Dossier

Notre sélection des 10 meilleures comédies françaises de ces trente dernières années

Le Podium tricolore

Cinéma

Par Julien Paillet le

3. OSS 117 – 19 avril 2006

Les deux opus réalisés par Michael Hazanavicius ont marqué le cinéma français des années 2000. En offrant à Jean Dujardin l’un des rôles de sa vie, le réalisateur du Redoutable a fait de son personnage d’espion franchouillard une figure culte désormais bien ancrée dans la culture populaire hexagonale.

En renvoyant autant au Jean Paul Belmondo période Le Magnifique qu’au James Bond de Ian Fleming, OSS 117 fait de son protagoniste une véritable icône de la comédie moderne. L’un des exploits que parvient à accomplir le film, c’est effectivement de faire évoluer son récit dans un univers mythologique à la fois connu et nouveau aux yeux du spectateur. Tout le génie d’Hazanavicius résidant ici, dans ce talent pour le pastiche, cette manière de reproduire de célèbres codes cinématographiques pour mieux les détourner. Et ainsi créer quelque chose d’original et profondément moderne. Comme Tarantino dans une autre mesure, qui en recyclant sa cinéphilie, semble pourtant tout inventer.

Il faut aussi noter ce talent pour la reconstitution historique, à la fois celle, diégétique, du récit se déroulant dans une époque passée, mais aussi celle des méthodes de fabrication d’un film des années 50-60. Encore plus que dans Le Caire Nid d’espions, Rio ne répond plus fait preuve d’une virtuosité dans la mise en scène qui met à l’amende la grande majorité des productions françaises. On retrouve ainsi une utilisation intelligente du split-screen et de cadres plus chargés et colorés que dans le premier volet réalisé par Hazanavicius. Du pur cinéma référencé, bien fabriqué, et n’oubliant à aucun moment de se trouver une réelle identité.  

2. Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre – 30 janvier 2002

Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre sort en 2002 et devient un succès populaire immédiat. Pourtant, avec le recul, on ne peut que constater que le film possède les qualités de ces défauts, à commencer par ses nombreuses blagues aujourd’hui plus ou moins datées. Si lors de la sortie en salle de cette suite du Astérix de Claude Zidi, le gag sur Iténeris fonctionnait à merveille, il est plus compliqué d’en dire autant aujourd’hui où le service de téléphonie mobile n’existe plus au profit d’Orange. Cependant, comment ne pas encore être conquis par d’autres références, plus intemporelles et créant ce fameux décalage dans la tonalité propre à l’esprit des Nuls, telles que cette séquence citant Star Wars où Dieudonné déclare, dos à la caméra avec un casque évoquant Dark Vador : « Nul ne peut bafouer l’empire ! Quand on l’attaque, l’empire contre attaque » (musique de Williams à l’appui).

Mais là où le film se fait le plus impressionnant, c’est bien dans sa nature de blockbuster français n’ayant pas grand-chose à envier dans sa mise en scène à un long métrage hollywoodien. Chabat parvient à parfaitement recréer toute la folie de la bande dessinée d’origine en utilisant intelligemment ses effets spéciaux et son budget pharaonique (le plus cher accordé à l’époque pour un film tourné en langue française). En découle alors une sorte de cartoon live spectaculaire à mi-chemin entre les Monty Python et un pastiche de péplum façon Cécile B. DeMille. L’ampleur du métrage est, à sa sortie, inédite.

Sous un regard plus théorique, le film est également une métaphore du cinéma où le peuple gaulois, qui symbolise la France, remporte le défi impossible lancé par Cléopâtre de construire un palais en l’espace de trois mois pour prouver à César (l’incarnation de l’Empire, qui peut être vu ici comme l’allégorie de l’entertainment américain) la puissance de la civilisation égyptienne. De plus, la reine incarnée par Monica Bellucci évoque ici la figure du producteur tandis que les personnages des Gaulois font penser à l’équipe du film devant terminer un projet colossal dans des délais impartis. Quant à Alain Chabat/Jules César, il occupe un rôle ambivalent. Celui d’un empereur/réalisateur se regardant se défier lui-même et perdant une bataille fictive pour mieux remporter un combat quant à lui bien réel. Mission Cléopâtre fit exploser le box-office avec 14 559 509 entrées en France.

C’est sans doute la meilleure adaptation du petit Gaulois moustachu créé par Uderzo et Goscinny à avoir vu le jour avec le dessin animé Les douze travaux d’Astérix.

1. Les visiteurs – 27 janvier 1993

L’année 1993 fut, pour le cinéma français, l’occasion de voir naître une petite comédie fantastique qui allait, sans prévenir, marquer durablement le box-office et la culture populaire hexagonale. Avec plus de 13 millions d’euros engendrés, Les Visiteurs est encore à ce jour l’un des plus gros succès de toute l’histoire du cinéma français (juste derrière le Astérix de Chabat et juste devant Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu ?). 

Dans sa critique du 29 janvier 1993, Claude Baignières ne semble pourtant pas aussi convaincu par le métrage que les spectateurs de l’époque. L’homme déclare en effet: “De mémoire de cinéphile, on n’a jamais vu le cinéma français investir autant d’argent dans un film qui n’est, somme toute qu’une bonne grosse farce” Malgré tout, le critique reconnaît les qualités du réalisateur Jean-Marie Poiré. Selon lui, le cinéaste “nous livre des images époustouflantes sur un rythme truculent”. Une manière comme une autre de nuancer une pensée globalement négative.

Merci la gueuse. Tu es un laideron, mais tu es bien bonne”, “Mais qu’est ce qu’elle a cette conne à me parler de papa ?” ou encore “Que trépasse si je faiblis” sont autant de répliques à jamais ancrées dans la conscience collective française. Ce sens du dialogue, du rythme et de la réelle folie du film (Clavier semble totalement possédé dans le rôle de Jacquouille et le montage du film va à cent à l’heure) on le doit au duo de scénariste Jean-Marie Poiré/Christian Clavier, déjà responsable quelques années plus tôt de L’opération Corned-Beef et de Papy fait de la résistance (avec Martin Lamotte à l’écriture également).

La force du film réside quant à elle dans le concept même de l’oeuvre, tenu de la première à la dernière minute. Cette idée, c’est celle de jouer sur le décalage humoristique entre deux époques, en l’occurrence le Moyen-Age et la France des années 90. Si Star Trek IV : Retour sur terre, sortie plusieurs années avant Les Visiteurs, utilisait déjà ce sujet en envoyant Spoke et Kirk sur la terre en 1986, le film de Poiré parvient à littéralement transcender le concept au travers d’un enchaînement de gags phénoménaux et d’une musique fabuleuse signée Eric Lévi. Culte.

 

Même s’ils n’ont pas été retenus pour ce classement, on retient également :

Didier et Santa et cie d’Alain Chabat
Babysitting 2 de Philippe Lacheau et Nicolas Benamou
Rock n’ Roll de Guillaume Canet
Brice de Nice de James Huth
Les 11 commandements de François Desagnat et Thomas Sorriaux
La vérité si je mens 2 de Thomas Gilou
Jean Philippe de Laurent Tuel

Mention spéciale à Taxi de Gérard Pirés