Dossier

Notre sélection des 10 meilleures comédies françaises de ces trente dernières années

De la 10e à la 7e place

Cinéma

Par Julien Paillet le

10. Bienvenue chez les Ch’tis – 27 février 2008

Bienvenue chez les Ch’tis, c’est d’abord le film de tous les records. En cumulant plus de 20 millions d’entrées (précisément 20.435.557 spectateurs), le métrage a littéralement explosé le record de 14 millions, détenu jusqu’alors par La Grande Vadrouille de Gérard Oury. Un record qui à l’époque, avait dopé à lui seul l’ensemble du cinéma français. La fréquentation des salles avait en effet augmenté de 49,1 % en 2008, par rapport à 2007. Des chiffres colossaux.

Mais au-delà de son imposant succès, que dire du film lui-même ? Il est impossible de balayer d’un revers de manche l’ahurissante ascension économique du métrage et le véritable phénomène populaire qu’il est devenu.  Mais il est tout aussi impossible d’affirmer que cela n’est que hasard. Le film de Boon est d’abord un film parfaitement maîtrisé dans son écriture. Bien qu’il soit dénué d’une véritable tension dramatique et d’enjeux forts, le métrage réussit indéniablement à amener le spectateur dans son univers par le biais de son personnage principal venant du Sud.

Toute la caractérisation du Nord est brillamment amenée. L’humoriste traitant sa région comme un film quasi-fantastique (les trombes d’eau surréalistes lors de l’arrivée de Philippe Abrams/Kad Merad, le décor gris et froid évoquant presque le village de Nosferatu…) et parvient à créer un jeu de contraste jouissif entre les premières minutes de son métrage et ce qui s’ensuit.

Bienvenue chez les Ch’tis propose enfin un sous-texte social avec un personnage (Kad Merad) de classe moyenne apprenant les valeurs d’un groupe de personnages de classe populaire.

L’accent Ch’ti devenant finalement le vecteur de la conversion du héros en homme “vrai”. C’est à dire en protagoniste qui épouse les codes du peuple du Nord et qui apprend, en même temps qu’un langage qui lui est étranger, une nouvelle vision du monde. Celle de la classe populaire, certes plus rustre, mais décrite chez Boon comme plus authentique que la classe moyenne. Les Tuches sauront s’en souvenir.

“Je voudrais la création d’un César de la meilleure comédie”, avait déclaré sur RTL Danny Boon lors de son boycott pour les Césars en 2009. «Il faut aussi savoir reconnaître le succès d’un film», avait-il ajouté, soulignant-là les oppositions bien ancrées entre un cinéma populaire fonctionnant sur le plan commercial et un cinéma dit élitiste bien souvent incompris. Dans un communiqué, le conseil d’administration des Césars s’était de son côté expliqué en ces termes face à la demande et aux réprimandes de Danny Boon :

«Lors de sa séance du 6 novembre 2009, le Conseil d’Admi­nis­tra­tion de l’Académie des Arts et Tech­niques du Cinéma a débattu de la création d’un César supplémentaire pour les films ayant réalisé un grand nombre d’entrées en salle. Aucune des propositions étudiées n’ayant été retenues, le Conseil a décidé à l’unanimité de ne pas modifier le nombre et le mode d’attri­bu­tion des vingt trophées pour la Céré­mo­nie 2010 »

Pas sûr que dix ans après la sortie de Bienvenue chez les Ch’tis les choses aient réellement changé.

9. Bernie – 27 novembre 1996

Premier film pour Albert Dupontel. L’artiste français incontournable n’aura ensuite de cesse de proposer des projets aussi fous qu’en marge du reste du tout-venant de la production française. Avant de mettre en scène Enfermé dehors, Le créateur ou encore Au revoir là-haut, l’acteur-cinéaste réalisait ainsi Bernie. L’histoire d’un orphelin âgée de 30 ans décidant de partir à la recherche de ses origines. De ce postulat de départ, Dupontel en tire une sorte de quête hystérique à la fois drôle, poétique et dérangeante.

“Bernie est une farce, plus agressive, plus violente dans la forme et le fond”, déclarait le réalisateur lors d’une interview publiée sur le site de L’ouvreuse. Ces mots résument assez bien ce qu’est fondamentalement Bernie. À savoir une oeuvre transgressive, que son faible budget rend encore plus ‘’rugueux’’ et organique. En suivant le parcours d’un marginal névrosé répandant la violence sur son passage, Dupontel semble organiser un règlement de compte avec le monde et la société occidentale.

On retiendra parmi les moments les plus mémorables du film, cette cartouche de fusil à pompe assénée en plein visage d’un député, ou encore les différents coups de pelle reçus par une femme de service dans la tête.

Le dernier acte du métrage évoque quant à lui une sorte de Pierrot le fou et de Bonnie and Clyde façon Sam Raimi des débuts, couplés à une certaine mentalité anarchiste que l’on pourrait rapprocher, en terme de liberté, à celle d’un Gaspard Noé (Carne, Seul contre tous, Enter the void,…).

Durant le film, on peut entendre la réplique suivante : “C’est la société qu’est bien foutue. Ils mettent des uniformes aux connards pour qu’on puisse les reconnaître”. Une réplique radicale pour un film qui l’est tout autant.

8. La cité de la peur – 9 mars 1994

Dans les années 80, Alain Chabat, Chantal Lauby et Dominique Farrugia forment un trio d’humoristes à la télévision plus connu sous le nom Les Nuls. Après avoir réalisé des fausses publicités, des parodies et des sketches en tout genre, les trois personnalités, alors au sommet de leur popularité, effectuent le grand saut de la petite lucarne au grand écran. L’expérience accumulée avec la création de concepts tous plus drôles et fous les uns que les autres pour Canal Plus est mise à profit: le trio créé, avec le réalisateur Alain Berbérian, une œuvre hors norme.

La Cité de la peur se caractérise dans un premier temps par un humour particulier qui en décontenança plus d’un à sa sortie. Le scénario jouant en effet en permanence avec le décalage et l’absurde dans un monde à la fois très proche du nôtre (même époque, même pays) et totalement transformé par Chabat et ses partenaires (les seize sucres dans le café, la photo du chien confondu avec un projectionniste décédé…). Comme si le spectateur se trouvait plongé dans une dimension parallèle complètement loufoque où les règles les plus élémentaires de logique avaient été abolies.

Mais la grande spécificité du métrage, c’est sans doute son caractère méta. Méta-réflexif, le film l’est ainsi à plus d’un titre. Le film propose effectivement un jeu permanent avec le cinéma. Lors de la séquence de la montée des marches au Festival de Cannes, le montage de la scène ajoute un effet de ralenti. Lorsque celui-ci s’achève, l’un des commentateurs continue de s’exprimer au ralenti.

Ce à quoi sa collègue répond : «Arrêtez Jean, c’est fini ». Le film se met lui-même en abyme par le biais de ses personnages parfois conscients qu’ils se trouvent dans une fiction. Un humour qui semble par conséquent libéré du médium même dont il est issu.

Enfin, le métrage est évidemment un hommage aux différents genres cinématographiques dont Alain Chabat a toujours été un fervent admirateur. Santa et cie, avec son mélange de contes de Noël pour enfants, de comédie fantastique à l’américaine et de film d’auteur français à tendance sociale en est le parfait exemple. Le slasher, le polar, la comédie absurde,…tous se côtoient ainsi joyeusement. La densité dont fait preuve La Cité de la peur en terme de références et d’influences au 7e art a finalement peu d’égal dans le paysage audiovisuel français. Preuve en est, le générique de fin du métrage qui rend encore plus foisonnant l’humour méta du film en inscrivant notamment « Gérard Lanvin coupé au tendon sinon il était dans le film ». Pas si mal pour un film de Nuls.

7.La Tour Montparnasse infernale – 28 mars 2001

En mélangeant diverses influences, du cinéma hollywoodien à grand spectacle à l’humour de sitcom façon H (la série télévisée), La Tour Montparnasse infernale est une succession de séquences anthologiques aussi débiles que jouissives. On pense bien évidemment par exemple à cette parodie de Matrix où le duo de comiques reprend la célèbre scène où Néo esquive en bullet time des balles de revolver en se penchant en arrière. Ou encore ce passage citant Bruce Lee et le mythique combat du Jeu de la mort opposant la star asiatique à Kareem Abdul-Jabbar.

Empruntant beaucoup au chef-d’œuvre des frères Farelly, Dumb et Dumber, La Tour Montparnasse infernale vaut bien plus que son image de petit plaisir coupable. En convoquant à peu près tous les styles d’humour cinématographiques, Eric et Ramzy et le réalisateur Charles Nemes parviennent à créer une sorte de comédie ultime sans cesse surprenante et profondément attachante pour peu que l’on soit réceptif à la crétinerie assumée du script. On y croise ainsi du burlesque, du slapstick, de la parodie, du pastiche, du comique de mots… Le tout mixé dans une ode à la bêtise ne flattant sans doute pas assez l’égo de toute une élite culturelle française pour qu’elle puisse reconnaître le talent du duo de comique.

Pour toute une génération pourtant, le premier effort d’Eric et Ramzy sur grand écran est une œuvre culte. Sortie dans un contexte historique favorable à l’accueil d’un projet aussi insouciant que régressif (dans le bon sens du terme), La Tour Montparnasse infernale est, avec Brice de Nice et La Beuze, symptomatiques de la France apaisée du début des années 2000 alors championne du monde de football 3 ans plus tôt. Avec 2 millions d’entrées, le métrage marquait ainsi l’apogée du « mythe de la France black-blanc-beur ».

Finalement, il est plutôt cohérent, dans ce contexte, que la suite du film, La Tour de contrôle 2, se déroule non plus au sommet de la capitale, mais dans un aéroport lugubre mis en scène dans une ambiance nocturne parfois à la limite du cauchemar absurde. On pense ainsi davantage à la série Platane et son univers plus malaisant que réellement amusante (façon Ricky Gervais) qu’au film original d’Eric et Ramzy. À croire que le duo de comiques aura, en deux décennies, dépeint les deux facettes d’un pays autrefois insouciant et désormais profondément désenchanté. A chaque époque, ses héros.