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« The Line » : la mégastructure progresse lentement dans le désert saoudien

En plein désert saoudien, le projet pharaonique de Neom et de sa ville linéaire « The Line » avance à grands pas sur le terrain, mais les réalités budgétaires et logistiques pèsent lourd.

Des images aériennes partagées récemment par Giles Pendleton, directeur des opérations de The Line, montrent que le plus grand chantier du monde est bel et bien actif. L’infrastructure de base commence à se dessiner dans le sable, avec l’installation de plus de 60 éoliennes et des bases de vie construites pour les milliers d’ouvriers mobilisés.

Neom face à ses excès

The Line, censée accueillir neuf millions d’habitants, repose sur une idée radicale : deux gratte-ciel miroirs parallèles de 170 kilomètres de long, de 500 mètres de haut et de 200 mètres de large, posés en pleine étendue désertique, sans voiture ni rue, alimentés uniquement par des énergies renouvelables. Conçue pour incarner la ville du futur, elle s’inscrit dans le cadre du programme Vision 2030 du prince héritier Mohammed ben Salmane.

The Line 2
© Giles Pendleton

Mais si les photos donnent l’impression d’un projet qui avance, les dessous de l’opération racontent une histoire bien plus chaotique. Le lancement en grande pompe de l’île de luxe Sindalah en octobre dernier – en présence de célébrités et de superyachts – cachait mal l’état réel du site : hôtels inachevés, vents violents, et restaurants vides. Selon plusieurs sources, la fête aurait coûté 45 millions de dollars et le prince, absent, aurait désapprouvé l’état d’avancement du projet.

Le projet Neom, dont The Line est la pièce maîtresse, est aujourd’hui estimé à 8.800 milliards de dollars pour être achevé d’ici 2080 – soit plus de 25 fois le budget annuel de l’Arabie saoudite. Un audit interne évoque même des « manipulations délibérées » dans les projections financières, notamment des hypothèses de rentabilité volontairement gonflées.

Le cabinet McKinsey, impliqué à la fois dans la planification et la validation des modèles économiques, se retrouve au cœur des critiques. L’un des exemples les plus frappants concerne la station de ski Trojena, où les prévisions de revenus ont été revues à la hausse de façon spectaculaire pour compenser une explosion des coûts.

Theline
Rendu d’artiste. © Neom

Les tensions se font aussi sentir en interne. Des cadres ayant exprimé leurs doutes sur les plannings ou les estimations de coûts ont été mis à l’écart. Même l’architecte d’origine de The Line, Thom Mayne, n’a jamais obtenu de rendez-vous avec le prince pour discuter de la viabilité financière du projet.

L’un des points les plus contestés reste la hauteur des bâtiments. Plusieurs ingénieurs ont tenté de convaincre la direction de réduire la taille des tours pour limiter les coûts, sans succès : le prince a insisté pour que les 500 mètres soient maintenus, quitte à chercher des économies ailleurs.

Alors que Neom devait livrer 10 kilomètres de The Line d’ici 2030, la première section ne mesurera finalement qu’un demi-kilomètre et n’ouvrira pas avant 2034, selon les nouveaux objectifs. Cette portion devrait héberger un stade susceptible d’accueillir des matchs de Coupe du monde.

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