Réunis à Bruxelles, les ministres européens des Transports ont approuvé à la majorité un projet de révision des droits des passagers aériens. Parmi les mesures proposées figure un point sensible : la fin de l’obligation pour les compagnies de transporter gratuitement un bagage cabine classique. En clair, seul un petit sac pouvant être rangé sous le siège reste inclus dans le prix du billet. Pour le reste, les transporteurs auront toute latitude pour fixer des frais supplémentaires.
Ce changement ne tombe pas du ciel car il s’inscrit dans une volonté plus large de réformer les règles européennes en matière de transport aérien, notamment pour mieux encadrer les indemnisations en cas de retard ou d’annulation. Mais il s’agit surtout d’une victoire pour les compagnies à bas coût, qui réclamaient depuis longtemps la fin de l’interprétation stricte d’un arrêt de la Cour de justice de l’UE les obligeant à inclure gratuitement un bagage à main “raisonnable”.
Le Parlement européen encore à convaincre
Attention toutefois : cette décision n’est qu’une étape. Le texte adopté par le Conseil des ministres doit encore être examiné par le Parlement européen. Et les discussions s’annoncent tendues.
Plusieurs États membres, dont l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne et la Slovénie, ont voté contre la disposition, estimant qu’elle constitue un recul pour les consommateurs. Des ONG comme le BEUC (Bureau européen des unions de consommateurs) dénoncent également une remise en cause des droits fondamentaux des passagers. “C’est une régression inacceptable”, déclare l’organisation, qui rappelle qu’un bagage cabine de taille raisonnable fait partie intégrante d’un voyage.
Si le Parlement rejette cette mesure, le texte devra être renégocié. Mais si l’assemblée valide la position du Conseil, alors les compagnies aériennes pourront, de manière pleinement légale, commencer à faire payer des valises autrefois incluses dans le tarif de base.
Une réforme qui tombe mal
Pour de nombreux voyageurs, cette réforme passe mal. Alors que le prix des billets a fortement augmenté ces dernières années, le fait de devoir payer pour un simple bagage à main semble en totale contradiction avec les promesses de transparence tarifaire régulièrement affichées par Bruxelles. Surtout, elle va à rebours des tendances observées dans d’autres secteurs, où l’on cherche à mieux protéger les droits des consommateurs.
Le risque est réel : celui de voir se généraliser des pratiques déjà bien établies chez certains transporteurs low-cost, où le moindre kilo de bagage devient prétexte à surfacturation. Et pour les passagers qui privilégiaient jusqu’ici le bagage cabine pour éviter les surcoûts en soute, c’est une douche froide.
Ce feu vert du Conseil révèle aussi une fracture politique sur la conception des droits des passagers. D’un côté, les pays qui misent sur la compétitivité et la liberté tarifaire. De l’autre, ceux qui défendent une approche plus sociale du transport aérien, en rappelant que voyager ne devrait pas devenir un luxe modulable au centimètre cube.
En l’état, la réforme laisse une large marge d’interprétation aux compagnies. Certaines pourraient maintenir un service gratuit minimal, d’autres en profiter pour monétiser systématiquement les bagages. L’effet domino pourrait être rapide, comme on l’a vu avec les frais pour la sélection des sièges, autrefois optionnels et désormais quasi inévitables.
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