Dossier

Sélection : Quand les remakes sont meilleurs que les films originaux

Quand l’élève...

Cinéma

Par Henri le

Scarface – (1932/1983)

Scarface fait partie des premiers succès d’une longue liste de chef-d’œuvre signé Howard Hawks. Sortie en 1932, il retrace l’épopée du crime de Tony Camonte, petit malfrat opérant à Chicago lors de la prohibition. Après avoir abattu son propre patron, il devient le garde du corps de son rival, Lovo, et tombe amoureux de sa femme Poppy. Trop protecteur avec sa sœur Cesca, il lui interdit tout rapprochement sentimental.

Pour lui et son compagnon Guido, une montée en puissance s’amorce au sien du gang. Véritable classique du film de gangsters, ce film vieux de 86 ans a conservé une vraie fraîcheur, notamment grâce à la prestation hallucinée de Paul Muni. Les scènes d’action détonnent encore aujourd’hui, ce qui souligne la maîtrise et la rigueur techniques de Hawks.

Cinquante ans plus tard, Brian de Palma se lance dans un remake et immortalise le titre du film auprès du très grand public. Camonte s’appelle désormais Montana, la cocaïne a remplacé l’alcool, le soleil de Floride a chassé la brume de Chicago, mais le canevas narratif est sensiblement le même.

Les mimiques et la nervosité du jeune Al Pacino s’apprêtent à marquer plusieurs générations de spectateur, tout en dessinant le nouveau visage du truand moderne. Le réalisateur y tisse aussi une réflexion sur la face sombre du rêve américain, où le crime ne paie pas toujours.

 

Infernal Affairs/Les Infiltrés – (2002/2006)

Meilleur Polar de l’année 2002, Infernal Affairs rappelle aux cinéphiles que les Hongkongais savent vraiment y faire. C’est d’ailleurs pour cela que certains le préfèrent encore à son fantastique remake. Placé là par le patron des triades, Ming travaille comme une taupe dans la police de Hong Kong. De son côté, Yan fait la même chose chez les truands. Fatigués par leur double vie, ils aimeraient tous deux décrocher. Mais quand ils sont tous les deux démasqués, un jeu dangereux se met en place.

Porté par un Andy Lau et Tony Leung au meilleur de leur forme, le polar ne laisse pas le spectateur respirer une minute. En tissant finement le portrait de deux hommes piégés par leurs missions, il met en place un scénario simpliste, mais ouvert à de nombreuses ramifications. En résulte un film noir qui envoie valser Volte/Face et consorts et donne une belle leçon de cinéma aux USA.

Mais le succès du film n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, loin de là. Enthousiasmé par le long-métrage, Martin Scorsese y voit un moyen de déployer tout son amour pour les films de gangsters. Et il ne fait pas les choses à moitié. Doté d’un casting fabuleux, composé de Leonardo DiCaprio, Jack Nicholson (immense), Matt Damon et Mark Wahlberg, Les Infiltrés reprend la dualité presque géométrique de l’œuvre originale, et l’applique au milieu de la pègre de Boston.

Il y ajoute une mise en scène pleine de panache tout en conservant le rythme fou du scénario. Perfectionniste, il peaufine l’aspect tragique de son histoire pour lui donner encore plus de profondeur. Les acteurs, qui représente la crème d’hier et d’aujourd’hui, font le reste.

Le Salaire de la Peur/Sorcerer – (1953/1977)

Henri-Georges Clouzot est considéré comme un des plus grands réalisateurs français. Avec Le Salaire de la peur, sorti juste avant Les Diaboliques (son chef-d’œuvre ?), il démontre sa maitrise de la mise en scène et de la narration. Les critiques ne se sont pas trompés puisqu’il remportera la palme d’or et l’ours d’or de l’année 1953. Basé sur le roman éponyme de Georges Arnaud, le long-métrage raconte l’histoire d’un groupe d’Européens déracinés et fauchés qui va devoir travailler ensemble pour transporter 400 kilos de nitroglycérine (très volatile) dans un camion.

Plongé au cœur de la foret guatémaltèque, ce groupe ou règne la méfiance va devoir se serrer les coudes pour survivre à ce très dangereux voyage. Le quatuor d’acteurs, notamment composé de Charles Vanel et Yves Montand porte le film de bout en bout. Le suspense est intact, et la réflexion sur le comportement humain toujours d’actualité.

Il semblait donc très difficile de faire mieux. Pourtant, Wiliam Friedkin, fort des succès monumentaux de French Connection et L’Exorciste, va s’y attaquer plus de vingt ans après, en 1977. Le film sera un terrible échec commercial (Star Wars fait un triomphe), mais sera par la suite considéré comme une relecture visionnaire de l’œuvre de Clouzot, qui a tout de même 65 ans. Les nationalités sont encore plus diverses, mais l’objectif est le même : survivre.

Le réalisateur insuffle un mysticisme supplémentaire, largement porté par la superbe bande-son de Tangerine Dream. On peut aussi y percevoir une réflexion sur le bourbier américain au Vietnam, devenu le cauchemar de groupes d’hommes qui ne se connaissait pas auparavant. Mais on retient surtout la tension hallucinante qui habite l’ensemble du récit. Agrippez-vous à votre siège !

La Mouche Noire/La Mouche – (1958/1986)

Inspiré d’une nouvelle de George Langelaan (La Mouche), le film est réalisé par Kurt Neumann (Tarzan et les Amazones). L’histoire est celle d’un scientifique, André Delambre, qui après un terrible accident causé par des expérimentations faites sur le principe de la téléportation, se retrouve métamorphosé. À cause d’une mouche qui est entrée avec lui dans l’une de ses machines, l’homme se retrouve muni de la tête de cette dernière. Alors que son visage humain se retrouve quant à lui sur le corps de l’insecte.

Malgré son climax cauchemardesque où la mouche à tête humaine se retrouve prise dans une toile d’araignée en hurlant “Au secours”, difficile de dire que cette première version soit particulièrement célèbre. Hormis chez les cinéphiles, c’est son faux remake mis en scène par David Cronenberg qui est le film le plus connu de la saga.

Du film de 1958, le réalisateur David Cronenberg (Frissons, Le Festin Nu, A History of Violence) n’en reprend presque rien. Comme pour mieux se réapproprier l’oeuvre d’origine, il fait de son récit de science-fiction une grande histoire d’amour tragique aux effets spéciaux organiques (transformation immonde et magistrale de Jeff Goldblum). Inoubliable.