Le 11 juin 2025, le syndicat américain SAG-AFTRA a annoncé avoir trouvé un accord provisoire avec les producteurs de jeux vidéo, suspendant ainsi une grève très attendue. Le contrat, le résultat de plusieurs mois de négociations, vise à encadrer l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le secteur, tout en garantissant de nouvelles protections salariales et sanitaires pour les artistes concernés. Il devra maintenant être soumis au vote de ses membres d’ici le 9 juillet prochain.
Pour rappel, la SAG-AFTRA (Screen Actors Guild-American Federation of Television and Radio Artists), représente quelque 160 000 professionnels du monde du divertissement, dont de nombreux comédiens de doublage et interprètes vocaux pour le jeu vidéo, mais aussi les acteurs engagés pour les motion capture. Depuis plusieurs années, ce syndicat lutte pour une meilleure reconnaissance du travail de ses membres dans une industrie en pleine mutation. Après avoir mené une grève emblématique à Hollywood en 2023 pour alerter sur les menaces liées à l’IA générative dans le cinéma, SAG-AFTRA s’attaque désormais au jeu vidéo.
Car dans ce secteur aussi, l’intelligence artificielle avance à grands pas. Studios et éditeurs expérimentent déjà la création de répliques numériques de comédiens, capables d’interpréter des lignes de dialogue ou des réactions en jeu sans nécessiter une nouvelle session d’enregistrement, et donc sans rémunérer l’acteur qui a prêté son image au départ. Si cette technologie peut fluidifier certaines productions, elle soulève de profondes inquiétudes pour les artistes : perte de contrôle sur leur voix ou leur image, exploitation sans compensation ainsi que la disparition progressive de leur rôle dans la création.
Des garanties pour les comédiens
Le nouvel accord vient poser des limites inédites. Il impose par exemple un consentement éclairé de la part des artistes pour toute utilisation de leur doublure numérique, et leur permet de suspendre ce consentement en période de grève. Des minimums salariaux collectivement négociés ont également été établis pour l’utilisation de ces répliques, et les voix utilisées pour générer des chatbots dans les jeux devront être rémunérées à hauteur de 7,5 fois le tarif de base. En cas de réutilisation de la performance visuelle dans un autre jeu, des compensations supplémentaires sont prévues.
Outre la question de l’IA, l’accord prévoit une augmentation immédiate de 15,17 % de la rémunération des interprètes, suivie de hausses annuelles. Il améliore aussi les conditions de santé et de sécurité, avec la présence obligatoire de professionnels médicaux lors de scènes dangereuses, et interdit désormais de solliciter des cascades pendant les auditions virtuelles. Enfin, les contributions à la couverture santé et retraite des artistes seront revalorisées. C’est une garantie plus pertinente aux États-Unis mais qui touche tous les acteurs du secteur.
Encore provisoire
Si l’accord est ratifié, il entrera en vigueur pour une durée de trois ans, jusqu’en 2028. Selon Audrey Cooling, porte-parole des producteurs, ce texte reflète une collaboration de longue date avec SAG-AFTRA et marque “des avancées historiques en matière de transparence, de consentement et de rémunération“.
À l’heure où l’intelligence artificielle bouleverse tous les secteurs de la création, ce contrat pourrait bien devenir un modèle pour d’autres industries confrontées aux mêmes enjeux.
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