Cette semaine, les températures ont augmenté d’une manière spectaculaire sur l’ensemble du territoire, avec des conséquences très concrètes sur les organismes — notamment chez les individus les plus fragiles, comme les petits enfants ou nos aînés. Dans ce contexte, on peut légitimement se demander : peut-on vraiment habituer son corps à cette chaleur, c’est-à-dire s’acclimater, ou sommes-nous condamnés à en souffrir ?
L’acclimatation, la clé de notre résistance à la chaleur
Ce terme désigne un ensemble de réponses physiologiques réversibles qui permettent à un individu de mieux supporter un changement dans son environnement. Et heureusement, le processus de sélection naturelle a doté les mammifères — dont les humains — d’une large gamme de mécanismes qui leur permettent de mieux résister aux hausses de température.
Lorsque cette dernière augmente, l’organisme détecte la chaleur grâce à de nombreux capteurs biologiques appelés thermorécepteurs. Ces derniers activent différentes voies neurologiques ainsi qu’une réponse de l’hypothalamus, une petite structure du cerveau située au niveau du tronc cérébral qui joue un rôle central dans la coordination de l’acclimatation.
Ce processus débute généralement après 3 à 5 jours d’exposition à la chaleur, et atteint un pic une à deux semaines plus tard — un délai qui peut varier en fonction de nombreux facteurs. Les grands sportifs, par exemple, ont tendance à s’acclimater beaucoup plus vite, notamment lorsqu’ils s’exercent spécifiquement dans des conditions contraignantes.
Comment ça marche ?
Mais si la chronologie peut varier, les bases du processus restent les mêmes chez tous les individus. La première conséquence, et la plus évidente, c’est l’augmentation de la sudation — la production d’un mélange d’eau et de sel par les glandes sudoripares.
Cette transpiration contribue indirectement au refroidissement du corps. Lors de son évaporation, elle participe à dissiper de l’énergie thermique afin de maintenir une température corporelle normale. Lorsque la transpiration devient plus abondante et survient plus tôt que d’habitude, c’est donc un signe que l’organisme a commencé à s’acclimater.

Et il n’y a pas que la quantité de sueur produite qui change. En effet, les sels contenus dans ce liquide sont une ressource très importante pour de nombreuses fonctions physiologiques vitales. Il est donc important de les économiser. C’est pour cette raison que l’acclimatation produit aussi un changement dans la composition chimique de la sueur, qui devient de plus en plus diluée et moins chargée en sel.
Cependant, le corps humain ne contient qu’une quantité limitée de liquide. Pour supporter cette augmentation de la transpiration et éviter la déshydratation, ce sont les reins qui se mettent ensuite à travailler. Sous l’influence d’hormones comme l’aldostérone et la vasopressine, ces organes se mettent à retenir davantage d’eau et de sel, réduisant la production d’urine et les pertes de fluides.
En pratique, cela permet au corps d’augmenter sa production de plasma — la partie liquide du sang. On a donc davantage de fluide en circulation dans l’organisme à un instant donné. Et c’est très important dans ce contexte, car le sang est le principal véhicule grâce auquel notre corps peut transporter la chaleur d’un endroit à un autre. Cela permet au corps de mieux transférer la chaleur vers la peau, où l’énergie thermique peut être dissipée vers l’environnement.
Un processus très efficace… dans certaines limites
Vous l’aurez compris : notre corps est remarquablement bien adapté aux augmentations de température, et il est capable de s’y habituer spontanément… mais ce n’est vrai que jusqu’à un certain point. Il existe des limites physiologiques dures, comme la quantité de fluide que le système circulatoire peut contenir, qui font que l’organisme ne pourra jamais résister durablement à des chaleurs extrêmes.
En outre, comme mentionné plus haut, l’acclimatation est un processus temporaire et réversible. Après une ou deux semaines sans exposition continue à la chaleur, la plupart de ses effets disparaissent. Seule une infime partie de cette tolérance persiste sur une longue durée, et le corps doit donc relancer tout ce processus pour la récupérer à chaque épisode de forte chaleur.
De plus, même si l’acclimatation aide à maintenir une activité physiologique normale, elle n’empêche pas tous les dégâts physiques, comme les brûlures que l’on appelle communément « coups de soleil ». On pourrait penser que la sueur aide à s’en protéger, mais c’est tout l’inverse. Non seulement elle ne bloque pas les rayonnements ultraviolets, mais elle peut même augmenter la sensibilité de la peau en causant une irritation.
Enfin, le potentiel d’acclimatation varie considérablement d’une personne à l’autre. Certaines prédispositions génétiques, mais surtout l’âge et l’état de santé conditionnent largement l’efficacité de l’acclimatation. Les glandes sudoripares des nourrissons, par exemple, ne sont pas encore tout à fait matures, et ils ont donc tendance à moins transpirer. Les personnes âgées, de leur côté, voient souvent les performances de leur système circulatoire diminuer. Le transport de chaleur à l’intérieur du corps est donc moins efficace. Dans les deux cas, ces individus ont plus de mal à réguler leur température interne.
Aide ton corps, et ton corps t’aidera
Tout l’enjeu, pendant les périodes de canicule comme celle que l’on traverse actuellement, c’est de s’assurer de ne pas pousser l’organisme trop loin et de lui fournir tout ce dont il a besoin pour s’acclimater correctement.
Dans un premier temps, il est important de limiter l’exposition à ces fortes chaleur en recherchant activement les zones fraîches et ombragées. Et même si c’est absolument évident, on ne répétera jamais assez que la priorité absolue est de s’hydrater. Chaque millilitre de fluide est une munition dont le corps a désespérément besoin pour mener sa guerre contre la chaleur, et il faut donc lui en fournir abondamment et régulièrement.

Les professionnels de santé recommandent aux adultes de boire au moins deux à trois litres d’eau (et non pas de breuvages caféinés ou alcoolisés, qui accélèrent la déshydratation) par jour en période de forte chaleur. Évidemment, ce chiffre augmente considérablement en cas d’activité physique intense ; dans ce cas, il est crucial de s’hydrater très souvent, sans attendre les premiers signes de déshydratation.
Ce point est aussi très important pour les jeunes enfants et les seniors. Ces derniers, en particulier, ont souvent tendance à perdre une partie de la sensation de soif ; une déshydratation aux conséquences potentiellement très graves peut donc survenir sans prévenir. Veillez donc à prendre des nouvelles de vos proches, et assurez-vous qu’ils boivent suffisamment et régulièrement !
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