Dossier

Dossier Voiture autonome : le conducteur, une espèce en voie de disparition ?

La voiture autonome, c'est pour quand ?

Automobile

Par Djenuwine le

Une progression étape par étape pour garder le contrôle face à l’obsession du niveau 5

Une progression étape par étape pour garder le contrôle face à l’obsession du niveau 5
Allez comprendre pourquoi, on parle beaucoup de 2030. Une date qui sonne à la fois proche et éloignée. Mais ne rêvons pas. Non, la voiture autonome de niveau 4 ou 5 n’est pas pour 2030, c’est tout simplement impossible techniquement, humainement, économiquement et logistiquement : un tel bouleversement rendrait la circulation intercontinentale trop hétérogène. Bref, même si c’était possible, ce serait ingérable.

Mais ne pas atteindre ce niveau 5 est-il un souci ? Ce niveau est-il d’ailleurs nécessaire ? Non et la raison est simple. Depuis un moment on nous dit qu’il ne faut pas téléphoner, il ne faut pas manger, il ne faut pas être distrait, etc. au volant. Depuis des années des lois et des règles sont faites pour plier l’homme à la machine. Une machine qui a passé plus d’un siècle sans réellement évoluer. Le niveau 3 permet de calmer ces règles voire de les rendre inutiles. Si demain, toutes les voitures offrent une autonomie de niveau 3, alors on peut être certain de voir le nombre de morts sur les routes diminuer drastiquement.

C’est d’ailleurs une vision partagée par bon nombre de constructeurs et évoquée par Gill Prat, responsable du département recherche de la marque Toyota, au CES 2016 de Las Vegas. Selon lui, les niveaux établis par la SAE sont définis très grossièrement : une voiture autonome de niveau 4 permet au conducteur de devenir un passager à 100% en n’ayant plus à s’occuper de la route. Mais dans quelles conditions, sous quelle météo et dans quels lieux géographiques ?


Pourtant cette vidéo prouve qu’une voiture autonome de niveau 2 se débrouille parfaitement de nuit sous la pluie.

Il sera donc plus intéressant d’intégrer une phase de transition en banalisant le niveau 3, un niveau dont les besoins techniques sont largement plus abordables et réalisables que ceux des niveaux supérieurs. Un niveau qui est également “upgradable”, autrement dit, on peut faire passer un véhicule pensé pour au départ, en véhicule autonome de niveau 3. C’est déjà le cas de Tesla qui pour la bagatelle de 5600 euros permet d’activer le mode autonome de sa voiture. Nul doute que nous verrons arriver ce genre d’options très rapidement sur les véhicules actuels, car pour rappel, un véhicule à moteur thermique peut aussi être autonome (il n’a pas à rouler à l’électricité) du moment que la direction est électrique et que la boîte est automatique.

Concept Audi Icon : un intérieur épuré plus proche de celui d’un appartement que de celui d’un véhicule où le volant a totalement disparu.
La Smart Vision, petite bulle mobile autonome dédiée à la mobilité urbaine incarne l’idéal du concepteur de la Smart Nicolas Hayek.

Alors pourquoi cette obsession du niveau 5, celui qui laisse le véhicule autonome même en l’absence de passager, si ce dernier n’est pas un impératif ?
• Parce que c’est le niveau 5 qui permettra à des entreprises comme Uber de se positionner sur le marché de la mobilité, qui est 5 à 6 fois plus important que celui de la vente de véhicule ;
• Parce que conduire dans les grandes villes est devenu anxiogène, cher, voire impossible, créant une rupture de plus en plus importante avec la banlieue où vivent ceux qui travaillent en ville qui se retrouvent à utiliser deux modes de transport rallongeant le temps de trajet ;
• Parce que les réseaux de transports en commun sont saturés ;
• Parce que le sentiment de liberté que la conduite procurait avant n’est plus du tout le même aujourd’hui
• Parce que la future génération n’aura que faire de conduire tant qu’elle pourra se déplacer

La voiture autonome, ce rêve de l’homme moderne

Nous avons pensé aux prémices du net que la virtualisation du monde permettrait de s’affranchir de se déplacer. Mais c’est faux. Au-delà d’un besoin humain de bouger, le déplacement est encore nécessaire aujourd’hui, en plus d’être devenu l’une de nos principales sources de problèmes : économique, écologique, technique et physique (voyager ça fatigue, surtout lorsqu’on est actif). En combinant la transmission d’informations à la transmission d’humains, les véhicules autonomes devraient apporter une réelle solution aux déplacements en tenant compte de tous les paramètres cités.

En fait, la voiture autonome c’est ce rêve de l’homme moderne. Un homme qui, comme le dit Stephen Hawking, « n’a jamais eu autant de temps pour lui qu’aujourd’hui, mais curieusement, n’en a jamais autant manqué ». Le futur du déplacement c’est donc cette bulle de confort, loisir et détente qui me fait fantasmer chaque matin quand je prends ma voiture pour faire cette heure de route monotone, fatigante et lassante, heure que je perds à ne rien faire.

Ces millions d’heures épuisantes, d’accidents, de problèmes qui pourraient disparaître. Mais derrière ce rêve se cache une révolution industrielle, économique et sociale qui ne peut se dérouler simultanément dans tous les pays du monde, chose problématique pour l’automobile qui est un véhicule universel lui. C’est ce qui empêche le véhicule autonome d’être le Saint Graal de la mobilité.

Cependant, tout semble aller dans la bonne direction et l’enjeu est si colossal que les acteurs qui participent au développement de ce concept, dans son ensemble, avancent sur des oeufs. De toutes les façons, ils ont le temps, car ils sont bien plus en avance que les mentalités des utilisateurs ou les ressources techniques et humaines nécessaires au développement de la mobilité autonome. Or, ce sont eux qui feront de ce concept le succès de l’avenir ou le plus gros échec industriel de l’histoire. Espérons quand même qu’on optera pour le premier choix.