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Dossier Voiture autonome : le conducteur, une espèce en voie de disparition ?

Législation, conséquences sur l'emploi, un avenir incertain

Automobile

Par Djenuwine le

Une pénurie de jobs et des services dédiés aux plus fortunés ?

Soyons honnêtes, certains métiers disparaîtront, c’est inévitable. Celui de taxi est probablement le plus visé et certaines sociétés risquent de devoir se réorienter : celles qui assureront désormais les contrôles de vitesse ou celles qui fabriquent ces boîtes à photo.

En revanche, la quantité d’emplois potentiels qui peuvent être générés est hypothétiquement conséquente (on estime que la 5G rapportera à elle seule 22 millions d’emplois entre 2020 et 2035). À cela s’ajoutent les systèmes d’assistances, de nouveaux services répondant à un besoin de distraction durant ce temps libre. On peut ajouter un marché automobile (au sens large) qui devrait connaître un boom important, que ce soit pour la mise en place de micro véhicules autonomes urbains ou de plus grosses structures, de systèmes ou de pièces nouvelles, de solutions innovantes ou encore de logistiques et gestion. Évidemment, qui dit engins, dit maintenance, mais surtout énergie : avec des tracés connus on pourrait voir émerger des propositions d’alimentations propres en temps réel. Si les véhicules ne peuvent plus avoir d’accidents, on pourra les rendre plus légers, donc plus économes en énergie voire les alimenter pendant l’utilisation.

Bref, c’est une nouvelle petite révolution industrielle qui se dessine et nous en sommes déjà à ses prémices. Mais tout ceci reste bien hypothétique et rien n’est encore réellement sur les rails.

“Deux gros marchés distincts, mais liés”

Concrètement, il y a aura 2 marchés distincts à explorer et exploiter : le premier est celui du bien. On possède le véhicule, c’est la voiture autonome à Bibi. Le second est celui du service : on se fiche de posséder une voiture, on veut juste se déplacer et la voiture autonome est une alternative aux transports en commun. Or, le service est aujourd’hui bien ancré dans le mode de consommation : Spotify, Netflix, abonnement à Amazon Prime, location de gros électroménagers, location longue durée de véhicule, Autolib, Vélib, etc…

Bref, on paie pour utiliser quelque chose et non pour posséder ce qu’on utilise. Il est donc logique de voir apparaître ce business modèle dans le déplacement. Après tout, c’est la bonne vieille carte orange RATP qu’on achetait chaque début de mois.

La législation

Le problème de la voiture autonome, c’est et ce sera la législation. Faire valider ce type d’engin prend un temps fou. Car non seulement l’ensemble des paramètres doit être parfaitement cadré, mais en plus, chaque élément de l’infrastructure comme chaque élément lié à la gestion autonome des engins doit être approuvé et conforme à une norme clairement établie et à une échelle internationale.

À titre d’exemple, en France, on ne peut lâcher les mains du véhicule en mode autonome plus de 3 minutes. Tesla par exemple a sa solution, avec une alerte une fois le temps écoulé et, en cas de non-respect, le blocage du système, là ou Audi lancera une alerte puis désactivera purement et simplement le mode une fois le temps écoulé. En revanche, on ne peut pas téléphoner au volant et cela, même pendant les 3 minutes d’autonomie du véhicule, puisqu’on doit être capable de reprendre le contrôle à tout moment. Ainsi, nous sommes en retard sur les Australiens par exemple, dont la National Transport Commission a mis en ligne un rapport PDF rempli de recommandations intéressantes dont une a fait le buzz récemment, autorisant une personne ivre à circuler à bord d’un véhicule 100% autonome ne nécessitant pas d’intervention humaine (donc de niveau 4 ou 5).

À échelle mondiale, les avancées sont toutefois enthousiasmantes. Les États-Unis ont décidé d’investir 4 milliards de dollars sur 4 ans, la Chine, comme nous l’avons vu plus haut, 13,5 milliards d’euros. Car c’est bien cette législation qui, adaptée aux véhicules autonomes, permettra à un pays d’être ou non leader dans le domaine.

En Europe, il aura fallu attendre mars 2016 pour la Commission Européenne des Nations Unies (UNECE) modifie le point 5 de l’article 8 de la convention de Vienne de 1968 qui stipulait que “Tout conducteur doit constamment avoir le contrôle de son véhicule ou pouvoir guider ses animaux”. Les systèmes automatisés sont désormais autorisés sur route sous réserve qu’ils puissent être désactivés par le conducteur. La vitesse minimum de 10 km/h n’est également plus à l’ordre du jour. Bref, le véhicule autonome peut être utilisé légalement sur route.

Mais ce n’est pas suffisant. Alors qu’Henrik I. Christensen, spécialiste de la robotique et des véhicules autonome a déclaré que selon lui, “les enfants nés aujourd’hui n’auront jamais à conduire une automobile”. Cela implique une refonte du Code de la Route, des panneaux de signalisation, des normes de sécurité actives et passives, et par voie de conséquence, du permis de conduire.

Enfin, dernier point et non des moindres : les assurances auto. Volvo a ouvert une voie et une brèche par la même occasion, puisque le constructeur prend en charge l’entière responsabilité d’un accident qui surviendrait pendant l’usage de leur mode autonome Autopilot. Une proposition qui rassure l’utilisateur. Cette stratégie risque bien de chambouler l’univers de l’assurance auto qui pourrait disparaître, du moins sous sa forme actuelle.

Vous l’avez compris, la législation avance à tatons, ce qui implique cette grande question du moment : la voiture autonome c’est pour quand ?