Dossier

[Sélection] Les 12 bandes dessinées qui ont marqué ce début d’année 2018

Les One Shot

bande dessinée

Par Jules le

La Tomate (One Shot)

Soyons honnêtes, La Tomate brille plus par son dessin que son histoire. Le one shot de Anne-Laure Reboul et Régis Penet entraîne le lecteur dans une société dystopique où tous les symboles de l’ancien temps doivent être détruits. Les habitants sont classés par caste et doivent remplir un rôle bien précis. On suit alors le quotidien d’Anne Bréjinski, un agent chargée de la destruction des objets issus d’une autre époque. Lors d’une mission, elle tombe sur un sachet de graines de tomates, et plutôt que de mener à bien sa tâche, elle va décider de cultiver le rarissime fruit. Un défi contre l’autorité en place qui ne va pas rester inaperçu bien longtemps. Face à un tel scénario, les amateurs de science-fiction ne pourront s’empêcher de penser à Fahrenheit 451. Et on les comprend tant ce dernier est proche de l’univers imaginé par Ray Bradbury. Heureusement, le classicisme de l’intrigue de La Tomate est rehaussé par le coup de crayon de Régis Penet qui arrive à retranscrire parfaitement l’ambiance aseptisée d’une dictature à l’aide d’un trait fin, anguleux et d’un choix de couleurs majoritairement froides.

La Tomate, par Anne-Laure Reboul (scénario) et Régis Penet, chez Glénat. Sorti le 24 janvier, 19,50 euros.

La Valise (One Shot)

Alors c’est l’histoire d’un mec… Ou plutôt d’une femme. Cette femme possède une valise magique. Cette dernière peut transporter tout et n’importe quoi, mais essentiellement des familles entières. Cette femme fait office de passeur, permettant aux opprimés de fuir la dictature qui sévit dans les environs. Mais en contrepartie, elle réclame des années de vie pour garder une jeunesse éternelle. Inutile de dire que cette valise va attirer les convoitises, notamment de la résistance qui y voit le bon moyen de renverser le régime totalitaire local. Contrairement à La Tomate, La Valise se démarque autant sur son récit que via son style graphique. Diane Ranville mélange avec justesse réalité sociétale et mythe fantastique. C’est pourtant dans son dessin que La Valise puise toute sa force. Le boulot abattu par Morgane Schmitt Giordano et Gabriel Amalric est un régal pour les yeux. Chaque groupe présent dans l’histoire possède son propre code de couleurs et le style s’inspire allègrement de l’esthétique de la propagande et de l’art déco.

La Valise, par Morgane Schmitt Giordano (scénario, dessin), Diane Ranville (scénario) et Gabriel Amalric (dessin, couleur), chez Akileos. Sorti le 31 janvier, 17 euros.

Metal Gear Solid : Project Rex (One Shot)

Lorsque le jeu vidéo sort de son cadre, c’est bien souvent pour aller se perdre au cinéma dans des adaptations qui, pour rester poli, sont fréquemment en deçà des attentes des fans. Pourtant bien des titres vidéoludiques reprennent les codes du 7e Art pour leur propre narration et mise en scène. L’un des exemples, si ce n’est le plus bel exemple de ce flirt culturel est la saga Metal Gear Solid. Véritable cinéphile, Hideo Kojima a distillé sa passion pour le cinéma dans la création de l’une des licences les plus populaires du jeu vidéo. Si l’on a pu penser un instant que les MGS trouveraient leur chemin vers le grand écran, c’est contre toute attente la bande dessinée, via les éditions IDW, qui récupère les droits d’adaptation du premier opus de la saga. Et là où un Uwe Bowl est incapable de livrer une déclinaison cinématographique correcte, faute de respecter le cinéma et le jeu vidéo, Kris Oprisko a su se réapproprier l’oeuvre d’Hideo Kojima pour en extraire l’essence et l’adapter aux codes du comics. Non content de faire face à une intrigue intelligente (merci Kojima) et plus abordable sans être simplifiée (merci Oprisko), le lecteur est transporté dans sa lecture par le style graphique atypique et halluciné de Ashley Wood (Automatic Kafka). Une excellente adaptation qui plaira autant aux fans qu’aux étrangers de l’univers de Kojima, désormais disponible en français grâce aux soins de Mana Books.

Metal Gear Solid : Project Rex, par Kris Oprisko (scénario) et  Ashley Wood (dessin), chez Mana Books. Sorti le 7 février, 18 euros.

24 Heures de la vie d’une femme (One Shot)

À l’heure où la parole des femmes se libère, et que les nouveaux enjeux du féminisme sont dans tous les esprits, l’adaptation graphique par Nicolas Otero du roman 24 heures de la vie d’une femme de Stefan Sweig trouve un écho tout particulier. Il faut dire que l’ouvrage de l’écrivain autrichien dépeint avec brio une journée dans la vie d’une femme libre à une période où l’émancipation de la femme était encore à construire. Malgré un récit transpirant de modernisme, Nicolas Otero ne s’est pas contenté de la solution de facilité en offrant simplement un coup de crayon au récit de Stefan Sweig. Il l’a retouché à sa sauce afin de la rendre plus contemporaine. La Riveria méditerranéenne des années 30 cède sa place à la Californie des 80’s. Le narrateur qui recueillait le souvenir émouvant et romantique d’une dame âgée devient un écrivain en manque d’inspiration. Mais ces changements n’entament en rien la narration prenante de 24 heures de la vie d’une femme, qui se trouve ici sublimée par une mise en scène faisant la part belle aux grandes cases.

24 heures de la vie d’une femme, par Nicolas Otero, chez Glénat. Sorti le 28 février, 19,50 euros.

Anthologie DoggyBags (One Shot)

Le meilleur du pire. Voilà comment l’on peut définir l’imposante anthologie DoggyBags disponible chez Ankama. Le “meilleur” car le label 619 a demandé aux lecteurs de voter pour les 10 histoires les plus trash, cool et surtout à même de figurer dans ce recueil de 368 pages, parmi toutes celles publiées dans les 13 volumes de la saga. Le “pire” car avec Doggybags, le label 619 rend un hommage vibrant aux pulps violents, crasseux et horrifiques. 10 histoires, pour 10 styles graphiques différents qui magnifient un roadtrip visuel aussi violent que délirant. Un ouvrage qui siéra aussi bien aux connaisseurs (ils sont en partie responsable) qu’aux néophytes en manque d’oeuvres subversives.

Anthologie DoggyBags, par le Collectif 619, chez Ankama. Sorti le 9 mars, 29,90 euros.

A.D. After Death (Intégrale)

S’il est un ovni dans cette sélection, il s’agit incontestablement de A.D. After Death. Déjà dans sa mise en page puisque l’oeuvre de Snyder Scott et Lemire Jeff tient plus du roman graphique en faisant la part belle aux longs textes. A.D. After Death semble effectivement se servir du dessin comme de rares pauses visuelles dans la lecture. Non content d’être particulièrement verbeux, A.D. After Death se livre au lecteur de manière déconstruite. La narration est éclatée, avec une timeline volontairement floue et une utilisation régulière du flashback. Finalement, c’est dans son propos que A.D.After Death surprend le plus. Ce qui peut apparaître au début comme une autobiographie fictive de l’auteur se transforme rapidement en oeuvre SF offrant une réflexion intelligente sur notre perception du temps qui passe.

A.D. After Death, par Snyder Scott (scénariste) et Lemire Jeff (dessin), chez Urban Comics. Sorti le 23 mars, 22,50 euros.