l’adolescence contrariée et rarement vecteurs d’une mise en conformité avec un standard quelconque. L’avantage de travailler sur des projets à la fois dans un contexte financier stable – à la différence de la situation de Square en 2003, plombée par l’échec total du film Les Créatures de l’Esprit – et hors des canons d’une marque, d’une figure de proue. Le problème de Final Fantasy XII est qu’il est la locomotive principale de Square Enix après le sursaut Final Fantasy X-2.

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Les impératifs de vente sont clairs et le consensus également : un RPG de cette série se doit de parler à un public adolescent qui se reconnaîtra dans l’aventure. Pour cela, il est nécessaire de disposer d’un terreau fertile, celui du héros principal lui aussi jeune homme plein d’espoirs, de rêves, d’énergie, en phase finalement. Alors que le personnage central de Final Fantasy XII pendant une bonne partie du développement est le chevalier Basch, l’équipe doit modifier le casting pour le remplacer par le jeune Vaan, plus en accord avec la cible, comme le signale Yoshida : « Durant les premières phases du développement, le héros était plus costaud, grand et fort. Quand nous avons commencé à retravailler le scénario et que nous avons pris en compte la population concernée, le personnage principal est devenu celui que vous connaissez désormais […] Jusqu’à ce que l’acteur Takada Kohei soit casté pour la voix de Vaan et la motion capture, le personnage était encore plus efféminé. Grâce à lui, Vaan est devenu plus énergique, optimiste, lumineux, et positif. » Tout en sachant que l’une des premières pistes avait été un possible retour de personnages adoptant un style SD (Super Deformed) qui rappellerait aux fans les épisodes 7 et 9 notamment.

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Final Fantasy, malgré son renouvellement régulier, son innovation et ses nombreuses thématiques, reste soumis à un certain cahier des charges, d’autant plus depuis l’augmentation des coûts de production et des effectifs présents sur les projets. Il faut parler au plus grand nombre, et c’est un état d’esprit, une logique qui impose une certaine acceptation logique d’un fonctionnement d’entreprise à grande échelle. Une dimension que supporte difficilement Matsuno, seul maître du navire contrarié et nouveau dans le domaine des grosses productions. Un constat semble s’imposer de plus en plus, il ne parvient pas à trouver un équilibre dans la gestion du développement. En 2005, après l’équivalent de plusieurs dizaines de millions de dollars investis et plus de 4 ans de travail, Final Fantasy XII perd son réalisateur. Matsuno se retire, officiellement pour raison de santé, officieusement parce qu’il est totalement dépassé par l’enjeu du projet et désemparé par les différents départs. Un développement qui l’a tellement marqué et noyé, qu’il quitte définitivement Square Enix, devenant lui aussi freelance. Le colosse perd donc sa tête et il faut nommer d’urgence un remplaçant, parce qu’il est impossible pour Square d’abandonner un tel investissement en chemin. C’est Kawazu Akitoshi qui est nommé au poste de producteur, tandis que Ito Hiroyuki et Minagawa Hiroshi prennent le rôle de réalisateur. Un statut qu’aucun des deux ne maîtrise malgré le temps passé à la fois sur la production et aux côtés de Matsuno.