Dossier

[Notre sélection] Le génie de Philip K. Dick en cinq films

... Et paranoïa

Cinéma

Par Henri le

A Scanner Darkly

Comme Ubik et consorts, le roman « Substance Mort » était réputé inadaptable. Richard Linklater s’y est pourtant essayé en 2006 avec le très intéressant A Scanner Darkly. Ce film d’animation porté par Keanu Reeves, Robert Downey Jr. et Wynona Rider étonne d’abord par sa mise en scène. Les acteurs ont en effet effectué des prises de vue réelles avant de voir l’image retouchée, ce qui donne au film un véritable cachet.

Fidèle à ses angoisses paranoïaques, Dick évoque ici l’incessante lutte contre le trafic de drogue aux États-Unis. Le policier Bob Arctor, spécialiste des missions d’infiltration, accepte de se glisser au sein d’un petit groupe de toxicomanes qu’il connait. Ces derniers sont quasiment tous accro à la Substance M, une drogue qui altère l’identité et rend ses consommateurs complètement amorphes.

Mais bientôt, sa hiérarchie, qui ne connait pas son vrai visage, lui demande d’enquêter sur lui-même. Débute alors une plongée dans l’absurde et la schizophrénie, accentuée par le fait que Bob est lui-même addict à cette substance.

Si l’intrigue n’est pas des plus simples à suivre, le film se veut une sorte d’allégorie des peurs de l’Amérique, qui a la fâcheuse tendance à créer des problèmes qu’elle se fatigue à combattre par la suite. Il faut être attentif, mais A Scanner Darkly nous emmène loin. Un film vraiment original, supporté par une excellente bande-son de Radiohead.

The Truman Show

The Truman Show fut l’un des films marquants de l’année 1998, et reste encore aujourd’hui un plaidoyer vivace sur l’avènement de la télé-réalité et la mise en scène médiatique. Peter Weir met son talent au service du scénario machiavélique d’Andrew Nichol, qui fait du spectateur du film un élément à part entière de l’intrigue.

Truman Burbank est un homme à qui la vie semble sourire. Il vit dans un beau pavillon situé dans une jolie station balnéaire, aime son travail et sa radieuse épouse Meryl. Mais malgré tout ce bonheur, il arrive que Truman se sente étranger à tous les gens qui l’entourent. Petit à petit, il commence à se demander s’il n’est pas observé. Mais par qui ? Et pourquoi ?

Le film de Weir tient en haleine et offre un rôle de choix à Jim Carrey, qui lui permet de sortir du registre comique dans lequel il s’était engoncé. L’acteur livre ainsi une de ses plus belles prestations et prouve à Hollywood qu’il n’est pas seulement un expert de la grimace. Il est cependant très bien entouré par Laura Linney et l’indétrônable Ed Harris, convainquant en gourou aux allures de Steve Jobs. Un drame visionnaire, qui ne fait pas ses vingt ans.

Total Recall

Librement adapté de la nouvelle « Souvenirs à vendre », Total Recall fait partie des films d’action/science-fiction les plus appréciés des années 90. C’est aussi une période faste pour Arnold Schwarzennegger qui enchaîne les succès avec Predator, Commando ou encore le cultissime Terminator 2. Paul Verhoeven livre une mise en scène spectaculaire pour l’époque, et décide de diluer l’atmosphère sérieuse des écrits de Dick avec une bonne dose d’humour. Il s’inspire d’ailleurs d’autres œuvres comme la loufoque « trilogie en cinq volumes » ou « Le guide du voyageur galactique » de Douglas Adams.

Il s’affranchit même de l’œuvre de Dick à partir de la moitié du film, en la noyant un peu sous un flot de scènes d’action, mais la brillante idée de base est bien celle de l’écrivain. Le film aborde aujourd’hui un aspect assez kitsch, mais l’ensemble reste très agréable à regarder. L’ancien culturiste affiche une bonhomie évidente tandis que Sharon Stone représente (une nouvelle fois) l’atout charme du film. Comme dans la nouvelle, on ne sait jamais vraiment ce qui appartient au rêve ou à la réalité. Total Recall permet également de constater les immenses progrès des effets spéciaux depuis ce temps. En effet, l’utilisation du numérique était encore assez limitée et le long-métrage avait pourtant réussi à impressionner la critique et les spectateurs. Un tour de force pour l’époque.

Nous aurions bien sur pu évoquer l’adaptation en série du Maître du haut château mais avons préféré nous focaliser sur les films. Les autres longs-métrages inspirés de l’oeuvre de Dick comme Paycheck ou Planète Hurlante n’étant pas franchement très réjouissants, nous avons choisi les meilleurs.