Dossier

Du papier à la perceuse : comment conçoit-on un escape game ?

Des envies et des contraintes

Chronique

Par Corentin le

Quand il s’agit de mettre en place des systèmes électroniques, de créer des programmes pour les différentes énigmes ou de remplacer de bêtes cadenas par des électroaimants, Epsilon Escape peut compter sur les talents de codeur et d’électronicien de Florent. Cet ancien employé du jeu vidéo code depuis très jeune. Il a participé à la conception de jeux sur PlayStation et GameBoy, jeux dans lesquels il voyait une notion d’artisanat qui ne le laissait pas indifférent. « On avait beau être dans le jeu vidéo, quand on recevait les cartouches c’était quand même quelque chose. Il y a une vraie satisfaction de recevoir le produit qu’on a aidé à créer de ses propres mains. »

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Et de ses mains, Florent s’en sert. Son bureau est recouvert de circuits imprimés et d’éléments électroniques voués à se retrouver dans les salles. Certaines énigmes du « Patient de la Chambre 8 » font appel à des panneaux de contrôles, des boutons, des écrans et de la connectique. Cette variété des éléments bloquants donne du corps à la salle. Elle participe grandement à l’immersion des participants et accentue l’impression d’être réellement enfermé dans la chambre d’un asile psychiatrique. Caroline décrit quant à elle des décors qui doivent non seulement participer à l’immersion, mais également à la façon dont les joueurs vont réfléchir pour passer les différents obstacles. « Pour ce qui est du décor, on est à mi-chemin entre un asile et l’image fantasmée qu’on se fait d’un asile. Ce qui est important, c’est que l’environnement et le design des énigmes fassent se dire aux joueurs : “Et si j’étais vraiment dans cette situation, qu’est-ce que je ferais ? ” »

Des envies, mais aussi de nombreuses contraintes

Un équilibre compliqué à obtenir dans le cadre d’une escape room franchisée. Ces salles se développant dans différentes villes sous la même enseigne répondent à des contraintes différentes en terme de design. Elles doivent être reproductibles, c’est-à-dire faciles à recréer, ce qui implique l’utilisation d’éléments simples et pas spécifiques à une région du globe (les escape games sont particulièrement populaires en Europe de l’Est et en Asie). D’après les fondateurs d’Epsilon Escape, escape game qui lui est indépendant, les enjeux ne sont pas les mêmes et cela peut brider la créativité quant à la création des décors et de la narration environnementale.

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D’autant que ce ne sont pas les seules astreintes auxquelles doivent se contraindre les concepteurs d’escape games. Ces derniers doivent notamment répondre à des normes dites « ERP » pour « Établissement recevant du public ». C’est pour cela que, par exemple, il n’est pas possible de faire ramper les joueurs dans un conduit d’aération pour leur faire résoudre une énigme. « Ce sont de vraies contraintes, explique Florent, toutes les salles doivent être conçues pour qu’elles puissent être faites par quelqu’un en fauteuil roulant. » Des règles qui vont à l’encontre des fantasmes les plus extravagants de Guillaume. « Évidemment, moi mon rêve, ça serait de pouvoir faire une escape room avec l’eau qui monte petit à petit. Ou avec le toit qui descend, comme dans Fort Boyard ! C’est quand même un loisir assez cher, on veut en mettre plein les yeux et que les gens en aient pour leur argent. »

En dehors de toutes les zones d’accueil du public, les éléments en pleine phase de fabrication jonchent le sol. Les outils sont disposés au centre des salles comme dans une maison que l’on est en train de retaper. « Au début, on trouve les locaux, on est tout content. Et puis après on se rend compte que de faire toute la décoration d’une salle, ça prend un temps fou, explique Guillaume. » La variété des éléments demande une logistique particulière. Au sous-sol se trouve notamment une salle indispensable : la salle des pièces de rechange. À l’intérieur, des pièces de rechange pour de nombreux éléments qui seront nécessairement détruits au passage d’une équipe. « On appelle ça des consommables, il faut les changer à chaque fois, précise Guillaume. » D’autres éléments, moins nombreux, car devant servir plusieurs fois, sont également rangés dans les étagères de la salle. On remarque notamment la même mallette, présente en de nombreux exemplaires. Cette dernière casse tout le temps forçant les propriétaires à en racheter régulièrement. Heureusement, Florent confie qu’il est sur le coup pour trouver une nouvelle solution plus créative, amusante et pérenne.

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La prochaine salle est évidemment en construction. Le thème est encore secret et même les game masters n’ont pas le droit de pénétrer à l’intérieur. Après tout, ils seront les premiers cobayes de Florent et de Guillaume. Le thème est encore inconnu, même si les game master m’ont confié avoir une petite idée de ce dont il s’agit. Ce qui est certain, c’est que l’histoire qui y sera racontée sera intimement liée à celle narrée dans le « Patient de la Chambre 8 ».

Merci encore aux équipes d’Epsilon Escape pour nous avoir accordé de leur temps !

Le site d’Epsilon Escape