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[Dossier] Remake : retours opportunistes ou actes nécessaires de restauration ?

Une relecture bienvenue

Par Gaylord le

On dramatise mais cette délicieuse prise d’otage de notre passé ouvre heureusement la voie à une forme de remake nécessaire, basée sur la sauvegarde du patrimoine.

Disparu des circuits de distributions classiques, introuvable dans une version dématérialisée (ou alors piratée), c’est un véritable combat qui s’est engagé sur tous les fronts pour sauver le soldat Calavera. Auprès des ayant-droits, mais aussi d’un point de vue matériel pour décrypter les cassettes de l’époque et transposer son contenu sur nos machines modernes. L’idée même de ressusciter de Grim Fandango Remastered (si vous n’aviez pas encore deviné de qui il s’agissait — notre test ici) pose les bases d’un véritable travail d’archéologue. Travail rendu possible par l’envie conjugué de Disney, Double Fine et Sony de se lancer dans le remake d’une œuvre qui n’avait plus d’autre choix pour parvenir jusqu’à nous. Graphismes lissés, contrôles assouplis, vous n’en n’aurez pas plus. Juste une pépite du jeu d’aventure disponible à tous sans passer par la case eBay ou piratage. Toute l’affaire a été joliment contée en détail sur Polygon, pour les anglophones. Ou comment le remake peut aussi devenir un combat, un acte nécessaire de restauration et de conservation dans un monde jeu vidéo qui fonctionne beaucoup sur la lubie, la tendance éphémère, le clonage d’un concept fort à tout va.

calavera

Sommes-nous alors condamnés à tâter du remake à intervalles réguliers ?

Bien sûr, et nous ne devrions pas nous en inquiéter plus que ça. Dans un monde où le fossé graphique n’est plus aussi spectaculaire qu’il y a dix ou vingt ans, on ne peut s’empêcher de penser que la pratique tombe dans une caricature d’elle-même au moment où une poignée d’éditeurs décide de remaker en boucle des jeux récents à la structure encore bien solide. Le remake vaut mieux que ça. Sa pratique reste tout à fait légitime dans une industrie qui mise tout sur un premier contact visuel. Il faut simplement vivre avec, faire le tri entre ceux qui sont dépourvus d’enjeux et ceux qui visent autre chose que le retour opportuniste. Ceux qui ne se cantonnent pas à être seulement plus beau ou plus jouable, mais qui visent quelque chose de plus grand comme l’accessibilité au plus grand monde, la relecture sous un nouvel éclairage ou la conservation d’un patrimoine. Ceux-là méritent toute notre attention, même si d’autres, faute d’être nécessaires, proposent tout de même quelque chose de très attractif. Quel que soit sa portée, le remake est installé dans nos habitudes. À nous d’y voir quelque chose de plus cohérent vis-à-vis de nos souvenirs de joueur et des œuvres qui joncheront notre parcours.