Plus rien ne nous étonne de l’autre côté de l’Antlantique. Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a fustigé le nombre de jours fériés aux États-Unis, accusant ces derniers de coûter “des milliards de dollars” à l’économie et affirmant que “les travailleurs n’en veulent pas non plus“. Cette sortie, survenue le 19 juin – jour de commémoration de la fin de l’esclavage – a provoqué une levée de boucliers, tant pour sa charge symbolique que pour sa remise en cause d’un acquis social profondément ancré. La réaction ne s’est pas fait attendre : sur X, les critiques ont fusé, dénonçant une attaque contre le droit au repos et la qualité de vie, tandis que certains rappelaient que les pays européens, avec parfois plus de jours fériés, ne s’en sortaient pas plus mal économiquement.
Et c’est justement l’Europe qui nous intéresse. Supprimer des jours fériés est-il légalement envisageable en France ?
Les jours fériés en France
La France compte 11 jours fériés légaux, auxquels s’ajoutent des particularités régionales, notamment en Alsace-Moselle et dans les Outre-mer. Mais, contrairement à une idée reçue, seul le 1er mai – Fête du Travail – est obligatoirement chômé et payé pour tous les salariés. Les autres jours fériés peuvent être travaillés ou non selon les conventions collectives, les accords d’entreprise ou la décision de l’employeur.
L’employeur peut donc demander à ses salariés de travailler un jour férié, moyennant compensation. Dans certains secteurs essentiels (santé, transports, hôtellerie…), même le 1ᵉʳ mai peut être travaillé.
Une idée déjà évoquée en France
La suppression d’un jour férié n’est pas une idée neuve dans le débat public français. Dans un contexte de déficit budgétaire, le gouvernement a régulièrement étudié cette piste, estimant qu’elle pourrait rapporter entre 2,4 et 4 milliards d’euros par an à la Sécurité sociale ou à l’État, en augmentant la productivité et en réduisant le coût des interruptions d’activité. Le lundi de Pentecôte, transformé en “journée de solidarité” en 2004 après la canicule, a toutefois mis en lumière la complexité de ce type de changements.
Plusieurs dates sont régulièrement évoquées : le 8 mai (Victoire de 1945), le 15 août (Assomption), voire le 11 novembre (Armistice), en raison de leur moindre charge politique ou religieuse par rapport au 1er mai ou au 14 juillet.
Peut-on légalement supprimer des jours fériés en France ?
Sur le plan juridique, rien n’interdit au législateur français de modifier la liste des jours fériés inscrits dans le Code du travail (article L.3133-1). Le Parlement peut donc, par une loi, supprimer ou ajouter un jour férié. En pratique, toute tentative de suppression d’un jour férié se heurte à une forte résistance sociale. Les syndicats voient dans ces jours des acquis sociaux essentiels, et une large partie de la population y est attachée. Les débats parlementaires sur le sujet sont récurrents, mais aboutissent rarement à des réformes effectives, tant la question est sensible.
Si la France a bel et bien la capacité juridique de s’inspirer de la méthode Trump, en supprimant des jours fériés, la réalité politique et sociale rend une telle réforme hautement improbable. Malgré les débats récurrents, les jours fériés restent un pilier du compromis social, difficile à remettre en cause sans provoquer une fronde populaire.
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