Test

[Test] The Legend of Zelda : Breath of the Wild – Là-bas Land

Un Zelda maîtrisé de Z à A

Jeux Vidéo

Par Corentin le

Depuis quelques paragraphes, je vous parle de toutes les difficultés que vous rencontrerez sur le chemin, mais ce n’est même pas ce qui vous retiendra le plus quand vous vous mettrez en quête de vos objectifs principaux. Ce seront les quêtes annexes, ce sera l’exploration, ce sera la chasse, ce sera la complétion de votre encyclopédie illustrée, ce sera la vue à l’horizon d’un sanctuaire, ce seront les découvertes inopinées, ce sera la curiosité. Votre appétence à fouiner un peu partout et à étudier votre carte sera d’ailleurs très souvent récompensée par de nouvelles possibilités étonnantes. C’est en repérant un lieu suspect sur mon plan que j’ai ainsi trouvé un moyen de ressusciter mes canassons tombés au combat.

Le monde de Breath of the Wild est vaste, mais il est tout sauf vide. Il est peuplé de marchands, d’animaux, de monstres et de lieux fantastiques. Vous ne le parcourrez pas en quelques minutes et vous continuerez à découvrir des merveilles longtemps après avoir vu les crédits. C’est bien simple, après avoir terminé le jeu – au bout de 40 heures tout de même – un tiers de la carte restait à découvrir. Il me restait une chaîne de montagnes où je n’avais jamais mis les pieds. Il me restait une immense jungle dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Même après avoir terminé Breath of the Wild, je garde un sentiment tenace de n’avoir gratté que la surface de ce jeu grand et dense. C’est d’ailleurs pour ça que je n’arrive pas à me défaire de ce monde qui vous habite et qui finit même par vous obséder. La musique fait un travail fantastique pour vous immerger dans une nature qui peut se révéler calme et déchaînée. Quelques notes de piano par-ci, une petite mélopée par-là, cette bande-son ne fait pas dans le grandiloquent et c’est la meilleure chose qui pouvait arriver dans le jeu.

Le tout est accompagné d’une trame scénaristique de qualité, ce qui n’est pas peu dire pour une saga dont ça n’a jamais été le point fort. Nous avons ici des personnages profonds, des relations complexes entre des personnages qui font face à l’adversité, des craintes, des espoirs… Il existe de surcroît une véritable dichotomie dans ce qui est raconté, car la moitié de la trame s’est déroulée il y a un siècle. Ce Link amnésique, dans une quête passionnante visant à retracer les lieux qu’il a lui-même visités il y a un siècle avec l’aide de simples photographies, redécouvre les tenants et les aboutissants du conflit qui a laissé dans le royaume d’Hyrule des stigmates visibles. La grande majorité des châteaux sont en ruines et le monde civilisé s’est réfugié à la périphérie du royaume. Il y a eu un monde, il n’est plus et la nature tente maintenant d’y reprendre ses droits. On tombe très rapidement dans une forme de mélancolie prenante, dans lequel on écoute des témoignages, on lit des journaux intimes, on traverse d’anciens champs de batailles remplis de machines de guerres recouvertes de mousse, on redécouvre par procuration tout ce que Link a raté depuis 100 ans.

Quel plaisir d’avoir enfin un héros qui n’est plus cette affreuse coquille vide de ses débuts. Certes, il est toujours aussi mutique qu’auparavant, mais, miracle, ce n’est plus le cas de certains personnages importants et charismatiques qui sont dotés d’un chouette doublage. Et en français, s’il vous plaît. Jusqu’à l’aspect scénaristique du titre, Nintendo a décidé de retourner la table et de faire une violente mise à jour. Une mise à jour qui n’est pas seulement tournée vers elle-même, mais qui parvient à faire une synthèse intelligente de tout ce que le jeu vidéo à produit de mieux depuis ces dernières années. Parce qu’il y a du Skyrim dans ce Zelda, il y a du MGS V, il y a du Dark Souls, il y a du Assassin’s Creed, il y a du Minecraft, il y a du GTA même !

Ce Link qui a dormi pendant 100 ans est à l’image de Nintendo. Un développeur qui était incapable d’innover réellement depuis très longtemps, incapable de détourner les yeux de sa fichue recette qui vieillissait et devenait obsolète pendant que le monde continuait de tourner autour de lui. On a le sentiment que Nintendo aussi a dormi sur ses lauriers pendant de très nombreuses années et a décidé avec ce Breath of the Wild de créer un jeu parfaitement actuel, qui sait prendre ce qui l’enrichira chez les autres, qui sait laisser de côté ce qui n’est pas nécessaire et arriver ainsi avec un melting pot dosé, parfaitement inédit, frais, jouissif, addictif et exaltant.

Bien sûr, il y a des problèmes de framerate. Oui, à certains endroits, des textures peuvent laisser à désirer. Certes, d’une certaine manière, les vrais donjons – dont je préfère ne pas vous parler tant leur transformation est étonnante – ont perdu un peu de leur superbe et de leur complexité. Évidemment, la distance d’affichage est parfois si courte que vous êtes déjà à portée de vue des ennemis au moment où ils apparaissent. Mais tous ces défauts paraissent insignifiants tant l’expérience dans son ensemble brille par sa conception et sa sensibilité.