Dossier

Notre sélection des 10 meilleurs films de Steven Spielberg

Blockbusters terminaux

Cinéma

Par Julien Paillet le

Minority Report – 2 octobre 2002

Thriller prodigieux, Minority Report est sans doute le meilleur film d’anticipation contemporain jamais réalisé avec le Blade Runner de Ridley Scott et Les fils de l’homme d’Alfonso Cuaron. Ressemblant à une sorte de La mort aux trousses version SF, le film ne convoque pas seulement les influences de Hitchcock et Philip K.Dick. Il se nourrit également de toute la maturité artistique de Spielberg acquise jusqu’à présent pour mieux interroger la question du libre arbitre et du déterminisme.

En découle une oeuvre fulgurante, portée par l’une des meilleures histoires que Spielberg ait filmé et quelques uns des morceaux de bravoure les plus hallucinants jamais filmés par le cinéaste. Il faut notamment se rappeler de cette course poursuite aérienne (dix minutes totalement affolantes) clôturant le premier acte du film ou encore ce flashback tétanisant où le personnage incarné par Tom Cruise (parfait face à Colin Farrell en faux méchant) s’aperçoit qu’il vient de “perdre” son fils à la piscine publique. Du classique instantané.

La guerre des mondes – 28 juin 2005

Peut être le plus grand film catastrophe sorti à ce jour. En dépit de son dernier acte en huis clos certes exceptionnel, et allègrement repris par 10 Cloverfield Lane, mais annihilant quelque peu le crescendo dramatique jusqu’alors amorcé, La guerre des mondes ne manque guère de toucher au chef d’oeuvre. Un peu à la manière du sublime Il faut sauver le soldat Ryan qui, après son ouverture mémorable (la fameuse séquence du Débarquement), n’arrivait jamais plus à atteindre une telle intensité.

Cette nouvelle version du roman de H.G Wells ne doit pas tant sa réussite à sa vision post 11 septembre 2001 de l’Amérique (une analyse applicable à quasiment tous les blockbusters hollywoodiens à être sorties les années suivants l’attentat) qu’au réalisme impressionnant de sa mise en scène. En revenant un peu en arrière, il faut se souvenir des sensations littéralement stupéfiantes procurées par les images de Spielberg et du chef opérateur Janusz Kaminski. La bande annonce ne dévoilant absolument rien de clairement identifiable des séquences les plus marquantes. La figure de l’envahisseur est d’ailleurs demeurée invisible du marketing. 

Les effets spéciaux signés ILM étant particulièrement immersifs, le film se vivait cramponné à son fauteuil à la manière d’un Gravity ou d’un Mad Max : Fury Road.

Enfin, l’oeuvre avait l’extrême intelligence de ne pas seulement parler de son pays, contrairement à ce que certaines critiques un peu étriquées avait pu écrire à l’époque, pour mieux s’étendre, comme son titre l’indique, au monde. Le métrage de Spielberg évoquait dès lors l’Histoire de l’humanité sous ses heures les plus sanglantes et ténébreuses (de la première guerre mondiale au Vietnam en passant par les conflits les plus contemporains) à travers des passages visuellement écrasants de spectaculaire : la première attaque des tripodes, l’attaque du bateau, l’assaut sur la colline,…. Hors du commun.

Jurassic Park – 20 octobre 1993

En dehors de la popularité sensationnelle du film auprès du public, Jurassic Park est une date dans l’Histoire du cinéma et des effets spéciaux. C’est à partir du travail expérimental effectué sur le film que George Lucas donna par la suite naissance à sa prélogie Star Wars et que Le Seigneur des anneaux de Peter Jackson vu le jour. Si d’autres réalisateurs avaient déjà ouverts la voie aux images de synthèses bien avant Spielberg (Cameron sur Abyss ou Terminator 2 pour citer de célèbres exemples), c’est le réalisateur américain avec Jurassic Park qui permit aux autres cinéastes de désormais pouvoir penser plus largement leur vision créative. En effet, les metteurs en scène réalisèrent alors que leurs plus grands fantasmes liés à l’imaginaire, auparavant impossibles à matérialiser à l’écran, étaient maintenant envisageables.

Jurassic Park demeure encore à ce jour le meilleur opus de la saga, loin devant l’impersonnel métrage de Colin Trevorrow (Jurassic World). Beaucoup plus qu’un simple divertissement à la technicité irréprochable (les images de synthèses font toujours autorités aujourd’hui), le blockbuster est aussi une formidable réflexion sur l’industrie du divertissement (Westworld s’en souviendra à merveille) et du cinéma auquel s’ajoute un propos sur la théorie du chaos et le déterminisme. Brillant à plus d’un titre, donc.