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[Dossier] Remake : retours opportunistes ou actes nécessaires de restauration ?

Un nouveau jeu ?

Par Gaylord le

Plus rares, quelques remakes jouent la carte de la superposition de la version retravaillée sur la version d’origine. Le fossé est purement visuel puisque les contrôles restent sensiblement les mêmes. Le remake joue complètement sur la nostalgie créée par l’effet avant/après. On retrouve pareille mécanique du côté de Monkey Island: Special Edition ou du très récent remake d’Halo 2 dans la compilation Master Chief sur Xbox One. Dans les deux cas on passe librement (d’une touche pressée) de la copie originale à la refonte graphique. Si le jeu de Ron Gilbert vise la transformation graphique complète (des pixels aux peintures), Halo 2 verse quant à lui dans la mise à jour discrète qui embellit nos souvenirs. Un acte nécessaire pour Dan Ayoub, producteur chez 343 Industries, qui se confiait lors de la sortie de la compilation à nos confrères de The Verge.

« Les joueurs conservent de bons souvenirs de leur session d’Halo et nous ne voulions pas gâcher ça […] Notre but était de rendre le jeu beau tout en étant le plus respectueux possible de l’expérience original. »

Jugez plutôt.

halo2

Loin de bouleverser ses fondamentaux, le remake vise ici la réhabilitation d’une certaine forme d’objectivité vis-à-vis de ce que notre mémoire peut être amené à déformer au fil du temps en termes de beauté réelle. On constate le même sentiment d’accomplissement en retrouvant le premier Oddworld dans sa version « New N’ Tasty » dont l’impressionnant travail de retouche des textures, les mouvements de caméra et les éclairages nous font complètement oublié la version initiale. Sans jamais trahir son gameplay, ni son humour.

Oddworld: New 'n' Tasty

Et si le remake, à force de digérer l’ancien pour créer un produit plus raccord avec nos exigences modernes, n’en venait pas à créer un jeu annexe ?

La question se pose pour une poignée d’entre eux qui pousse un peu plus (un peu trop ?) le travail de recréation. On pense tous très fort à Metal Gear Solid: Twin Snakes, remake du premier Metal Gear Solid sorti sur PlayStation Ses graphismes plus fins et ses mécaniques clairement empruntées à Metal Gear Solid 2 le transforment en un jeu hybride. On joue à la fois au premier épisode et à un jeu complètement différent. Difficile alors de conseiller tel ou tel épisode à un néophyte. Les fans vous invitent à débuter par l’œuvre initiale, puis, éventuellement, de vous laisser tenter par son remake, considéré alors comme une version alternative. Même s’il rafraîchit nos souvenirs et explore de nouvelles voies, le remake ne vise pas nécessairement le remplacement de l’ancien par le nouveau.

Dans une moindre mesure, la version GameCube de Resident Evil subit de telles transformations esthétiques que les passerelles entre l’œuvre originelle de Shinji Mikami et la relecture de 2002 ne sont plus aussi évidentes. Le jeu se dote de graphismes photoréalistes largement supérieurs à son modèle initial, sans compter sur l’ajout de nouvelles zones, armes et ennemis disséminés au cœur du manoir. Une pépite graphique encore à ce jour qui amène une autre façon de penser le remake : par le défi technique qu’impose un travail de relecture sur des machines plus puissantes. Du même coup on imagine difficilement le futur remake de Final Fantasy VII conserver les caméras fixes, les décors en 2D et les personnages SD de la version d’origine. À noter que cette porte ouverte par le fossé générationnel n’entraîne pas nécessairement des évolutions justifiées. On se souvient tous du cas Conker, qui troque une peu de son ton ironique pour du pur déballage technologique. L’ambiance est tout autre d’une version à l’autre.

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Bien évidemment, comme tout bon filon rentable sur la planète jeu vidéo, le remake a tendance à se décliner à toutes les sauces et pour n’importe quelle excuse. Nos éditeurs de jeux actuels ont compris son importance et n’hésitent plus à proposer des éditions Remastered ou Collection HD avec pour seule excuse le fait d’atténuer l’aliasing ou de proposer du 16/9 natif et du 60 images par seconde — quand il ne s’agit pas de proposer une « nouvelle façon de jouer » à l’aide d’une Wiimote ou d’un PS Move. Une certaine facilité qui tente vainement de masquer le trou béant de ludothèques modernes désespérément pauvres en termes de nouvelle sensation. On en vient à railler ouvertement la pratique lorsque l’écart entre la sortie de la version initiale et de sa version Remastered se compte en mois, à l’instar du récent The Last of Us. Est-ce que le jeu est plus beau, plus lisse, plus lumineux 13 mois après ? Oui, sans aucun doute (même si une vidéo comparative est toujours la bienvenue). Est-ce que le remake — pardon, le Remaster — était réellement nécessaire ? Non, à aucun moment. La démarche s’apparente clairement à un coup monté un peu vain de la part de Sony pour permettre de compter une exclu de plus dans son nouveau catalogue.